LIVRE SIXTÈME
de les vaincre, tenta de séduire leur chef par des promesses et des présents. La fidélité d’Alvarado ne fut point ébranlée; mais il avait plus de vertu que de talent pour la guerre. Almagro l’amusa par différents mouvements dont son adversai: = ne comprenait pas le but, tandis qu’un gros détachement de ses soldats choisis, ayant passé la rivière pendant la nuit, tomba sur son camp, dispersa ses troupes avant qu'il eût eu le temps de les mettre en bataille, et le fit lui-même prisonnier avec ses principaux officiers".
Par cet avantage, la querelle aurait été décidée sans retour si Almagro avait aussi bien connu l’art de profiter de la victoire que celui de vaincre. Rodrigue Orgonez, officier d’un grand talent, qui, sous le connétable de Bourbon dans ses guerres en Italie, s'était accoutumé aux résolutions hardies et décisives, lui conseilla de faire mourir Ferdinand et Gonzalez Pizarre, Alvarado et quelques autres qu’il ne pouvait espérer de gagner, et de marcher sur-le-champ à Lima avec ses troupes victorieuses avant que le gouverneur eût le temps de faire des préparatifs de défense. Almagro sentait tous les avantages de ce conseil et ne manquait pas de la résolution nécessaire pour le suivre; mais il céda à des sentiments qui ne paraissaient guère conve-
(r) Zarate, Gb. HX, cap, VL Gomara, Hist. cap. 138. Vega, p. 2, lib. 47, cap. 33, 34. Herrera, Decad, VI, lib. IT, cap. 9. Voyez la note 26.
fite pas.
12 juillet.
{ { Il n’en pro- | |
4557 nir à un soldat de fortune, vieilli dans le service, et il fut arrêté par des scrupules qu’on ne devait pas attendre d’un chef de parti qui avait tiré l'épée dans une guerre civile. Son humanité l’empêcha de répandre le sang de ses adversaires, et la crainte d’être regardé comme rebelle ne lui permit pas d’entrer à main armée dañs une province que son souverain avait donnée à un autre. il savait bien que la dispute entre lui et Pizarre ne pouvait se terminer que par les armes, et il ne prétendait pas éviter cette manière de la décider. Mais une délicatesse mal entendue dans la circonstance où il se trouvait lui faisait souhaiter que son rival fût regardé comme l’agresseur, et ce motif lui fit reprendre tranquillement le chemin de Cusco pour attendre que Pizarre vint l’y chercher .
Situation - Celui-ci ignorait encore tout ce qui s’était passé,
cheuse de Pi-
le retour d’Almagro, la prise de Cusco, la mort zarre.
d’un de ses frères, la captivité des deux autres et la défaite d’Alvarado. Toutes ses nouvelles lui furent portées en même temps. Tant de malheufts à la fois abattirent pour quelques moments ce courage qui avait déjà résisté aux plus rudes coups de l’adversité; mais la nécessiié de pourvoir à sa sûreté aussi bien que le desir de la vengeance l’exapéchèrent de succomber. Il prit ses mesures avec la sagacité qui lui Adresse de était naturelle. Comme il était maître de la côte et
sa conduite. (x) Herrera, Decad. VI, lib. I, cap. 10, 11.