LIVRE SEPTIÈME
de l'empire du Mexique, sous ses dix monarques; la seconde est un rôle des impositions , représentant ce que chaque ville conquise paye au trésor royal ; la troisième est un code de leurs institutions civiles, politiques et militaires. L'archevêque de Tolède qui siège aujourd'hui a publié d'autres peintures mexicaines, en trente-deux planches. On trouve joint à chacun de ces tableaux une explication complète de ce qui y est représenté, donnée aux Espagnols par des Indiens qui connaissaient très bien leurs arts. Toutes sont faites d'après le même principe: elles représentent des choses et non des mots ; elles offrent des images aux yeux et non des idées à l'esprit. Elles peuvent donc être considérées comme les premiers et les plus grossiers essais de l'art d'écrire. On a dû sentir bientôt l'imperfection de cette méthode de conserver la mémoire des faits. Ce devait être une opération bien longue et bien fastidieuse que celle dépeindre ainsi chaque événement; et, comme les affaires se compliquent et que les événements se multiplient dans toutes les sociétés , les annales devaient former en peu de temps un volume énorme ; d'ailleurs, on ne peut peindre que les objets qui tombent sous les sens. Les conceptions de l'esprit n'ont aucune forme sensible; et, aussi long-temps que l'écriture en tableau n'a pu les peindre , elle n'a dû être qu'un art très imparfait. La nécessité de la perfectionner a dû aiguiser l'invention, et l'esprit
humain dans le Nouveau -Monde tenant la même route qu'il a suivie dans l'ancien, l'art a dû faire successivement les mêmes pas, c'est-à-dire, aller de la peinture de l'objet à l'hiéroglyphe , au symbole allégorique, ensuite à des caractères arbitraires, pour arriver avec le temps à un alphabet capable d'exprimer toutes les combinaisons des sons employés dans le discours. On voit dans les peintures des Mexicains qu'ils procédèrent ainsi. En observant avec attention les planches dont j'ai parlé, on y remarque quelques figures qui approchent de l'hiéroglyphe , et dans lesquelles une partie principale de l'objet, ou quelque circonstance importante du sujet, est employée pour représenter le tout. Dans les annales de leurs rois publiées par Purchas , les villes conquises par chacun d'eux sont constamment représentées de la même manière par la figure grossière d'une maison ; mais , pour distinguer les villes particulières dont les souverains du Mexique s'étaient emparés , on trouve employés des emblèmes particuliers, quelquefois des objets naturels, d'autres fois des figures arbitraires. Dans le rôle des impôts publié par l'archevêque de Tolède, on ne voit point la maison, symbole ordinaire d'une ville , mais seulement un emblème qui la représente. Ailleurs on a été plus loin et l'on s'est approché davantage de l'hiéroglyphe plus figuré et plus arbitraire. Pour désigner un monarque qui a étendu son domaine