LIVRE CINQUIÈME
Velasquez apprit d'eux que Cortez et ses compa- 4520 gnons , après avoir renoncé formellement à toute liaison avec lui, avaient établi une colonie indépendante dans la Nouvelle-Espagne , et qu'ils demandaient au roi une confirmation de tout ce qu'ils avaient fait. Ils l'instruisirent aussi de la richesse du pays, des magnifiques présents que Cortez avait reçus , et des espérances que ce général avait encore d'étendre et d'affermir son pouvoir dans ces nouvelles contrées.
Toutes les passions qui peuvent agiter un esprit ambitieux ; la honte d'avoir été si grossièrement trompé ; l'indignation d'avoir été trahi par un homme qu'il avait lui-même choisi et en qui il avait placé sa confiance ; la douleur d'avoir employé une partie de sa fortune à l'agrandissement d'un ennemi , et le désespoir de trouver jamais une si belle occasion d'établir sa réputation et d'étendre son autorité : tous ces motifs réunis excitèrent le gouverneur à faire les plus grands efforts pour tirer une vengeance éclatante de son ennemi, et pour enlever à la fois à Cortez ses conquêtes et l'autorité qu'il avait usurpée. Il ne manquait pas de raisons plausibles pour justifier cette tentative. Le compte qu'il avait fait passer en Espagne du voyage de Grijalva avait été reçu très favorablement. Sur les échantillons qu'il avait envoyés des productions et des richesses de la Nouvelle-Espagne , on avait conçu
8 HISTOIRE DE l'aMKRIQUE.
4 520 a la cour une haute idée de cette contrée. Velasquez avait été autorisé à en poursuivre la découverte, et en avait été fait gouverneur sa vie durant , avec des pouvoirs et des privilèges plus étendus que ceux qu'on avait accordés à aucun aventurier depuis Colomb1. Fier de ces marques d'une faveur distinguée , et autorisé à regarder Cortez non-seulement comme empiétant sur son gouvernement , mais comme rebelle aux ordres du roi , il se détermina à venger par la force des armes ses propres droits et fous lecom- l'autorité de son souverain \ Il pressa les préparais n ement ^ ^e gon exp^dition avec toute l'ardeur qu'on