‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 174 sur 175 · S'JI NOTES · texte numérisé non relu

S'JI NOTES

chée, comme un présent fort préeieux pour leurs parents , qui auraient le plaisir de se nourrir dans leurs festins du corps de leurs ennemis, pag. 157. Solis, qui paraît craindre qu'on n'impute à ses compagnons d'avoir agi de concert avec des auxiliaires qui se nourrissaient de chair humaine , est très attentif à prouver qu'ils cherchèrent à engager leurs alliés à ne point manger les corps des Mexicains, lib. V, cap. 24 ; mais il ne peut s'appuyer sur l'autorité d'aucun historien original. Diaz et Cortez lui-même ne paraissent pas avoir eu un pareil scrupule, et en plusieurs occasions Cortez parle, sans en témoigner d'horreur, de ces repas indiens, qui leur étaient devenus très familiers. Mais, malgré ce supplément de nourriture pour les Indiens , il ne paraît encore guère possible qu'ils aient pu fournir des vivres pour des armées aussi considérables que celles dont parlent les historiens espagnols. Peut-être que'le meilleur moyen de résoudre cette difficulté est d'adopter le sentiment de B. Diaz del Castillo, le plus naïf de tous les historiadores primilivos. « Lorsque Gomara, dit-il, rapporte en quelques « endroits que nous avons eu tant de milliers d'Indiens « pour alliés , et d'un autre côté , qu'il y avait tant de « milliers de maisons dans telle ou telle ville, on ne doit « avoir aucun égard à cette énumération, parce que « son autorité ne peut être d'aucun poids à cet égard, « le nombre des hommes ou des maisons n'étant pas « la cinquième partie de ce qu'il dit. Si Ton addition- « nait les différents nombres qu'il cite , ce pays con- « tiendrait plus de millions d'hommes qu'il n'y en a

« dans la Castille , » cap. 129. Mais, quoiqu'on puisse rabattre beaucoup des calculs que les Espagnols ont donnés des forces mexicaines , elles doivent cependant avoir été fort considérables, car il n'y avait qu'une très grande supériorité du nombre qui pût les engager à faire tête à un corps de neuf cents Espagnols, commandé par un général aussi habile que Cortez.

Note vin, page g5.

En parlant des procédés cruels et tyranniques des conquérants de la Nouvelle-Espagne , je n'ai pas pris pour guide Barthélemi de Las Casas , parce que le récit qu'il en fait, Relat. delaDestruyc, pag. \S,etc, est manifestement exagéré. C'est sur le témoignage de Cortez même et de Gomara, qui écrivit sous ses yeux, que j'ai fondé le récit de la punition infligée aux Panucans , qu'ils rapportent sans y ajouter aucun sentiment d'improbation. B. Diaz , contre sa coutume , n'en parle qu'en des termes généraux, ch. 162. Herrera , attentif à pallier les actions barbares de ses compatriotes, dit bien que soixante caciques et quatre cents personnes de distinction furent condamnées aux flammes ; mais il prétend qu'il n'y en eut que trente de brûlées, et qu'on pardonna aux autres, Decad. 3 , lib. V, cap. 7. Mais cela est contraire au témoignage des écrivains originaux, etparticulièrement à celui de Gomara, qu'il paraît avoir consulté , puisqu'on retrouf e plusieurs de ses expressions dans ce même passage. Les historiens espagnols les plus au-

nr. il\

thentiques parlent de la punition de Guatimosin. Torquemada a extrait d'une histoire de Tezcuco , écrite en langue mexicaine , un récit de ce fait , plus favorable a Guatimosin que ceux des écrivains espagnols, Mon. Indiana, I, 575. Suivant ce récit, Cortez n'avait aucune preuve positive pour justifier un pareil acte de cruauté. Bern. Diaz assure que Guatimosin et ses malheureux compagnons attestèrent leur innocence en rendant le dernier soupir, et que plusieurs soldats condamnèrent l'action de Cortez comme également injuste et inutile, pag. 200, B, 201, A.

Note ix, page 98.

Cette expédition avait pour motif de punir Christoval Olid, un de ses officiers, qui s'était révolté contre lui , et qui cherchait à se former une juridiction indépendante. Cette révolte parut à Cortez d'un exemple si dangereux , et il craignait tellement l'expérience etlapopularité d'Olid, qu'il marcha lui-même à la tête des troupes destinées pour l'apaiser. Suivant Gomara , il fit plus de trois mille milles au travers d'un pays couvert d'épaisses forêts , de montagnes escarpées , de rivières profondes , peu habité et cultivé seulement en quelques endroits. Il n'y a que les aventures des autres conquérants du Nouveau-Monde qui puissent égaler ce qu'il souffrit par la famine , par les hostilités des naturels du pays, par les rigueurs du climat et par des fatigues de toute espèce. Cortez employa plus de deux ans à cette terrible expédition, qui ne fut marquée par aucun événement d'éclat , mais

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. ?>nrj

pendant laquelle il donna de plus grandes preuves de son courage, de la force de son esprit, de sa persévérance et de sa patience, que dans aucune autre période de sa vie. H errera, Decad. 3 , lib. VI , VII, VIII et IX. Gomara, Cron. cap. 163-177. B. Diaz, 174-190.

Si l'on avait à écrire la vie de Cortez , cette expédition devrait y occuper une place remarquable ; mais comme elle ne produisit aucune action un peu importante , il suffit d'en faire mention dans une histoire générale de l'Amérique.

Note x, page îoo.

Suivant Herrera, le trésor que Cortez apporta avec lui consistait en quinze cents marcs d'argenterie travaillée, deux cent mille pesos d'or fin et dix mille d'un moindre aloi, plusieurs diamants de grand prix9 un entre autres valant quarante mille pesos, et plusieurs ornements et bijoux de prix : Decad. 4, lib. III, c. 8 ; lib. IV, cap. 1. Il s'engagea ensuite à donner en mariage à sa fille cent mille pesos. Gomara, Cron. c. 237. Il laissa à ses fils une fortune très considérable. Nous avons cependant déjà remarqué que la somme qui fut partagée entre les conquérants à la première réduction de Mexico était fort petite. Il y a donc lieu de croire que les accusations des ennemis de Cortez n'étaient pas tout-à-fait dénuées de fondement. Ils lui reprochaient de s'être approprié injustement une portion exorbitante des dépouilles des Mexicains ; d'avoir caché les trésors de Montézuma et de Guatimosin ; d'avoir distrait le quint du roi, et d'avoir privé

ses compagnons de ce qui leur était dû : H errera, Decad. 3, lib. VIII , cap. 15 ; Decad. 4 , lib. III, cap. 8. Quelques-uns même des conquérants eurent de pareils soupçons, B. Diaz, cap. 157.

Note xi, page io3.

M. de Humboldt [Essai politique sur la Nouvelle- Espagne, tom. ll,pag. 416 et417)a trouvé , dans un manuscrit conservé dans les archives de la viceroyauté de Mexico, que la Californie avait été découverte en 1526, sans qu'on fît connaître sur quoi cette assertion était fondée. Il paraît, d'après les extraits, que l'auteur de \nRelacion delviage alEstrecho deFuca a faite des manuscrits précieux conservés à l'académie royale d'histoire de Madrid , que cette province ne fut pas même vue dans l'expédition de Diego Hurtado de Mendoza, en 1532. Les cotes delà Californie furent découvertes par Hernando de Grixalva au mois de février 1534, dans le cours d'une des navigations entreprises aux frais particuliers de Cortez. Celui-ci, mécontent de la lenteur et du peu de succès des découvertes dans la mer du Sud , s'embarqua lui-même en 1 535 au port de Chiametlan, longea les deux côtes du golfe que l'on désigna dès lors par le nom de Mer de Cortez , qu'il porte encore à si juste titre. Il poursuivit sans relâche ses découvertes en Californie, et, lorsqu'il fut obligé de revenir à Acapulco , il les fit poursuivre, toujours à ses frais, par Francisco de Ulloa, qui dans le cours d'une navigation de deux ans reconnut les cotes du golfe de Californie jusque vers l'embouchure du Rio Colorado. (D. L. R. )

et éclaircissements. 377

Note xii, page io5.

