LIVRE SIXIÈME
plus encore à la vue de leur cavalerie et des effets de leurs armes à feu, les naturels revinrent bientôt de leur surprise jusqu’à se défendre courageusement et même jusqu’à assaillir leurs nouveaux ennemis avec plus de résolution et de vigueur que n’en avait montré jusque là aucune nation américaine. Les Espagnols continuèrent cependant à pénétrer dans le pays, et y recueillirent de l’or en abondance, mais ils ne pensèrent plus à former un établissement au milieu d’un peuple si redoutable, Malgré toute la valeur et l’habileté de leur chef, le succès de leur expédition était encore extrêmement douteux lorsqu’ils furent rappelés au Pérou par une révolution inattendue dont je vais développer les causes‘.
Les colonies espagnoles de l'Amérique avaient Révolte des Péruviens,
envoyé un si grand nombre d’aventuriers au Pérou, et tous y portaient des espérances si exagérées d'une fortune immense et rapide, qu'il n’était pas possible de proposer à aucun d’eux de s'enrichir par les travaux d’une lente industrie. Ils eussent vu dans une pareille proposition, non-seulement le renversement de toutes leurs espérances, mais une véritable insulte. Il fallait cependant trouver quelque occupation à des hommes qu'on ne pouvait pas sans danger laisser dans linaction. Pizarre encou-
(1) Zarate, Gb, III, cap. 1. Gomara, Hist. cap. at. Vega, p. 2. lil. IT, cap. 20. Ovalle, Hist. de Chile, lib. IV, cap. x5 , etc. Herrera, Decad. V, lib. PI, cap. 93 lib. X, cap. 1, etc.
Son origine.
ragea plusieurs des officiers les plus distingués qui lui étaient arrivés nouvellement à tenter des expéditions dans quelques provinces de l'empire que les Espagnols n'avaient pas encore visitées. Il se forma diverses troupes assez considérables, qui, vers le temps du départ d’Almagro pour le Chili, se mirent en marche pour pénétrer dans différentes provinces éloignées de l’intérieur du pays. L’incas Manco-Capac, observant l’imprudence des Espagnols, qui dispersaient ainsi leurs troupes, et le petit nombre de ceux qui étaient demeurés à Cusco sous les ordres de Jean et de Gonzalez Pizarre, crut être arrivé au moment heureux d’assurer ses droits à l'empire, de venger son pays et d’exterminer ses oppresseurs. Quoique surveillé de très près par les Espagnols, qui lui laissaient habiter le palais de ses ancêtres à Cusco, il trouva moyen de communiquer son projet aux gens qui devaient l’exécuter. Les moindres desirs des souverains sont des ordres chez un peuple accoutumé à les respecter comme des divinités. Les Espagnols, loin de se disposer à abandonner volontairement le Pérou, ainsi qu’ils l'avaient fait croire aux habitants, y abordaient en beaucoup plus grand nombre.
Comme les Péruviens ne pouvaient plus espérer de se voir délivrés de leurs tyrans que par un effort vigoureux de toute la nation , les préparatifs pour l'exécution de cette entreprise furent faits avec le
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