‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 156 sur 175 · III · texte numérisé non relu

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de la charrue était à la vérité inconnu aux Péruviens; ils travaillaient la terre avec une espèce de bêche faite d'un bois dur'. Ce travail n'était pas regardé comme assez humiliant pour être abandonné aux femmes seules; les hommes le partageaient avec elles, et même les enfants du soleil donnaient l'exemple, en cultivant de leurs propres mains un champ situé près de Cusco, et ils honoraient cette fonction en l'appelant leur triomphe sur la terre \ Leurs bâti- La supériorité de l'industrie des Péruviens se montre encore dans la construction de leurs maisons et de leurs édifices publics. Dans les vastes plaines qui s'étendent le long de l'Océan Pacifique , où le climat est doux et le ciel toujours serein, leurs maisons étaient d'une bâtisse très légère, et cela devait être ainsi ; mais dans les parties plus élevées où tombent les pluies, où il y a de la vicissitude dans les saisons, et où la rigueur du froid se fait sentir, elles étaient construites avec une plus grande solidité. Leur forme était généralement carrée; les murailles , d'environ huit pieds de haut , étaient faites de briques durcies au soleil; elles étaient sans fenêtres; la porte en était basse et étroite. Toute simple que paraît cette construction , et tout grossiers qu'en étaient les matériaux, les édifices

(i) Zarate , lib. /, cap. 8.

(2) Vega , lib. V > cap. 2.

étaient si solides que plusieurs subsistent encore aujourd'hui, long-temps après que tous les monuments qui auraient pu nous donner une idée de l'état civil des autres nations de l'Amérique ont disparu de. la surface de la terre. C'est surtout dans les temples consacrés au soleil et dans les palais de leurs monarques, que les Péruviens déployaient toute leur industrie. Les descriptions que nous ont laissées de ces édifices les écrivains espagnols qui les ont vus lorsqu'ils étaient encore presque entiers , pourraient être regardées comme fort exagérées , si les ruines encore subsistantes ne garantissaient la vérité de leurs relations. On trouve dans toutes les provinces de l'empire des restes des édifices sacrés et des palais des incas , et leur nombre seul prouve qu'ils sont l'ouvrage d'une nation puissante , qui doit avoir subsisté pendant un assez long période, dans un état de civilisation assez avancé. Ils sont de différentes grandeurs , quelquesuns d'une étendue médiocre, plusieurs immenses, se ressemblant tous par leur solidité ainsi que par le style de leur architecture. Le temple de Pachacamac , avec le palais de l'incas et une forteresse , formaient ensemble une grande fabrique de plus d'une demi-lieue de circuit. La construction de cet immense édifice est d'un goût singulier , ainsi que tous les autres ouvrages des Péruviens. Comme ils ignoraient l'usage de la poulie et des autres puis-

tances mécaniques ? et qu'ils ne pouvaient élever à une grande hauteur les grosses pierres qu'ils employaient , les murailles de cet édifice, qui paraît être le plus grand effort de leur industrie, n'ont pas plus de douze pieds de hauteur au-dessus du sol. Quoiqu'ils n'eussent découvert l'usage ni du mortier ni d'aucune autre espèce de ciment, les briques et les pierres y sont si bien unies qu'à peine peut-on distinguer les jointures1 . Les appartements, autant qu'on peut juger de leur distribution par les ruines qui subsistent encore, étaient mal disposés et offraient peu de commodités. Il n'y avait pas une seule fenêtre dans tout l'édifice, et on n'y recevait la lumière que par la porte; de sorte que les plus grandes pièces devaient être absolument obscures, à moins qu'on ne les éclairât par quelque autre moyen. Mais ces imperfections, et d'autres qu'on pourrait indiquer dans les monuments de l'architecture des Péruviens, n'empêchent pas qu'on ne doive les regarder comme des efforts étonnants d'industrie chez un peuple qui ignorait l'usage du fer, et comme une preuve de la puissance de leurs anciens rois.

Chemins. Ce n'étaient pourtant pas encore les ouvrages les

plus beaux et les plus utiles des incas. Les deux grandes routes de Cusco à Quito , qui avaient plus de ciuq cents lieues de long, méritent de plus grands

(i) Voyez les notes 62 et 63.

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