En traçant les progrès des armes espagnoles dans la Nouvelle-Espagne , nous avons suivi Cortez luimême comme le guide le plus sûr. Ses lettres à l'empereur contiennent un récit exact de ses opérations; mais le vainqueur ignorant du Pérou n'était pas en état d'écrire lui-même ses propres exploits. Cependant nous avons puisé les faits dans des auteurs contemporains et respectables.

C'est François Xerez, secrétaire de Pizarre, qui nous a donné la première relation de ses exploits au Pérou. C'est un récit simple et naïf, qui ne va que jusqu'à la mort d'Àtahualpa en 1533 ; car l'auteur retourna en Espagne en 1534, et fit imprimer immédiatement après son arrivée sa courte histoire de la conquête du Pérou, qu'il dédia à l'empereur.

Don Pedro Sancho, officier qui servit sous Pizarre, écrivit un récit de son expédition , qui fut traduit en italien par Ramusio et inséré dans son précieux recueil , mais qui ne fut jamais publié dans sa langue originale. Sancho retourna en Espagne dans le même temps que Xerez. On peut ajouter la plus grande foi à tout ce que ces deux auteurs ont dit des opérations de Pizarre ; mais les Espagnols étaient restés si peu de temps au Pérou lorsqu'ils quittèrent ce pays, et ils avaient eu si peu de communication avec les habitants, qu'ils n'avaient qu'une connaissance fort bornée des mœurs et des usages des Péruviens.

L'historien contemporain qui vient ensuite est Pierre Cieça de Léon , qui publia sa Chronique du

Pérou à Séville en 1553. S'il avait fini tout ce qu'il se proposait par la division générale de son ouvrage , c'aurait été l'histoire la plus complète qui eût été publiée de quelque partie du Nouveau-Monde que ce fût. Il était très en état de l'exécuter, ayant servi pendant dix-sept ans en Amérique , et ayant parcouru lui-même la plupart des provinces dont il avait à parler. Mais la première partie de sa chronique a seule été publiée ; elle contient une description du Pérou et de plusieurs des provinces adjacentes , et un détail historique des mœurs et des usages des naturels du pays, écrite avec si peu d'art et avec tant d'apparence de vérité, qu'on ne peut s'empêcher de regretter la perte des autres parties de son ouvrage.

Cette perte est amplement réparée par don Augustin Zarate , qui en 1555 publia son Historia deldescubrimiento y conquista de la provincia del Peru. Zarate , homme de condition , avait reçu une bonne éducation et avait été employé au Pérou en qualité de contrôleur général du revenu public. Son histoire , tant par le sujet que par la manière dont elle est écrite , est un livre fort estimable ; et comme il a été à portée d'être bien informé, et qu'il paraît avoir observé avec attention les mœurs et les actions des Péruviens, son témoignage mérite le plus grand crédit.

En 1571, don Diego Fernandès publia son histoire du Pérou, dont le seul objet est de rapporter les divisions et les guerres civiles des Espagnols dans cet empire. Comme il a été employé dans les affaires publiques au Pérou , et qu'il avait une connaissance

exacte du pays et des principaux acteurs dans les scènes singulières qu'il décrit; que d'ailleurs il avait un jugement sain et une grande impartialité, il peut être mis au rang des historiens les plus distingués par l'exactitude de leurs recherches et par leur discernement à juger des événements qu'ils rapportent.

Garcilaso de la Vega , inca , est celui qu'on peut regarder comme le dernier historien contemporain de la conquête du Pérou; car quoique la première partie de son ouvrage , intitulé Commentarios Reaies del Origen de Iqs Incas reies del Peru , ne fut publiée qu'en 1609, soixante-seize ans après la mort d'Atahualpa , le dernier empereur , cependant , comme il était né au Pérou d'un officier de distinction et d'une coya ou femme de la famille royale, ce qui l'autorisait à prendre le titre d'inca; comme d'ailleurs il parlait fort bien la langue des incas, et qu'il était instruit des traditions de ses compatriotes , son autorité est fort estimée et souvent même préférée à celle de tous les autres historiens. Cependant on ne peut regarder son ouvrage que comme un commentaire des écrivains espagnols qui ont traité de l'histoire du Pérou , composé de citations prises des auteurs dont j'ai parlé. C'est l'idée qu'il en donne lui-même , lib. I , cap. 10. Ce n'est pas seulement dans le récit des faits qu'il les suit servilement ; mais il ne paraît pas mieux instruit qu'eux en expliquant les institutions et les cérémonies de ses ancêtres. L'explication qu'il donne des quipos est à peu près la même que celle d'Acosta. Il ne cite aucun exemple de la poésie des Péruviens , si ce n'est

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le mauvais morceau qu'il a pris de Blas Valera, un des premiers missionnaires, dont les mémoires n'ont jamais été publiés, lib. II, cap. 15. Au reste, ce serait en vain qu'on chercherait dans les commentaires de l'inca le moindre ordre et le discernement nécessaire pour distinguer ce qui n'est que fabuleux d'avec ce qui est probable ouvrai. Malgré tous ces défauts, son ouvrage peut être utile. On y trouve quelques traditions qui lui ont été communiquées par ses compatriotes. La connaissance qu'il avait de la langue péruvienne l'a mis à portée de corriger quelques erreurs des écrivains espagnols , et il y a inséré des faits curieux qu'il a pris dans les ouvrages de quelques auteurs , dont les écrits n'ont jamais été publiés et qui sont perdus maintenant.

Note xin, page 1 1 1.

On pourra se former une idée des peines qu'ils eurent à souffrir, et de l'insalubrité des pays qu'ils parcoururent par la mortalité extraordinaire qui régna parmi eux. Pizarre conduisit avec lui cent douze hommes, et Almagro soixante-dix; il en mourut cent trente en moins de neuf mois, et peu par l'épée ; presque tous périrent de maladie : Xerez,pag. 180.

Note xiv, page n5.

Cette île, dit Herrera, est si désagréable par l'insalubrité de son climat, par ses bois impénétrables, ses montagnes escarpées et la multitude des insectes et des reptiles, que lorsqu'on en parle on se sert ordi-

nairement de l'épithète & infernale. On y voit rarement le soleil, et il y pleut presque toute l'année, Decad. 3, lib. X, cap. 3. Dampier, qui toucha à cette île en 1G85, n'en rend pas un compte plus favorable, vol. I , pag. 172. Pendant sa croisière sur cette cote , il visita la plupart des endroits où Pizarre descendit, et la description qu'il en fait jette un grand jour sur les récits des premiers historiens espagnols.

Note xv, page i34-

Les chevaux étaient alors fort multipliés dans les possessions espagnoles sur le continent. Lorsque Cortez commença son expédition en 1518, il ne put se procurer que seize chevaux , quoique son armement fût plus considérable que celui de Pizarre , et composé de personnes d'un rang supérieur à ceux qui conquirent le Pérou.

Note xvi, page i35.

En 1740 , Don Antoine Ulloaet Don Georges Juan allèrent de Guayaquil à Motupé par la même route que Pizarre avait suivie. On peut se former une idée de la difficulté de sa marche par le récit qu'ils ont l'ait de leur voyage. Les plaines sablonneuses entre Saint-Michel de Piura et Motupé s'étendent à quatrevingt-dix milles, sans qu'on trouve ni eau, ni arbre, ni plante , ni verdure sur cette horrible étendue de sable brûlant. Voijage , tom. I ,pag. 399, etc.

Note xvii, page \(\\.

C'est avec justice que tous les historiens ont cen

sure le discours extravagant et déplacé de Valverde. Mais , quoiqu'il paraisse avoir été un moine fort ignorant , fort superstitieux , et fort différent du bon Olmedo qui accompagna Cortez , on ne peut cependant lui imputer entièrement son absurde apostrophe à Atahualpa. Sa harangue est évidemment une traduction ou une paraphrase du formulaire concerté en 1509 , par une junte d'ecclésiastiques et de jurisconsultes espagnols , pour démontrer le droit de leur roi à la souveraineté du ÎSouveau-Monde , et pour servir d'instruction aux employés en Amérique , sur la manière dont ils devaient prendre possession d'un nouveau pays. Voyez vol. l,note XXVIII. Les sentiments contenus dans la harangue de Valverde ne peuvent être attribués à l'imbécille fanatisme d'un seul homme , mais à celui du siècle où il a vécu. On trouve dans Gomara et dans Benzoni un fait qui, s'nV est vrai , suffit pour rendre Valverde non-seulement un objet de mépris , mais même d'horreur. Ils disent que pendant toute l'action ce moine ne cessa d'exciter les soldats au carnage , en leur conseillant de frapper l'ennemi , non du tranchant de leurs épées , mais de la pointe : Gomara, Cron. cap. 113 : Benzoni ,, hist. nov. or bis , lib. III , cap. 3. Cette conduite est bien différente de celle des prêtres catholiques romains dans les autres parties de l'Amérique , qù ils ont employé tout leur crédit pour protéger les Indiens , et pour modérer la férocité de leurs compatriotes.

