‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 72 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

petit nombre de soldats. Plusieurs d’entre eux, se voyant récomp:nsés de leurs travaux au-delà de leurs espérances, furent si impatients de se retirer des dangers et des fatigues de la guerre pour passer le reste de leurs jours dans leur patrie, qu'ils demandèrent leur congé à grands cris et avec importunité. Pizarre, voyant bien qu'il ne pouvait plus attendre de ceux qui étaient ainsi disposés ni courage dans les combats, ni patience dans les travaux, convaincu d’ailleurs que partout où ils iraient le spectacle de leur richesse engagerait d’autres aventuriers plus pauvres et plus hardis à venir se ranger sous, ses drapeaux, leur accorda leur demande sans difficulté, et permit à plus de soixante d’entre eux d'accompagner en Espagne son frère Ferdinand, qu'il envoyait pour porter à l’empereur la relation de ses victoires et les présents qu'il lui destinait '.

L’incas, après le partage de sa rançorentre les Espagnols, les somma d’accomplir la promesse qu'on lui avait faite de le mettre en liberté; mais rien n’était plus éloigné de la pensée de Pizarre, En faisant la guerre dans le Nouveau-Monde, il s'était accoutumé, comme tous ses compatriotes , à regarder les Américains comme des êtres d’une espèce inférieure, qu ne méritaient pas le nom d'hommes, et n’en avaient pas les droits. Dans la

(1) Herrera, Decad, V, lib. III, cap. 4. Vega, p. a, lib. 1, cap. 38.

L'incas demande inutilement sa liberté.

Défiance mutuelle entre

f'incas et les

Espagnols.

convention avec Atahualpa il n’avait eu d’autre obje ue d’amuser sori prisonnier, afin que l’espoir de recouvrer sa liberté l’engageät à lui prêter son autorité pour recueillir les richesses de son royaume. Après avoir réussi dans ce projet, il ne tint aucun compte de ce qu’il avait promis, et, tandis que ce prince crédule espérait de remonter bientôt sur son trône, Pizarre avait secrètement résolu de lui ôter la vie. Plusieurs circonstances semblent l’avoir déturminé à commettre ce forfait, un des plus criminels et des plus atroces dont les Espagnols se soient souillés dans la conquête de l'Amérique.

Pizarre, en imitant la conduite que Cortez avait tenue avec le souverain du Mexique, manquait des talents nécessaires pour suivre avec autant d'art le plan adopté par le conquérant du Mexique. Comme il n’avait nt l’adresse ni la modération qui eussent pu lui faire gagner la confiance de son prisonnier, il n'avait pas su mettre à profit l'avantage d’être maître de sa personne et de son\gautorité. Il est vrai qu’Atahualpa montrait plus d’habileté et de discernement que n’en avait fait voir Montézuma , et qu’il paraissait avoir mieux démêlé le caractère et les vues des Espagnols. Les soupçons et la défiance s’établirent bientôt entre eux et lui. Le soin avec lequel il fallait garder un prisonnier de cette importance augmentait beaucoup les embarras du service militaire, tandis que l'avantage qu’on en Petirait

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