Histoire de l'Amérique
Près de neuf mois s'étaient écoulés depuis que 4520 Porto-Carrero et Monteio avaient fait voile pour Infimetu *s
J * et danger de
l'Espagne , chargés de ses dépêches et de ses pré- Cartez. sents. Il attendait tous les jours leur retour, et par eux la confirmation de son autorité des mains du roi. Sans cela, son état demeurait incertain et précaire ; et , après avoir exécuté tant de grandes choses, sa destinée pouvait être de se voir donner les noms de rebelle et de traître , et d'en subir le châtiment. Quelque étendus, quelque rapides qu'eussent été ses progrès, il ne pouvait pas espérer d'achever la conquête d'un grand empire avec le petit nombre de troupes qui lui restait, diminué encore par les travaux et les maladies , ni de recevoir aucun renfort des établissements espagnols des îles , sans avoir préalablement obtenu du roi l'approbation de tout ce qu'il avait fait jusque là.
Tandis qu'il était dans cette cruelle situation , Arrivée d'un inquiet sur le passé, incertain sur l'avenir, et que nouvel armc" ni. i
1520 ses craintes s'augmentaient encore par la dernière ment espagnol déclaration de Montézuma, un courrier Mexicain
au Mexique. i n 1
apporta la nouvelle que quelques vaisseaux avaient paru sur la cote. Cortez se flatta sur-le-champ que Porto-Carrero était de retour d'Espagne et que ses souhaits étaient enfin accomplis. Il fit part de ces heureuses nouvelles à ses compagnons , qui les reçurent avec transport. Mais leur joie ne fut pas longue. Un courrier de Sandoval, qui avait succédé à Escalante dans son commandement à la Vera- Gruz , vint instruire Cortez que l'armement avait été fait par Velasquez , gouverneur de Cuba , et qu'au lieu de leur apporter les secours qu'ils attendaient, il les menaçait d'une destruction immédiate. Envoyé par Les motifs qui portaient Velasquez à ce parti Velasquez. vi0lent étaient évidents. Dès l'instant du départ de Cortez j le gouverneur de Cuba avait pu soupçonner en lui le projet de secouer toute dépendance. Ses soupçons se fortifièrent lorsqu'il vit qu'on ne lui rendait aucun compte des opérations , et ils se changèrent en certitude par l'indiscrétion des officiers que Cortez avait envoyés à la cour d'Espagne. Porto-Carrero et Montejo, par des motifs que les historiens contemporains ne nous font pas assez clairement connaître, avaient touché à l'île de Cuba, contre les ordres positifs de leur général'.
(i) R. Diaz, chap. 54 , 55. Herrera, Decad. //, lib. V, cap. 14. Gomara, Cran, cap. 96.