‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 134 sur 175 · LIVRE SEPTIÈME. 28î · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. 28î

à la maturité de l'âge qu'à l'ordre de la naissance , et on préférait souvent des collatéraux à des parents plus proches du monarque décédé \ C'est à cet usage que les Mexicains durent cette succession de princes habiles et guerriers qui avaient élevé leur empire en si peu de temps à ce haut point de puissance où le trouva Cortez en débarquant dans la Nouvelle-Espagne.

Tant que l'autorité des monarques demeura li- Pouvoir des

% ,. monarques et

mitée , il est probable qu elle tut exercée sans spiendeur de beaucoup d'ostentation; mais lorsqu'elle s'étendit , leur cour, ils augmentèrent aussi la magnificence du trône. C'est dans ce dernier état que la cour du Mexique se montra aux yeux des Espagnols, qui en furent frappés , et qui en décrivent la pompe fort au long et avec les expressions de la plus grande admiration. La nombreuse suite de Montézuma,

(r) Le gouvernement du Mexique fut aristocratique jusqu'à l'année i352 , que pour résister aux attaques de leurs voisins les peuples de . ce pays élurent pour roi Acamapitzin. Depuis cette époque la couronne fut élective et décernée d'abord par quatre électeurs choisis dans les rangs de la plus haute noblesse et presque toujours du sang royal. Sous Ilzcoatl, quatrième roi du Mexique, le nombre de ces électeurs fut porté • à six par l'adjonction des rois d'Acolhuacan et de Tacuba , quoique le titre de ces derniers fut purement honorifique. Afin de borner l'aulorilé des électeurs et pour prévenir les troubles , il fut décidé que le choix du monarque devrait être fait dans la famille d' Acamapitzin ; et il fut ensuite établi par une loi qu'à la mort d'un roi son successeur serait choisi d'abord parmi ses frères, à défaut de frères, parmi ses neveux, et à défaut de neveux, parmi ses parens plus éloignés, au choix des électeurs , sans qu'il fussent forcés d'avoir égard à la primogénilure. Clavigero. Stor. amic.del Messico. fia*. III et VIL (D. L. Pv.)

l8'2 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

l'ordre , le silence , le respect avec lesquels il était servi, la vaste étendue de son palais, les logements de ses différents officiers , le faste avec lequel il déployait sa grandeur toutes les fois qu'il daignait se laisser voir à ses sujets , tenaient plus de la magnificence des anciens monarques d'Asie que de la simplicité des états naissants du Nouveau-Monde. Ordre établi Mais ce n'était pas seulement par cette pompe dans e gou- extérieure crue les souverains du Mexique dé-

vernement. L l

ployaient leur pouvoir; ils le manifestaient d'une manière plus bienfaisante par l'ordre et la régularité avec lesquels ils dirigeaient l'administration intérieure et la police de leurs états. Le roi avait sur ses vassaux immédiats une juridiction entière, tant civile que criminelle. Chaque département avait ses juges, et, si nous pouvons compter sur ce que les écrivains espagnols nous disent des principes et des lois sur lesquels ils fondaient leurs décisions dans ces deux genres d'affaires, la justice était administrée au Mexique avec autant d'ordre et d'équité qu'on en peut trouver dans les sociétés parvenues à la plus haute civilisation.

Dépenses Les moyens de fournir aux dépenses publiques publiques. étaient aussi fort bien entendus. C'étaient des taxes sur la terre, sur les richesses de l'industrie et sur les marchandises de tous les genres mises en vente dans les marchés publics. Ces droits, quoique considérables , n'étaient ni arbitraires , ni inégaux ; ils

étaient fixés d'après des règles établies , et chacun connaissait la proportion des charges publiques qu'il avait à supporter. Comme l'usage de la monnaie était inconnu au Mexique ' , tous les impôts se payaient en nature, et on portait dans les magasins publics, non-seulement toutes les productions naturelles des diverses provinces de l'empire, mais tous les ouvrages de l'industrie et des arts. De ces magasins l'empereur tirait de quoi pourvoir sa nombreuse suite pendant la paix , et ses armées pendant la guerre , de nourriture , d'habits , d'armes , etc. Le petit peuple, qui ne possédait point de biens fonds et qui ne faisait point de commerce , payait sa part des impôts en travaux de différents genres ; et c'était par ce travail que les terres de la couronne étaient cultivées , les ouvrages publics exécutés, et les diverses maisons appartenantes à l'empereur construites ou entretenues 2.

Les progrès des Mexicains dans la civilisation se montrent non-seulement dans tous les points essentiels à une société bien ordonnée, mais encore dans divers objets de police intérieure qu'on peut regarder comme d'une moindre importance. L'établissement de courriers publics , postés de distance en distance pour faire passer les nouvelles

(1) Robertson me paraît être dans l'erreur, car les Mexicains avaient plusieurs espèces de monnaie. Voyez la noie 42. (D. L, R.)

(2) Herrera, Decad. II, lib. VU , cap. t3 • Decad. III, lib. IV, cap. 16, 17. Voyez la note 0.

d'une partie de l'empire à l'autre , était une invention ingénieuse de police que ne connaissait à cette époque aucun état de l'Europe. La situation de la capitale sur un lac , avec des digues et des chaussées fort longues qui servaient d'avenues à ses différents quartiers , avait demandé une adresse et un travail qu'on ne pouvait trouver que chez un peuple civilisé. On peut faire la même réflexion sur la structure des* aqueducs , par lesquels ils avaient amené un cours d'eau douce d'une distance fort considérable , le long des chaussées '. La destination d'un certain nombre d'hommes , employés régulièrement à nettoyer les rues, à les éclairer par des feux allumés en différentes places , et à y faire la garde pendant la nuit 2 , montre encore un degré d'attention sur la tranquillité publique que même les nations policées n'ont acquis que fort tard.

Mais la marque la moins équivoque des progrès des Mexicains est le degré où ils avaient porté plusieurs arts. Cortez et les premiers historiens espagnols en parlent avec ravissement , et prétendent que les artistes les plus célèbres de l'Europe n'auraient pu surpasser les Mexicains pour la délicatesse et la propreté du travail. Ils représentaient, dit-on , les hommes , les animaux et d'autres objets par le moyen de plumes diversement colorées et

(i) Voyez la note 44-

(a) Herrera, Decad. Il, lib. VIII, cap. 4. Torribio, manuscrit.

Page 1