Note xvin, page i/p.

Il y a deux, sentiments différents touchant la conduite d'Atahualpa. Les historiens espagnols, pour justifier les violences de leurs compatriotes , prétendent que les démonstrations d'amitié de l'inca n'étaient que simulées , et qu'en accordant une entrevue à Pizarre , à Caxamalca , son intention était de se défaire tout d'un coup de lui et de ses compagnons; que c'est pour cette raison qu'il s'avança avec une suite si nombreuse qui avait des armes cachées pour exécuter ce projet. Voilà du moins le sentiment de Xerez et de Zarate , lequel a été adopté par Herrera. Mais si l'inca avait voulu détruire les Espagnols, il n'est pas croyable qu'il les eût laissé passer librement par le désert de Motupé , et qu'il eût négligé de défendre les passages des montagnes où il aurait pu les attaquer avec tant d'avantage. Si les Péruviens en marchant vers Caxamalca avaient eu intention de tomber sur les Espagnols , il est surprenant qu'un corps de troupes aussi considérable , armé pour le combat , n'ait pas cherché à faire la moindre résistance , et se soit au contraire laissé lâchement tuer par un ennemi qu'il s'était préparé à attaquer. La manière dont Atahualpa se rendit à l'entrevue avait l'air d'une procession paisible et non pas d'une entreprise militaire. Lui-même et les personnes de sa suite , vêtus de leurs habits de cérémonie , étaient précédés par des coureurs sans armes. Quoique les peuples sauvages soient souvent faux et rusés , cependant , s'il faut imputer le plan d'une fourberie ou

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d'une trahison , ou à un monarque qui n'avait pas lieu d'être alarmé de la visite d'étrangers qui demandaient à être admis en sa présence comme amis, ou à un aventurier aussi hardi et aussi peu scrupuleux que l'était Pizarre , on ne peut guère balancer sur le choix du coupable. Malgré les soins des historiens espagnols pour pallier les procédés de Pizarre , il est facile de s'apercevoir que c'était son intention comme son intérêt de se saisir de l'inca , et qu'il avait pris pour cet effet des mesures avant qu'il eût pu avoir le moindre soupçon-des desseins de ce monarque.

Garcilaso de la Vega , très soigneux de justifier les Péruviens ses compatriotes du crime d'avoir voulu massacrer Pizarre et ses compagnons , ne craint pas moins d'accuser les Espagnols d'en avoir mal agi avec l'inca, ce qui lui fait adopter un autre sentiment. Tl dit qu'un homme de taille majestueuse , avec une longue barbe et des habits qui descendaient jusqu'à terre, ayant apparu à Viracocha, huitième inca, et lui ayant déclaré qu'il était fils du soleil , ce monarque bâtit un temple en son honneur , et y plaça une image aussi ressemblante qu'il fut possible à la forme singulière sous laquelle il se montrait à ses yeux. C'est dans ce temple qu'on lui rend les honneurs divins sous le nom de Viracocha : Part. I , lié. IV , cap. 21 ; liv. V, cap. 22. Lorsque les Espagnols parurent pour la première fois au Pérou , la longueur de leur barbe et les habits qu'ils portaient leur donnaient tant de ressemblance avec l'image de Viracocha aux yeux des Péruviens , qu'ils les regardèrent comme des en-

fants du soleil descendus du ciel sur la terre. Tous conclurent que l'empire du Pérou touchait au ternie fatal , et que le trône allait être occupé par de nouveaux: maîtres. A tahualpa lui-même , regardant les Espagnols comme des envoyés du ciel , fut si éloigné de chercher à leur résister , qu'il résolut de se soumettre aveuglément à leurs ordres. C'est à ces sentiments qu'on doit attribuer les démonstrations d'amitié et de respect de l'inca , ainsi que la réception amicale qu'il fit à Soto et à Ferdinand Pizarre dans son camp, et la soumission respectueuse avec laquelle il se disposa à visiter le général espagnol dans son quartier; mais, par l'ignorance grossière de l'interprète Phillipilo , la déclaration des Espagnols et la réponse de l'inca furent si mal expliquées , que la difficulté de s'entendre mutuellement fut cause de la catastrophe de Gaxamalca et de ses terribles conséquences.

Il paraît singulier qu'on ne trouve aucune trace de cette vénération superstitieuse desPéruviens pour lesEspagnols ni dans Xerez , ni dans Sancho ,ni dans Zarate, historiens antérieurs à l'entrevue de Caxamalca ; cependant les deux premiers servaient alors sous Pizarre , et le dernier se rendit au Pérou peu de temps après la conquête. Sil'inca lui-même ou ses en voyés avaient adressé aux Espagnols les discours que Garcilaso leur prête , ils doivent avoir été étonnés d'entendre des déclarations si humbles, etils s'en seraient sans doute servis pour exécuter leurs desseins avec plus de facilité. Quoique le récit de la Vegalui-

même sur la correspondance de l'inca avec les Espagnols , avant la rencontre de Gaxamalca, soit fondé sur la supposition que ce monarque les regardait comme des Yiracochas ou des êtres divins, Part. II, lib. I , cap. 17 , etc. cependant son inattention et son inexactitude ordinaires lui font dire dans un autre endroit , que les Péruviens n'avaient remarqué la ressemblance des Espagnols avec le dieu Viracocha qu'après les malheurs qui suivirent le massacre de Caxamalca } et que ce ne fut qu'alors qu'ils commencèrent à les appeler ViracochaSjP^r/.Ij/^.V, cap. 21 ; ce qui se trouve confirmé par Herrera, Decad. 5 , lib. II , cap. 12. Si l'on en croit les historiens espagnols , leurs compatriotes étaient regardés dans plusieurs parties de l'Amérique comme des êtres descendus du ciel. Mais dans ce cas, comme dans plusieurs autres auxquels peut donner lieu un commerce entre des nations dont les progrès dans la civilisation sont très inégaux, les idées de ceux qui se servent de certaines expressions sont très différentes des idées de ceux qui les entendent ; car tel est l'idiome des langues indiennes , ou telle est plutôt la simplicité de ceux qui les parlent , que lorsqu'ils voient une chose qui leur était inconnue jusqu'alors , et dont ils ignorent l'origine , ils disent qu'elle est venue du ciel : Nugnez, Ramus.,\\\ , 327, C.

Le récit que j'ai fait des sentiments et des procédés des Péruviens paraît plus naturel et plus plausible que les deux autres , et se trouve plus conforme aux faits rapportés par les historiens contemporains.

Suivant Xerez , pag. 200 , deux mille Péruviens lurent tués. Sancho fait monter le nombre de ceux qui périrent à six ou sept mille. Bamus., III ,274, D. La Vega dit qu'il y en eut cinq mille de massacrés , Pari. II, lib. I, cap. 25. Le nombre moyen que j'ai pris entre les deux extrêmes paraît approcher davantage de la vérité.

Note xix, page i44-

Il n'y a point de preuves plus frappantes de ce fait, que le voyage de trois Espagnols de Caxamalca à Cusco , dont la distance est de six cents milles. Pendant toute cette longue route ils furent traités avec tous les honneurs que les Péruviens rendaient à leurs souverains et même à leurs divinités. Sous prétexte de rassembler ce qui manquait encore à la rançon de l'inca, ils demandèrent les plaques d'or dont étaient ornés les murs du temple du soleil àCusco , et, quoique les prêtres ne voulussent pas donner ces ornements sacrés , et que le peuple refusât de violer la demeure de son dieu , les trois Espagnols dépouillèrent de leurs propres mains le temple de la plus grande partie de ses richesses ; et le respect des Péruviens pour eux était si grand , que quoiqu'ils regardassent ce sacrilège avec étonnement, ils ne tentèrent pas de l'empêcher. Zarate , lib. II, cap. 6. Sancho, ap. Ramus., III , 375, D.

