‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 117 sur 175 · LIVRE SIXIEME. tâij · texte numérisé non relu

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pesos, s'il voulait faire de bonne grâce ce qu'on 4 5^6 demandait de lui, et le pressait, au cas que le président résistât, de s'en défaire par le fer ou par le poison '.

Diverses circonstances poussaient Pizarre a ces mesures extravagantes. Accoutumé une fois à l'exercice de l'autorité suprême, il ne pouvait soutenir la pensée de redevenir simple particulier. Connaissant toute la grandeur de ses fautes , il soupçonnait que l'empereur voulait le tromper , et ne lui pardonnerait jamais les outrages qu'il en avait reçus. Ses confidents les plus intimes, aussi coupables que lui, avaient les mêmes craintes. L'approche de Gasca, qui n'avait point de troupes , ne les effrayait pas. Il y avait alors plus de six mille Espagnols établis au Pérou2. En se mettant à leur tête, il se croyait assuré de s'élever jusqu'à l'indépendance, si la cour d'Espagne lui refusait ce qu'il demandait. Mais il ne savait pas qu'un esprit de défection avait déjà commencé de se répandre parmi ceux auxquels il accordait le plus de confiance. Hinojosa, épouvanté de la pensée de s'opposer aux ordres de son souverain et dédaignant d'être l'instrument des crimes auxquels Pizarre l'excitait dans son instruction secrète, reconnut publiquement les titres du

(r) Zarate, lib. IV, cap. 8. Fernandez, lib. II, cap. 33, 34. Herrera, Decad. VIII, lib. II, cap. 9, 10.

O) Herrera, Decad. VIII, lib. III, cap. 1.

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15^6 président à l'autorité suprême dans le Pérou. Les officiers qui servaient sous ses ordres l'imitèrent. L'influence de l'exemple fut si contagieuse qu'elle entraîna même les députés envoyés du Pérou, et qu'au moment où Pizarre attendait la nouvelle du départ de Gasca pour l'Espagne, ou même de sa mort, il apprit que le président était maître de la flotte , de Panama et des troupes qui y étaient postées.

15^7 Furieux presque jusqu'à la folie à la nouvelle

Pizarre se ,, , , . . î -i t

détermine à événements si inattendus, il se prépara ouvertela guerre, ment à la guerre , et , afin de donner une apparence de justice à cette démarche , il chargea l'audience de Lima de faire le procès à Gasca pour les crimes dont il s'était, disait-il, rendu coupable en s'emparant de ses vaisseaux, en séduisant ses officiers et en empêchant ses députés de se rendre en Espagne. Cepeda , qui n'était lui-même juge qu'en vertu d'une commission de l'empereur, ne se fit point de scrupule de prostituer la dignité de ses fonctions. Il reconnut Gasca coupable de haute trahison et le condamna à mort \ Ces formes, toutes ridicules qu'elles étaient en pareilles circonstances , imposèrent aux aventuriers ignorants qui remplissaient le Pérou, en donnant à Pizarre l'air de marcher contre un traître, condamné comme tel par un tribunal lé-

(i) Eernandez, lib. II, cap. 55. Vega,/>. •>., lib. V, cap. 7. Her> rora, Decad. FUI, lib. III , cap. 6.

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gai. Il vit arriver sous ses drapeaux des soldats de 15^7 toutes les parties de l'empire , et se trouva bientôt à la tête de mille hommes, formant le eorps le mieux équipé qu'on eut encore vu au Pérou.

Gasca de son coté, voyant la nécessité d'em- Préparatifs ployer la force pour exécuter sa commission , met- *asca' tait tous ses soins à se former un corps de troupes en en faisant venir de Nicaragua de Carthagène et des autres établissements espagnols du continent. Il y réussit si bien qu'il fut bientôt en état Avril, de détacher de sa flotte une escadre montée d'un nombre considérable de soldats pour la cote du Pérou. Leur apparition porta l'alarme partout, et, sans tenter aucune descente, ils rendirent un service plus grand à Gasca en mettant à terre en différents endroits des personnes qui répandirent des copies de l'acte d'amnistie générale et de là révocation des derniers édits , et qui firent connaître les intentions pacifiques et le caractère doux du président. L'effet de ces proclamations fut étonnant. Tous ceux qui étaient mécontents de l'administration violente de Pizarre, tous ceux qui conservaient quelques sentiments de fidélité pour leur souverain, commencèrent à méditer leur défection. Quelques-uns abandonnèrent ouvertement une cause qu'ils trouvaient alors injuste. Genteno , laissant la insurrection caverne où il était demeuré caché , assembla envi- de Ceuteno. ron cinquante de ses partisans , et , avec cette

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\ 547 troupe faible et mal armée , s'avança hardiment vers Cusco. Une attaque de nuit, où il déploya autant de valeur que de talent, le rendit maître de la capitale , quoique défendue par une garnison de cinq cents hommes, dont la plupart se rangèrent sous ses drapeaux , de sorte qu'il se vit à la tête d'un corps nombreux \ Pizarre mar- Pizarre , quoique étonné h la vue de deux enne-

che contre lui. • • ■> . 1 •> i •>

mis qui s avançaient , 1 un par mer , 1 autre par terre, dans un moment où il se croyait maître de tout le Pérou, avait trop de courage, était trop accoutumé aux vicissitudes de la fortune , pour se laisser abattre. Comme l'attaque de Centeno le menaçait de plus près , il se mit en mouvement pour s'opposer à lui. Après avoir pourvu de chevaux tous ses soldats , il marcha avec une extrême rapidité. Mais , chaque jour au matin, il voyait ses troupes diminuées par la désertion qui se faisait pendant la nuit , et , quoique devenu soupçonneux à l'excès et punissant sans rémission ceux qu'il soupçonnait, il ne put arrêter les progrès du mal. Avant qu'il fût en vue de l'ennemi posté à Huarina , près du lac Titiaca , il n'avait plus que quatre cents soldats. A la vérité , il pouvait les regarder comme des hommes d'un attachement éprouvé, et compter entièrement sur eux. C'étaient les plus audacieux et les plus déter-

(i) Zarate, lib. VI, cap. i3-i6. Gomara, cap. 180, i8r. Fernandez, lib. Il , cap. 28 , 64 , etc.

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