LIVRE SEPTIÈME. 3l
mentaire royal \ il se borne à éclaircir ce qu'ils ont rapporté de l'histoire et des institutions du Pérou ' , et ses éclaircissements, comme leurs récits, ne sont fondés que sur la tradition courante parmi ses corn patriotes.
Il suit de là que les petits détails que ces écrivains nous donnent des exploits , des batailles , des conquêtes et du caractère particulier des premiers monarques péruviens , ne méritent guère notre croyance. Nous ne pouvons regarder comme authentiques qu'un petit nombre de faits si étroitement liés au système de leur religion et de leur politique intérieure que la mémoire n'a pu s'en perdre : à quoi il faut ajouter les coutumes et les institutions encore en vigueur au temps de la conquête, et que les Espagnols purent observer. C'est en examinant ces deux sortes de faits avec attention, et en tâchant de les séparer de ceux qui paraissent fabuleux ou dépourvus de preuves , que je me suis efforcé de donner une idée des mœurs et du gouvernement des Péruviens.
Les peuples du Pérou, comme je l'ai déjà dit3, Origine de
étaient encore dans toute la grossièreté de la vie eur Souver-
D nement.
sauvage , lorsque Manco Gapac et sa femme Marna Ocollo se montrèrent à eux pour les instruire et les civiliser. La tradition des Péruviens ne nous apprend
(i) Lib. I, cap. io.
(2) Lib. VI, p. 126 et suiv.
3l4 HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
point qui étaient ces deux personnages extraordinaires ; s'ils apportaient leur système de législation et les connaissances des arts de quelque pays plus civilisé, ou s'ils étaient natifs du Pérou; ni comment ils s'étaient élevés à des idées si fort au-dessus de celles de la nation à laquelle ils s'adressaient. Manco Capac et sa femme, profitant du penchant des Péruviens à la superstition , et surtout de leur vénération pour le soleil , prétendirent qu'ils étaient les enfants de ce bel astre , et qu'ils venaient les éclairer et les instruire en son nom et par son autorité. La multitude écouta et crut. Nous avons vu plus haut |e changement qui se fit dans les mœurs et dans la police des Péruviens, changement que les historiens attribuent aux fondateurs de c*et empire , et comment les institutions de l'inca et de sa femme répandirent parmi eux quelque connaissance des arts, et quelque goût pour les commodités de la vie. Ces bienfaits furent d'abord resserrés dans des limites fort étroites ; car l'autorité du premier inca ne s'étendit point au-delà de quelques lieues de Cusco. Mais dans la suite des temps et peu à peu ses successeurs soumirent tous les pays qui s'étendent à l'ouest des Andes depuis le Chili jusqu'à Quito, et établirent dans toutes ces provinces leurs institutions religieuses et politiques.
H est fondé Le caractère le plus singulier et le plus frappant du gouvernement péruvien , c'est l'influence de la
sur la religion