Note xx, page 157.

Herrera dit qu'après avoir pris le quint du roi, le

butin fait à Cusco fut partagé entre quatre cent quatrevingt personnes , dont chacune reçut quatre mille pesos, ce qui fait un million neuf cent vingt mille pesos : Dccad. 5, lib. VI, cap. 8. Mais, comme la part du général et des autres officiers était beaucoup plus forte que celle des soldats , la somme totale doit avoir été infiniment plus grande que celle que j'ai énoncée : Gomma, cap. 123, et Zarate , lib. II, cap. 8, se contentent de dire en termes généraux que le butin de Cusco fut d'une valeur beaucoup plus considérable que la rançon d'Àtahualpa.

Note xxi, page 160.

Aucune expédition dans le Nouveau-Monde ne fut. conduite avec un courage plus constant , ni accompagnée de travaux aussi pénibles que celle d'Alvarado. La plupart de ceux qui s'y trouvèrent étaient, ainsi que leur chef, des vétérans qui avaient servi sous Cortez , et qui étaient endurcis à toutes les fatigues de la guerre en Amérique. Ceux des lecteurs qui ne peuvent consulter les peintures frappantes que Zarate et Herrera ont faites de leurs souffrances , se formeront une idée de la nature de leur marche depuis les cotes de la mer jusqu'à Quito , en lisant le récit que Don Antoine Ulloa a donné du voyage qu'il a fait en 1736, à peu près par la même route : Voyage, lom. I , pag. 178 , etc.; ou celui de M. Bouguer qui se rendit de Puerto Viejo à Quito par le même chemin qu'avait pris Alvarado. Il compare son propre voyage avec celui du capitaine espagnol, et donne par cette corn-

ET ECLAIRCISSEMENTS. 38o

paraison une idée frappante de la hardiesse et de la patience d'Àlvarado , en forçant sa route à travers tant d'obstacles : Voyage du Pérou, pag. 28 , etc.

Note xxn, page 162

Suivant Herrera , il y eut pour le compte du roi la valeur de cent cinquante-cinq mille trois cents pesos en or , et cinq mille quatre cents marcs d'argent de huit onces chacun, outre la vaisselle et les ornements dont quelques-uns étaient d'or, et les autres d'argent ; et pour le compte des particuliers la valeur de quatre cent quatre-vingt dix-neuf mille pesos d'or, et cinquante-quatre mille marcs d'argent: Decad. 5, lib. VI ', cap. 13.

Note xxiii, page 169.

L'inca, dit Zarate , avait promis de rapporter une statue d'or massif, de son père Guaynacaba, et ce fut probablement l'espoir d'obtenir un si riche cadeau qui détermina Ferdinand Pizarre à lui permettre de quitter Cusco. (D. L. R.)

Note xxiv, page 169.

Les Espagnols renfermés dans Cusco étaient au nombre de deux cents, dont quatre-vingts cavaliers, suivant Garcilaso de la Vega ; d'autres historiens ajoutent qu'ils avaient avec eux environ mille Indiens auxiliaires, la plupart Yanaconas. (D. L. R.)

Note xxv, page 171.

Les Péruviens avaient recours à d'autres ruses de

in. ^5

guerre que celles dont se servaient les Espagnols. Comme la cavalerie était le principal objet de leur terreur, ils cherchaient à la rendre incapable d'agir en lançant une longue courroie avec une pierre attachée à chaque bout , laquelle en s' entortillant autour du cavalier et du cheval les mettait hors d'état d'agir. Herreraleur attribue cette invention : Decad., 5 , lib. VIII, cap. 4. Mais j'ai déjà fait observer dans le quatrième livre que cette arme est commune à plusieurs peuples sauvages qui habitent l'extrémité de l'Amérique méridionale ; et il est plus probable que les Péruviens , ayant remarqué la dextérité avec laquelle ils s'en servaient à lâchasse, l'adoptèrent eux-mêmes en cette occasion. Les Espagnols s'en trouvaient fort incommodés : H errera y ibid. Il y a un autre exemple de l'industrie des Péruviens qui mérite d'être rapporté. En détournant une rivière de son lit, ils inondèrent une vallée où se trouvait posté un corps d'Espagnols, et cela avec tant de célérité , qu'ils ne s'échappèrent qu'avec la plus grande difficulté : H errera, Decad. 5 , lib. VIII , cap. 5.

Note xxvi , page i?5.

Garcilaso de la Vega, tom. VII, cap. 26,pag. 290 — 296, assure que François Pizarre n'envoya d'abord au secours de ses frères assiégés dans Cusco que trois cents soldats d'élite, dont cent vingt cavaliers et cent quatre-vingts fantassins, et qu'il donna à Alonso de Alvarado le commandement de ce corps , qui avait été jusqu'à ce moment sous les ordres de Pedro de Lerma.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 3qi

Celui-ci , guerrier aussi brave et aussi expérimente qu'Alvarado, conçut un vif ressentiment de cette injustice , et Pizarre lui fournit bientôt lui-même les moyens de se venger, en le plaçant à la tête de la cavalerie sous les ordres de son rival. Ils étaient déjà en marche depuis plusieurs jours, lorsqu'ils furent joints par un renfort de deux cents hommes, dont soixantedix à cheval, envoyés par Pizarre et conduits par Gomez de Tordoya de Vargas.

Ce fut à une petite distance de Cusco qu'Alvarado apprit la défaite et l'emprisonnement des frères de Pizarre par Diego d' Almagro , et qu'il reçut des émissaires que celui-ci lui envoyait pour l'entraîner dans son parti. Non-seulement il refusa d'abandonner la cause de Pizarre ; mais il fit arrêter les députés de leur ennemi, malgré l'opposition très prononcée de ses compagnons d'armes. Pedro de Lerma crut l'occasion favorable pour se venger , et il écrivit à Almagro pour lui offrir ses services et ceux de ses adhérents dont le nombre grossissait tous les jours. Il ne tarda pas à lever tout-à-fait le masque , et passa publiquement avec plus de cent soldats dans le camp d' Almagro. Cette défection, dont Robertson ne parle pas, fut cependant la cause la plus puissante des succès obtenus parle rival de Pizarre. (D. L. R.)

Note xxvn, page 184.

Suivant Garcilaso de la Vega (Hist. gêner. delPeru, tom. VIII , cap. 1) , Almagro n'adressa point de supplication à François Pizarre , puisque celui-ci ne se

trouvait pas à cette époque à Cusco , mais à Ferdinand Pizarreson frère. Celui-ci futinflexible ; et sans égard pour l'intervention de ses compagnons d'armes, qui lui demandaient avec instance la grâce du vaincu , il le fit étrangler. La politique l'aurait forcé à commettre cette action barbare , s'il est vrai que des amis d'Almagro eussent annoncé hautement l'intention de lui ouvrir à force ouverte les portes de la prison dans laquelle il était enfermé. Quoi qu'il en soit, la mort d'Almagro fit un très mauvais effet, et Diego de Alvarado surtout en fut tellement indigné qu'il partit pour l'Espagne, afin de demander à l'empereur la punition des Pizarre. (D. L. R.)

Note xxvm, page 192.

Le récit du voyage d'Orellana par Herrera est le plus détaillé et paraît être le plus exact. Il est probable qu'il l'a pris du journal d'Orellana même ; mais les dates ne sont pas marquées distinctement. Il commença à descendre le Coca ou Napo dans les premiers jours de février 1541, et il arriva à l'embouchure de cette rivière le 26 d'août, ayant employé près de sept mois à faire ce voyage. En 1743 M. de la Condamine se rendit en moins de quatre mois de Cuenca à Para, établissement portugais à l'embouchure de la rivière , quoique cette navigation soit beaucoup plus longue que celle d'Orellana : Voyage , pag. 179. Il est vrai que les deux voyageurs étaient bien différemment équipés pour leur voyage. Cette entreprise périlleuse , à laquelle l'ambition a engagé

ET ECLAIRCISSEMENTS. 3q3

Orellana , et l'amour des sciences M. de la Condamine , fut laite en 1769 par madame Godin des Odonais pour aller rejoindre son mari. Il n'y a point d'histoire plus singulière ni plus touchante que celle des fatigues qu'elle souffrit, des dangers auxquels elle fut exposée , et des malheurs quelle essuya dans sa route. Sa conduite nous offre une vive peinture de la force qui distingue l'homme unie à la sensibilité et la tendresse qui sont particulières à la femme : Lettre de M. Godin à M. de la Condamine.

