LIVRE SEPTIÈME
nuancées , de sorte qu'on voyait dans leurs tableaux tous les effets de la lumière et de l'ombre , et la nature imitée avec autant d'agrément que de vérité. On dit aussi que leurs ouvrages d'or et d'argent n'étaient pas moins curieux. Il faut cependant remarquer qu'en cherchant , d'après des descriptions générales , à se former une idée de l'état des arts chez une nation à demi-civilisée , on est fort sujet à se tromper. Nous voyons les ouvrages des arts chez un peuple qui est à peu près à notre niveau avec un œil critique et quelquefois jaloux ? au lieu que ceux des nations comparativement moins avancées nous étonnent quand nous comparons la force des obstacles qu'elles ont eus à surmonter avec la faiblesse de leurs moyens , et ? dans la chaleur de notre admiration ? nous sommes disposés à nous les représenter comme plus parfaits qu'ils ne sont réellement. C'est à l'influence de cette illusion qu'il faut attribuer l'exagération de quelques écrivains espagnols dans le récit qu'ils nous font de l'état des arts chez les Mexicains ? sans leur supposer aucune intention de tromper.
Ce n'est pas aussi d'après ces descriptions que nous devons juger ces peuples ? mais sur l'examen des ouvrages mexicains qui se sont conservés jusqu'à nos jours. Comme le vaisseau dans lequel Cortez envoyait à Charles V les plus curieuses productions de leurs arts rassemblés dans le premier
pillage de l'empire par les Espagnols , fut pris par un corsaire français ', les monuments de leur in-
dustrie sont moins nombreux que ceux des Péruviens. J'ignore s'il existe en Espagne quelques-uns de leurs ouvrages en plumes qui imitaient la peinture ; mais on voit dans le magnifique cabinet du roi d'Espagne, nouvellement ouvert au public , plusieurs de leurs bijoux en or et en argent, ainsi que divers ustensiles employés aux usages ordinaires de la vie; et j'ai appris par des personnes sur le goût et le jugement desquelles je puis compter, que ces ouvrages vantés de leur industrie ne sont que des représentations informes d'objets communs , et des figures grossières d'hommes et d'animaux , sans vérité et sans grâce 2 ; ce qui est confirmé encore par l'inspection des gravures en bois ou en taille-douce de leurs peintures , publiées par différents auteurs. On n'y voit que des représentations grossières et maladroites d'hommes , de quadrupèdes 0*1 d'oiseaux, ainsi que de la nature inanimée. Le style égyptien le plus sec , tout roide et tout grossier qu'il est, a encore plus d'élégance. Les essais informes d'un enfant qui entreprend de dessiner quelque objet ne sont pas plus imparfaits 3.
(i) Relac. de Cort. Ramus. III , 294. F.
(2) Voyez la note 45.
(3) On prendra une idée plus avantageuse des peintures et des sculptures des Mexicains, en lisant les ouvrages de Clavigero , de MM. le baron de Humboldl et Beullocii. (D. L. R.)