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mëdiatement une ville hors d'état de défense, et ^45 marcha vers le Popayan avec une célérité qui donnait à sa retraite l'air d'une fuite. Pizarre continua quelque temps de le poursuivre ; mais , désespérant de l'atteindre , il revint à Quito , d'où il envoya Carvajal contre Centeno, qui avait assemblé de grandes forces dans les provinces méridionales de l'empire, tandis que lui-même demeura à Quito pour faire tête au vice-roi \
Nugnez Vêla , par son activité et avec le secours Défaite du de Benalcasar eut bientôt assemblé quatre cents Mce"r01hommes dans le Popayan. Comme il conservait au milieu de ses désastres la même élévation d'esprit et le même sentiment de sa dignité, il rejeta avec dédain l'avis de quelques-uns de ses partisans qui le pressaient de faire à Pizarre des ouvertures d'accommodement, et déclara que l'épée seule pouvait décider une querelle avec des rebelles. Dans cette 4 5^6 résolution , il se remit en marche pour Quito. Pizarre, se confiant à la supériorité du nombre et encore plus à la discipline et à la valeur de ses troupes, s'avança à sa rencontre. La bataille fut I ianvieropiniâtre et sanglante , les deux partis combattant comme des hommes qui savent que la possession d'un grand empire , la destinée des chefs et leur
(i)Zarate, lib. F", cap. i5, 16-24. Gomara. cap. 167. Vega,^?. 1 , lib. IV> cap. a5-28. Fernandez , lib. I,cap. 34-4o- Herrera, Decad, Fil, lib. VIII, cap. i 6, 20-2 7 .
15/46 fortune à venir dépendaient de l'issue de cette journée \ Mais les vétérans de Pizarre combattant plus régulièrement et avec plus d'ordre , ébranlèrent bientôt leurs ennemis. Le vice-roi déploya à la fois les talents d'un capitaine et le courage d'un soldat, il est tué. et tint long-temps la victoire en suspens. Enfin il tomba percé de coups ? et la déroute de ses troupes devint générale. On les poursuivit vivement. La tête de Nugnez fut coupée et placée au lieu des exécutions à Quito. Pizarre entra dans cette ville en triomphe. Les troupes assemblées par Centeno furent bientôt dispersées par Carvajal, et leur chef fut obligé de s'enfuir dans les montagnes , où il demeura plusieurs mois caché au fond d'une caverne. Des frontières du Popayan à celles du Chili tout se soumit à Pizarre , et sa flotte ? sous le commandement de Pedro de Hinojosa 7 le rendit maître absolu de la mer du Sud , le mit en état de prendre possession de Panama et de placer une garnison à Nombre de Dios , sur la cote opposée de l'isthme par où se faisait la communication ordinaire de l'Espagne avec le Pérou 2.
on conseille Après une victoire si décisive, Pizarre et ses
à Pizarre de
se saisir de la (r) Suivant Herrera ( Decad. F fil, libt I, cap. 1 1 ), la bataille se souveraineté donna dans la plaine d'Anaquilo, le 19 janvier 1 5 46. Les forces du du Pérou. vice-roi se composaient de deux cents fantassins et de cent dix cavaliers , et. celles de Pizarre de trois cents piquicrs,de cent cinquante mousquetaires et de cent trente cavaliers.
0) Zarate, lié. V, cap. 3i, 32. Gomara, cap. 170. Vega, /?. 2 , lib.
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troupes passèrent quelque temps à Quito , et, dans 4 5^0 les premiers transports de leur joie, se livrèrent à tous les excès qu'on pouvait attendre d'une troupe d'aventuriers enivrés d'une prospérité si étonnante. Mais, au milieu de cette dissipation , leur chef et ses amis étaient obligés de tourner quelquefois leurs réflexions sur des objets sérieux, et de délibérer avec inquiétude sur le parti qu'ils avaient à prendre. Carvajal, aussi hardi et aussi décidé au conseil que sur le champ de bataille, disait depuis long-temps à Pizarre que dans la carrière où il était entré il ne devait pas penser à modérer sa course , qu'il fallait prétendre à tout ou n'entreprendre rien : c'était la* maxime qu'il avait sans cesse recommandée à Pizarre depuis le moment où celui-ci avait pris la qualité de gouverneur du Pérou. Lorsqu'il reçut la première nouvelle de la victoire remportée à Quito , il fît de nouvelles instances, et fut encore plus pressant et plus décidé. «Vous avez usurpé l'autorité suprême, écrit -il à Pizarre à cette occasion, au mépris de la commission donnée à un autre par l'empereur ; vous avez marché en armes contre les drapeaux de votre souverain ; vous avez attaqué son représentant ; vous l'avez défait en bataille rangée et vous lui avez fait couper la tête : ne croyez pas
IV, cap. 33, 34. Fernaudez, lib. 1, cap. 5i-54. Herrera , Decad. VII, lib. X,cap. 12, 19-22; Decad. VIII, lib. I, cap. i-3. Benzo, lib. III, rap. ï2.
ni, i5
2*3o HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
15?ig que jamais un monarque pardonne de pareilles insultes, ni qu'aucune reconciliation entre vous et lui puisse jamais être sincère. Ne laissez plus dépendre votre destinée de la faveur incertaine d'un roi. Emparez-vous de la souveraineté d'un pays sur lequel votre famille a des droits , à titre de découverte et de conquête. Vous pouvez vous attacher tous les Espagnols un peu considérables du Pérou par des concessions de terres et d'Indiens, par l'institution d'un ordre de noblesse et par la création de quelques titres d'honneur semblables à ceux qu'on recherche en Europe avec tant d'empressement. En établissant des ordres de chevalerie avec des privilèges et des distinctions, comme en Espagne , vous donnerez aux officiers qui vous serviront une récompense conforme aux idées des militaires. Ne vous contentez pas de gagner ainsi vos compatriotes ; tâchez de vous concilier les Indiens en épousant la Coya ou fille du soleil , qui a les droits les plus prochains à la couronne des incas; vous engagerez les anciens habitants du Pérou, par le respect qu'ils conservent pour le sang de leurs monarques , à s'unir avec les Espagnols qui y sont établis pour soutenir votre autorité. Appuyé des uns et des autres, vous pourrez défier le pouvoir de l'Espagne et repousser aisément le peu de forces qu'elle a les moyens d'envoyer dans un pays si éloigné d'elle.» Le jurisconsulte Gepeda, en qui