Note xxix, page 195.

Herrera a fait une peinture frappante de leur indigence. Douze individus , qui avaient été officiers de distinction sous Almagro , logeaient dans la même maison , n'ayant entre eux qu'un seul manteau qu'ils portaient tour à tour quand ils devaient paraître en public , tandis que les autres étaient obligés de rester chez eux. La crainte de déplaire à Pizarre ne permettait à leurs anciens amis et compagnons ni de les voir ni d'entretenir aucun commerce avec eux. Il est facile de concevoir quels devaient être l'état et l'indignation de ces hommes accoutumés au pouvoir et à l'opulence , lorsqu'ils se virent pauvres et méprisés , sans avoir même un abri pour reposer leur tête , tandis que ceux dont le mérite et les services ne pouvaient être comparés aux leurs, vivaient avec. opulence dans des édifices magnifiques: Decad. 6, lib> VIII, cap. 6.

3o,4 notes

Note xxx, page 210.

Herrera, historien connu par son exactitude , affirme que Gonzalez Pizarre possédait des terres dans le voisinage de Chuqueseca de la Plata, qui lui rapportaient annuellement un revenu plus considérable que celui de l'archevêché de Tolède , le plus riche siège épiscopal de l'Europe : Decad. 7, lib. VI , cap. 3.

Note xxxi, page 226.

Tous les historiens espagnols décrivent sa marche etles embarras des deux partis avec beaucoup d'exactitude. Zarate remarque qu'on aura peine à trouver rien de comparable dans l'histoire , tant pour la longueur de la retraite que pour l'ardeur de la poursuite. Suivant son calcul, Pizarre poursuivit le vice-roi près de trois mille milles. Lib. V, cap. 16 , 26.

Note xxxn, page 24^.

Suivant Fernandez , le plus instruit des historiens de ce temps , le butin se monta à un million quatre cent mille pesos. Lib. II , cap. 79.

Note xxxiii, page 245.

Depuisle commencement, Carvajal avait cherché à porter Pizarre à un accommodement avec La Gasca. Comme il trouvait que Pizarre n'était pas capable de soutenir la démarche hardie qu'il lui avait inspirée, il lui conseilla de se soumettre à temps à son souverain, comme le parti le plus sûr. Lorsque Pizarre reçut pour la première fois les offres du président , « Par

ET ECLAIRCISSEMENTS. 3q5

« Notre-Dame , dit Carvajal avec le ton de bouffon- « nerie qui lui était ordinaire , le prêtre donne des « lettres de grâce , et il les donne bonnes et à bon « marché ; il faut non-seulement les accepter , mais « même les porter comme des reliques autour de notre « col. » FernandeZy lib. II, cap. 63.

Note xxxiv, page 25o.

Garcilaso de la Vega et les autres historiens qui ont raconté les événements qui se sont passés à cette époque au Pérou , s'accordent à dire que les corps espagnols qui y combattaient étaient composés de cavalerie et d'infanterie ; ce qui prouve, contre l'assertion de Robertson, que le dernier soldat ne se croyait pas déshonoré en combattant àpied. (D.L.R.) Note xxxv, page 25 1.

Pendant la révolte de Gonzalez Pizarre, sept cents hommes furent tués sur le champ de bataille, et trois cent quatre-vingts furent pendus ou décapités. H errera, Decad. 8, lib. IV, cap. 4. Plus de trois cents de ces derniers furent mis à mort par Carvajal. Fcrnandezy lib. Il, cap. 91. Zarate fait monter à cinq cents le nombre de ceux qui furent exécutés. Lib. VII , cap. 1.

Note xxxvi, page 261.

J'ai trouvé de grands éclaircissements sur les mœurs et la politique des Mexicains dans un volumineux manuscrit de Don Alonzo de Corita, l'un des juges de la cour d'audience de Mexico.

Philippe II , voulant connaître en 1553 le moyen

d'imposer sur les Indiens un tribut qui fût à la fois le plus avantageux possible pour la couronne etle moins onéreux pour ces peuples , adressa à toutes les cours d'audience de l'Amérique un ordre, par lequel il leur enjoignait de répondre à certaines questions qu'il leur faisait sur l'ancienne forme de gouvernement établie parmi les différentes nations indiennes , et sur la manière dont elles payaient les impôts à leurs rois ou chefs. Cefut en conséquence de cet ordre que Corita , qui avait vécu en Amérique dix-neuf ans, dont il en avait passé quatorze dans la Nouvelle-Espagne , composa l'ouvrage dont j'ai une copie. Il annonce à Philippe II que, durant sa résidence en Amérique, et dans toutes les provinces de cette partie du monde qu'il a visitées, il s'est constamment appliqué à étudier les mœurs et les usages des naturels; que pour cet effet il s' est entretenu avec un grand nombre d' Indiens âgés et intelligents, et a consulté plusieurs ecclésiastiques espagnols qui entendaient les langues de ces peuples, surtout quelques missionnaires arrivés dans la Nouvelle-Espagne immédiatement après qu'on en eut fait la conquête. Il paraît que Corita était assez instruit , et qu'il a mis dans ses recherches tout le soin et toute l'exactitude dont il se fait gloire. Il y a surtout une circonstance qui rend son témoignage plausible : c'est qu'il ne l'a pas donné pour qu'il fût rendu public , ni pour appuyer aucun système , mais seulement pour répondre pleinement aux questions qui lui étaient faites officiellement. Quoique Herrera ne le cite pas parmi les auteurs qu'il a pris pour guides dans son

ET ECLAIRCISSEMENTS. 3q7

histoire , j'ai lieu de conclure de plusieurs faits dont il parle et de plusieurs expressions dont il se sert , que les mémoires de Gorita ne lui étaient pas inconnus.

Note xxxvn , page 266.

« Ces assertions de Robertson ( ditClavigero dans « 6a Notice des écrivains qui ont traité l'ancienne histoire «du Mexique. Stor. ant. del Messico, t. L), sont exce trêmement inexactes ; car :

« 1° Les matériaux que nous trouvons dans les écrivains espagnols ne sont pas si imparfaits , qu'on ne « puisse en tirer une histoire des Mexicains , sinon « tout-à-fait certaine , du moins très probable ; ce « qui paraîtra évident à toute personne qui voudra «les consulter avec impartialité; il faut seulement « savoir faire un bon choix.

« 2° Pour écrire cette histoire , il n'est pas même « nécessaire d'employer les matériaux que peuvent « fournir les écrivains espagnols , puisqu'il existe un « grand nombre d'histoires ou de mémoires écrits « par les Américains eux-mêmes , et dont Robertson « n'a pas eu connaissance 4.

« 3° Les peintures historiques qui ont échappé aux

(t) Nous ne partageons pas complètement l'opinion émise ici par ClaTigero ; pour composer une bonne Histoire d'Amérique, le témoignage des écrivains nationaux est certainement d'un grand poids; mais il ne faut pas les consulter seuls , et la comparaison de ce qu'ils racontent avec ce que les historiens espagnols ont pu apprendre, soit par la tradition, soit par tout autre moyen, doit être infiniment utile pour amener à la découverte de la vérité : c'est du choc des idées que naît la lumière. (D. L. R.)

« recherches des premiers missionnaires ne sont pas « si peu nombreuses ; à moins que nous comparions « celles qui restent encore avec l'incroyable quantité «de celles qui existaient auparavant ; ce qu'on peut « voir aisément dans cette histoire , dans Torquemada « et dans d'autres écrivains.

