LIVRE septième. 32f
éloges. L'une traversait les parties intérieures et montueuses du pays, l'autre les plaines qui s'étendent le long de la mer. Les premiers historiens du Pérou qui virent ces routes en parlent avec tant d'admiration et d'étonnement , et ont été si bien secondés par les pompeuses descriptions des écrivains plus récents qui ont été conduits par quelque système à vanter les Américains , qu'on serait tenté de comparer ces travaux des incas aux anciens chemins militaires qui subsistent encore comme des monuments de la puissance romaine. Dans un pays où il n'y avait aucun animal domestique que le llamma qui n'était jamais employé comme bête de trait et rarement pour porter des fardeaux, et oii les chemins un peu montueux n'étaient guère fréquentés que par les hommes , il ne fallait ni beaucoup d'industrie ni de grands travaux pour faire des routes. Les chemins du Pérou n'avaient que quinze pieds de largeur1, et, dans beaucoup d'endroits, ils étaient faits avec si peu de solidité que le temps a effacé toutes les traces de leur direction. Dans les parties basses on n'avait presque fait autre chose que de planter des arbres ou des bornes pour indiquer la véritable route aux voyageurs. C'était une tâche plus difficile d'ouvrir des sentiers dans les montagnes. On avait aplani quelques hauteurs et comblé quelques vallons, et, pour conserver la
(i) Cieça , cap. 60. Voyez la noie 64,
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route , on l'avait fortifiée des deux cotés d'un banc de gazon. De distance en distance on y trouvait des tambos ou magasins pour l'incas et sa suite lorsqu'il voyageait dans ses domaines. Cette route, faite dans des parties du pays plus hautes et moins praticables, avait été construite plus solidement, et, quoique, par la négligence des Espagnols pour tout ce qui n'était pas relatif à l'exploitation des mines, on n'ait rien fait pour l'entretenir , on peut encore la reconnaître partout1. Telle était la célèbre route des incas , dont la description , dépouillée de toutes les exagérations et réduite à ce qu'on ne peut révoquer en doute , nous présente encore une preuve incontestable d'un grand progrès dans les arts et dans la civilisation. Les peuplades sauvages de l'Amérique n'ont jamais eu l'idée de former des communications entre les parties éloignées des pays qu'elles habitaient; les Mexicains l'avaient à peine entrevue , et l'on sait que dans les états les plus civilisés de l'Europe, ce n'est qu'après avoir déjà acquis beaucoup d'autres connaissances que les gouvernements se sont occupés d'une manière un peu suivie des moyens de faciliter le commerce par la construction des chemins.
Ponts. £n faisant des chemins , les Péruviens furent
(i) Xérès, p. 189 , 191. Zarate, lib. I , cap. i3 , 14. Vega , lib, IX, cap. i3. Bouguer , Voyage, p. io5. Ulloa , Entre te nimientos , p. 365. Voyez la note 64 déjà citée.