« 4° Ces peintures ne présentent pas d'ailleurs de « sens douteux, excepté pour Robertson et pour ceux « qui, comme lui, ne comprennent pas les caractères « et les figures des Mexicains, et qui ignorent la mé- « thode qu'ils suivaient pour représenter les choses. « Nos écrits offrent une signification douteuse à ceux « qui n'ont pas appris à les lire. A l'époque où les « missionnaires brûlèrent si malheureusement les « peintures mexicaines, il existait un grand nombre « d'historiens Acolhuans, Mexicains, Tepanecans , Tlas- « calans, etc. qui consacrèrent leurs veilles à réparer « la perte de ces monuments. Ils atteignirent en partie « ce but , en faisant de nouvelles peintures , ou en se « servant de nos caractères qu'ils avaient appris à « connaître , et en initiant verbalement leurs prédi- « cateurs dans l'histoire de leurs antiquités ; c'est en « effet ainsi qu'en ont agi Motolonia , Olmos et Sa- « hagun. Il est d'ailleurs absolument faux que toute « connaissance des événements les plus reculés fût « complètement perdue. Il est également faux qu'on « n'eût sur le gouvernement politique et sur les an- « ciennes révolutions de l'empire , d'autre trace que « celle qu'on tenait de la tradition. » (D. L. R.)

Note xxxviii, pages 267 et 268.

«En général , dit M. le baron de Humboldt {Essai polit, sur la Nouvelle-Espagne, tom. I, pag. 370.), depuis le septième jusqu'au treizième siècle, la population paraît avoir continuellement reflué vers le Sud. Des régions situées au nord du Rio Gila sortirent ces nations guerrières qui, les unes après les autres, inondèrent le pays d'Anahuac. Nous ignorons si c'était là leur patrie primitive , ou si , originaires de l'Asie, ils avaient traversé les savanes de Nabajoa et du Moqui pour parvenir au Rio Gila. Les tableaux hiéroglyphiques des Aztèques nous ont transmis la mémoire des époques principales qu'offre la grande migration des peuples américains. Cette migration a quelque analogie avec celle qui, au cinquième siècle, plongea l'Europe dans un état de barbarie dont nous ressentons encore les suites funestes dans plusieurs de nos institutions sociales. Les peuples qui traversèrent le Mexique y laissèrent, au contraire, des traces de culture et de civilisation. Les Toltéques y parurent pour la première fois l'an 648, les Chichimèques en 1170, les Nahualtèques l'an 1 1 7 8 , les Acolhues etles Aztèques en 1196. Les Toltéques introduisirent la culture du maïs et du coton , ils construisirent des villes , des chemins , et surtout ces grandes pyramides que nous admirons encore aujourd'hui , et dont les faces sont très exactement orientées. Ils connaissaient l'usage des peintures hiéroglyphiques; ils savaient fondre des métaux et tailler les pierres les plus dures ; ils avaient une année solaire plus parfaite que celle des

Grecs et des Romains. La forme de leur gouvernement indiquait qu'ils descendaient d'un peuple qui lui-même avait éprouvé de grandes vicissitudes dans son état social. Mais quelle est la source de cette culture? Quel estle pays d'où sortirent lesToltèques et les Mexicains?

« La tradition et les hiéroglyphes historiques nomment Huehuetlapallan , Tollan et Aztlan , la première demeure de ces peuples voyageurs. Rien n'annonce aujourd'hui une ancienne civilisation de l'espèce humaine au nord de Rio Gila ou dans les régions septentrionales parcourues par Hearne , Fiedler et Mackenzie ; mais sur la côte nord-ouest , entre Nootka et la rivière de Cook , surtout sous le 57° de latitude boréale , dans la baie de Norfolk et dans le canal de Cox , les indigènes montrent un goût décidé pour les peintures hiéroglyphiques *. Un savant distingué , M. de Fleurieu, soupçonne que ces peuples pourraient bien être les descendans de quelque colonie mexicaine qui , lors de la conquête , se réfugia dans ces régions boréales. Cette opinion ingénieuse paraîtra moins probable , si l'on considère la grande distance que ces colons auraient eu à franchir , et si l'on se rappelle que la culture mexicaine ne s'étendait pas au nord du 20° de latitude. J'incline plutôt à croire que , lors de la migration des

(i) Voyage de Marchand, t. I , p. 258 , 261 , 375 ; Dixon , p. 332. Une harpe représentée dans les peintures hiéroglyphiques des habitants de la côte nord-ouest de l'Amérique, est un objet au moins aussi remarquable que la fameuse harpe figurée sur les parois des tombeaux des rois à Thèbes.

Toltèques et des Aztèques vers le Sud , quelques tribus sont restées sur les eôtes du Nouveau-Norfolk et de la Nouvelle-Cornouailles , tandis que les autres continuaient leur marche vers le Sud. On conçoit comment des peuples qui voyageaient en masse , par exemple , les Ostrogoths et les Alains , ont pu parvenir depuis la mer Noire jusqu'en Espagne ; mais croirait-on qu'une portion de ces mêmes peuples aurait pu retourner de l'ouest à l'est , à une époque où d'autres hordes avaient déjà occupé leurs premières demeures vers les rives du Don et du Borysthène ? »

Il ne nous est point permis d'agiter ici le grand problème de l'origine asiatique des Toltèques et des Aztèques : la question générale de la première origine des habitants d'un continent est au-delà des limites prescrites à l'histoire ; peut-être même n'estelle pas une question philosophique. Sans doute il existait déjà d'autres peuples au Mexique, lorsque les Toltèques s'y présentèrent dans leur migration : par conséquent, rechercher si les Toltèques sont une race asiatique , n'est pas demander si tous les Américains sont descendus du haut plateau du Thibet , ou de la Sibérie orientale. De Guignes croit avoir prouvé , par les Annales des Chinois, que ce dernier peuple visitait l'Amérique depuis l'année 458. Horn, dans son ouvrage ingénieux de Originibus Americanis , publié en 1699 , M. Schérer,dans ses Recherches historiques sur le Nouveau-Monde , et des écrivains plus récents , ont rendu très probable que

d'anciens rapports existaient entre l'Asie et l'Amérique. (D. L. R.)

Note xxxix, page 27a.

Les premiers historiens espagnols ont évalué avec tant de précipitation et si peu d'exactitude le nombre des habitants des provinces et des villes de l'Amérique , qu'il est impossible d'indiquer avec quelque précision même la population de Mexico. Cortez ne parle de l'étendue et de la population de cette capitale que d'une manière vague et générale, qui cependant fait croire qu'elle n'était pas inférieure aux plus grandes villes de l'Europe. Gomara s'explique plus clairement et assure qu'il y avait soixante mille maisons ou familles à Mexico. Cron. cap. 78. Herrera a adopté ce sentiment, Dccad. 2, lib. VII, cap. 13, et la plupart des auteurs le suivent aveuglément, sans examen et sans scrupule. Suivant ce calcul, il doit y avoir eu environ 300,000 âmes à Mexico. Torquemada , avec son penchant ordinaire pour le merveilleux , dit qu'il y avait cent vingt mille maisons ou familles à Mexico , et par conséquent environ six cent mille habitants, lib. 3 , cap. 23. Mais , suivant une description fort judicieuse de l'empire du Mexique, faite par un des officiers de Cortez, la population est fixée à 60,000 âmes '. Ramus.,\\\, 309, A. Ainsi d'après cette évaluation qui paraît s'approcher le plus delà vérité , Mexico était une ville considérable.

(i)Nous avons déjà démontre, d'après Clavigero, qu'il y avait ici une erreur, et que le traducteur italien du conquérant anonyme avait pris h' nombre des maisons pour celui des habitants. (D. L. RJ

Note xl, page 277.

C'est au P. Torribio de Benavente que je dois cette remarque curieuse, qui se trouve pleinement confirmée et expliquée par Palafox , évêque de la Puebla Los- Angeles. La langue mexicaine est la seule , dit-il , où se trouve une particule qu'on peut ajouter à la fin de chaque mot pour marquer différentes nuances de politesse ou de respect. Silavas reverentiales y de cortesia. En ajoutant à un mot la syllabe finale zin ou azin, il devient une expression respectueuse dans la bouche d'un inférieur. Lorsque avec son égal on veut se servir du mot père , on dit tatl; mais un inférieur dira tatzin. Lorsqu'un prêtre parle à un autre prêtre , il l'appelle teopixque; une personne d'un rang inférieur le nomme teopixcatzin. L'empereur qui régnait lorsque Cortez conquit le Mexique, se nommait Montézuma; mais ses vassaux l'appelaient par respect Moniézumazin. Torribio , manus. Palaf. Virludes del Indio , pag. 65. Les Mexicains avaient non-seulement des noms de respect, mais même des verbes pour marquer ce sentiment. La manière dont ils étaient formés des verbes ordinaires se trouve expliquée par D. Jos. Aug. Aldama y Guevara dans sa Grammaire mexicaine , n° 188.

Note xli, page 279.

« Le royaume de Tezcuco ou Acolhuacan , dit Clavigero (Stor. ant. del Messico, dissertation VII) , était borné à l'ouest en partie par le lac de Texcuco , et en partie par Tzompanco , et d'autres états mexicains ;

4o4 NOTES

et à Test par la république de Tlascala; de sorte qu'il ne pouvait pas s'étendre de l'ouest à l'est au-delà de soixante milles ; vers le sud il était borné par l'état de Ghalco appartenant à Mexico ; et au nord par l'état indépendant des Huaxtecas. Depuis les frontières de ce pays jusqu'à celles de Chalco, la distance est d'environ deux cents milles , ce qui est l'étendue totale du royaume d' Acolhuacan ; mais ne forme pas la huitième partie de celle des domaines de l'empire mexicain. Les états du petit roi de Tlacopan ou Tacuba étaient si restreints qu'ils ne méritaient pas le nom de royaume; car depuis le lac de Mexico à l'est, jusqu'à la frontière du royaume de Michuacan à l'ouest , il n'y avait pas plus de quatre-vingts milles ; et de la vallée de Tolocan jusqu'au midi, au pays des Otomies au nord, il n'y en avait pas plus de cinquante. Il résulte de ce que je viens de dire , que la comparaison faite par Robertson entre les domaines des rois d' Acolhuacan et de Tacuba et ceux du souverain du Mexique , est inexacte. (D. L. R.)

Note xlii , page 283.

Ce n'était pas seulement par voie d'échange que se faisait le commerce des Mexicains , mais par des achats et des ventes effectives. Ils avaient cinq espèces de monnaies réelles, quoiqu'elles ne fussent pas frappées comme les nôtres ; et comme elles avaient une valeur déterminée , ils s'en servaient pour acheter tout ce dont ils avaient besoin. La première était une espèce de cacao , différent de celui dont ils se ser-

vaient comme boisson journalière ; il circulait dans les mains des marchands de la même manière que la monnaie le fait parmi nous. Ils comptaient le cacao par œiquepilli, qui équivalait à huit mille noix; et, pour se dispenser de les compter, lorsque la marchandise achetée était d'une certaine valeur, ils avaient des sacs qui contenaient chacun trois xiquepilli ou vingt-quatre mille noix ; la deuxième espèce de monnaie était certains petits morceaux d'étoffe de coton, qu'ils appelaient patol quachtli, et qui étaient destinés seulement à l'achat des marchandises d'un besoin immédiat ; la troisième espèce était de l'or en poudre contenu dans des tuyaux de plumes , dont la transparence laissait apercevoir le précieux métal ; ces tuyaux avaient plus ou moins de valeur suivant leur grosseur; la quatrième espèce, qui ressemblait le plus à nos métaux monnayés, était faite de morceaux de cuivre ayant la forme d'un T, et était employée pour les achats d'objets de peu de valeur ; enfin la cinquième espèce de monnaie était des petites pièces minces d'étain, dont Cortez fait mention dans sa dernière lettre à l'empereur Charles-Quint et voici à quelle occasion.

Cortez manquant de canon et voulant en fabriquer, avait besoin pour cela de cuivre et d'étain; il parvint à se procurer le cuivre qui lui était nécessaire, mais il manquait d'étain. Après avoir acheté tous les plats et tous les pots qu'il put trouver dans les mains des soldats, il fit faire des recherches pour s'assurer si les naturels possédaient de l'étain , et il apprit que

ni. 26

4o6 NOTES

dans la province de Taehco, éloignée de vingt-six lieues de Mexico, de petites lames d'ctainfort minces étaient employées comme monnaie; ceci le conduisit à la découverte des mines d'où l'on tirait ce métal. Yoici les propres termes de Cortez : Quizo nuestro senor, que tiene cuidado y siempre lo ha tenido , de proveer en la mayor priesa , que tope entre los naturales de una provincia que se dice Taehco , ciertas pece-uelas de ello , a manera de moneda muy dclgada , y procediendo por mi pesquisa halle , que en la die ha provincia , y aun en otras , se trataba por moneda. Cart. IV, § 17. Barcia, t. I, pag. 149, et Clavigero, Stor. antic. delMéssicOj liv. YII , sect. XXXYI. (D . L. II. )

Note xlih, page 283.

En comparant plusieurs passages de Gorita et d'Herrera, on peut se former une idée assez juste des différentes manières dont les Mexicains contribuaient au soutien du gouvernement. 1° Il paraît que quelques personnes du premier rang ont été exemptes de payer aucune espèce de tribut, et que leur seule obligation envers le public se bornait au service militaire personnel , et à l'obligation de suivre avec leurs vassaux la bannière de l'empereur. 2° Les vassaux immédiats de la couronne étaient nonseulement tenus au service militaire personnel, mais ils payaient en nature une certaine portion du produit de leurs terres. 3° On retenaitaussiune partie des appointements de ceux qui exerçaient des places d'honneur ou de confiance. 4° Chaque Capullée ou

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. [\QJ

association cultivait, pour le service de la couronne, une partie des biens communaux qui lui étaient alloués, et en portait le produit dans les greniers de l'empereur. 5° On prenait pour le service public une certaine partie de tout ce qu'on portait aux marchés publics, soit des fruits de la terre, soit des différentes productions des artistes et des manufactures ; et les marchands qui payaient cette redevance étaient exempts de toute autre taxe. G0 Les Moyeques , ou adscripli glebœ, étaient tenus de cultiver dans chaque province certains districts, qu'on peut regarder comme domaine de la couronne y et d'en porter les productions dans les magasins publics. Ainsi le souverain recevait une partie de tout ce qu'il y avait d'utile et de précieux dans le pays, soit que ce fut un produit naturel du sol, soit qu'il fût acquis par l'industrie du peuple: ce que chaque particulier payait au gouvernement paraît avoir été peu de chose. Corita , pour répondre à l'une des questions proposées par Philippe II à l'audience de Mexico , a cherché à estimer en argent la valeur de ce que chaque citoyen pouvait être supposé payer, et il ne le fait monter qu'à trois ou quatre réaux , c'est-à-dire de trente-trois à quarantecinq sols de France par tête.

Note xliv, page 284.

Cortez , qui paraît avoir été aussi étonné de ces ouvrages que d'aucun autre exemple de l'industrie des Mexicains, en donne une description particulière. « Le long de Tune des chaussées, dit-il, par

/jo8 NOTES

« lesquelles on entre dans la ville , on a pratiqué deux « conduits, composés d'argile , mêlée de mortier , « larges d'environ deux pas, sur six pieds de hauteur. « Par l'un de ces conduits passe un courant d'eau « excellente , du volume du corps d'un homme , qui « va jusqu'au milieu de la ville et fournit abondam- « ment aux besoins de tous les habitants. Le second « conduit n'est destiné qu'à y faire passer l'eau lors- « qu'il est nécessaire de nettoyer ou de réparer le «premier. Comme ces conduits passent le long de « deux ponts aux endroits où il y a des brèches à la « chaussée par lesquelles coule l'eau salée du lac, «il y a des tuyaux de la grosseur d'un bœuf. L'eau « est portée par des canots dans tous les quartiers «de la ville, pour y être vendue aux habitants. » Relat. ap. Ramus., 241 , A.

Note xlv, page 286.

On voit dans l'arsenal du palais royal, à Madrid, une armure complète qu'on dit avoir été celle de Montézuma. Elle est faite de plaques de cuivre fort minces et vernies. Les personnes les plus instruites croient que c'est un ouvrage oriental : ce qui paraît confirmé par les dragons qu'on voit sur les ornements d'argent qui la couvrent, et dont le travail est infiniment supérieur à tout ce qu'a produit l'art des Mexicains. Il est probable que les Espagnols ont reçu cette armure des îles Philippines. Le seul ouvrage incontestable des Mexicains que je connaisse en Angleterre, est une coupe d'or fin, qu'on

dit avoir appartenu à Montézuma. Elle pèse environ cinq onces et un demi-gros. On en présenta trois dessins à la société des antiquaires , le 10 juin 17G5. D'un coté on voit la tète d'un homme en face, de l'autre en profil, et du troisième par derrière. On dit que le relief a été fait en frappant d'un poinçon le coté intérieur de la coupe, ce qui a produit lareprésentation de l'objet sur le côté extérieur. Les traits sont grossiers , cependant passables, mais trop mal dessinés pour être un ouvrage espagnol. Cette coupe fut achetée par Edouard , comte d'Orford , pendant qu'il se trouvait avec sa flotte dans le port de Cadix, et elle appartient aujourd'hui au lord Archer, son petit-fils. Je dois ce détail à mon respectable et spirituel ami , M. Barrington.

Note xlvi, page 291.

Quant à leurs caractères numériques , dit Clavi gero (Stor. ant. del Messico, lib. Vil), on doit remarquer que les Mexicains peignaient autant de points qu'il y a d'unités dans 20. Ce nombre avait son caractère particulier, qu'ils doublaient pendant 20 fois pour représenter 400. Ce caractère était doublé de la même manière, pour représenter 8000, et ils doublaient ensuite le caractère de 8000. Avec ces trois caractères et les points, ils exprimaient tous les nombres qu'ils voulaient, au moins jusqu'à vingt fois 8000 ou 160,000. Mais il est probable que ce dernier nombre avait aussi son caractère particulier.

Note xlvii, page 292*

Le lecteur instruit s'apercevra facilement que je dois beaucoup, pour cette partie de mon ouvrage, à Févèque de Gloucester, qui a marqué avec autant d'érudition que de génie les progrès successifs qu'a faits l'esprit humain dans cette route. Il est le premier, à ce que je crois , qui ait formé un système raisonnable et plausible des différentes manières d'écrire des nations, suivant les différents degrés de leurs connaissances. Div, légation oj ' Moscs , \\\,pag. 69. Le savant et judicieux auteur du Traité de la formation mécanique des langues y a ajouté quelques observations importantes. Tom. I ,pag. 295 , etc.

Comme les peintures des Mexicains sont un des plus curieux monuments des premières méthodes d'écriture, il ne sera pas hors de propos de faire connaître par quels moyens on les a préservées de l'oubli général dans lequel sont tombés tous les ouvrages de Fart en Amérique, et comment elles ont été communiquées au public. C'est à l'attention du curieux observateur Hakluyt que nous en devons la première et la plus curieuse collection, publiée par Purchas. Don Antoine Mendoza , vice-roi de la Nouvelle-Espagne, ayant jugé que ces peintures étaient dignes d'être présentées à Charles V, les envoya en Espagne; mais le vaisseau qui les portait fut pris par un gardecote français , et elles tombèrent entre les mains de Thevet, géographe du roi , qui ayant voyagé lui-même dans le Nouveau-Monde et décrit une de ses provinces, recherchait avec soin tout ce qui pouvait jeter

un nouveau jour sur les mœurs des Américains. A sa mort, elles furent achetées par Hakluyt J, qui alors était chapelain de l'ambassadeur d'Angleterre à la cour de France, et qui les laissa à Purchas, lequel les publia à la prière du savant antiquaire Henry Spelman. Purchas , tom. III. pag. 1065 2.

Le second monument de Y écriture en tableaux des Mexicains fut publié en deux planches parle médecin Jean-François Gemelli Carreri. La première estime carte ou tableau des progrès des anciens Mexicains lors de leur première arrivée dans le pays,, et des différents endroits où ils s'établirent avant de fonder la capitale de leur empire sur le lac de Mexico. Laseconde est une roue chronologique, ou un cercle qui représente la manière dont ils calculaient et marquaient leur cycle de cinquante-deux ans. Le premier tableau fut donné à Carreri, dans la ville de laPuebla de Los Angeles, par le Dr. Ghristoval de Guadalajora, et il reçut le second de Don Carlos de Siguenza y Gongorra. Mais comme il paraît que c'est aujourd'hui une opinion reçue, je ne sais sur quelle preuve, que Carreri n'est jamais sorti de l'Italie, et que son fameux Giro delmundo n'est que le récit d'un voyage supposé , je n'ai pas parlé de ces peintures dans le

(r) Pour vingt couronnes. (D. L. R.)

(2) On ignore absolument ce qu'est devenu ce recueil' de peintures mexicaines, que le célèbre Ralegh voulait publier, et que Purchas fit paraître en i6i5; il est curieux de voir ce qu'en dit M. le baron de Humboldt dans ses Vues des Cordillères, etc., t. I, p. 219, etc. Suivant cet illustre voyageur, le recueil de Mendoza jette un grand jour suit l'histoire, l'état politique et la vie privée des Mexicains. (D. L. R ■,)

l\ 1 1 NOTES

texte *. Elles paraissent cependant manifestement des productions mexicaines ; elles étaient regardées comme telles par Boturini, qui était fort en élat déjuger si elles étaient véritables ou supposées. La manière de peindre du premier de ces tableaux est beaucoup plus parfaite que celle d'aucun autre ouvrage de dessin qu'on ait conservé des Mexicains ; mais comme on dit que l'original a presque été effacé par le temps, je soupçonne qu'il a été retouché et corrigé par quelque artiste européen. Carreri, Churchill , IV ypag. 487. La roue chronologique est une représentation exacte de la manière dont les Mexicains supputaient le temps, suivant le récit d'Acosta, lib. VI , cap. 2. Elle paraît ressembler à celle qu'avait vue ce savant jésuite , et si on peut la regarder comme un monument authentique, elle prouve que les Mexicains avaient des caractères artificiels ou arbitraires qui, outre les nombres, représentaient différentes choses. Chaque mois est représenté dans ce tableau par le symbole de quelque travail ou cérémonie religieuse qui lui était particulier.

Le troisième monument de peinture mexicaine a été découvert par un autre Italien. Laurent Boturini Benaducci partit pour la Nouvelle-Espagne en 1736. Divers incidents rengagèrent à apprendre la langue

(i) Clavigero et M. le baron de Humboldt ont justifié complètement à ce sujet Gemelli Carreri, et ils ont démontré qu'il était impossible que cet écrivain eût pu parler avec autant d'exactitude des personnes qui vivaient de son temps en Amérique , des couvents de la ville de Mexico, et des églises de plusieurs villages dont le nom était inconnu en Europe, sans avoir quitté l'Italie. (D. L. R.)

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. /jl3

des Mexicains et à rassembler les débris de leurs monuments historiques. Il employa neuf ans à ces recherches, avec tout l'enthousiasme d'un faiseur de projets et toute la patience d'un antiquaire. En 1746 il publia à Madrid son Idea de una nueva historia gênerai de la America septentrional , contenant le résultat de ses recherches; il y joignit un catalogue de son cabinet d'histoire américaine , divisé en* trente-six articles. Son Idée d'une nouvelle histoire me paraît l'ouvrage d'un homme aussi bizarre que crédule ; mais son catalogue des cartes, des peintures, des registres, des impôts, des almanachs, etc. est surprenant. Malheureusement le vaisseau sur lequel il envoyait en Europe une partie de cette collection fut pris par un armateur anglais pendantl'avant-dernière guerre, et il est probable que le tout fut perdu par l'ignorance de ceux entre les mains de qui ces effets tom-r bèrent. Boturini lui-même encourut la disgrâce de la cour d'Espagne et mourut dans un hôpital à Madrid. L'histoire, dont Vidée n'était qu* Cm prospectus, n'a jamais été publiée. Il paraît que le reste de cette collection aété dispersé1 . Une partie tomba entre les mains de l'archevêque de Tolède actuel, lorsqu'il était encore primat de la Nouvelle-Espagne , et il en publia le curieux registre des impôts dont j'ai parlé plus haut. La seule autre collection de peintures mexicaines,

(r) Il existe aujourd'hui, dit M. le baron de Humboldt, dans le palais du vice-roi de la Nouvelle-Espagne trois liasses de peintures mexicaines provenant de la collection de Boturini, chacune de sept décimètres en carré et de cinq de hauteur. (D. L. R.)

4l4 NOTES

autant que je puis le savoir, se trouve à la Bibliothèque impériale à Vienne. J'en ai obtenu, par ordre de leurs Majestés Impériales, une copie en huit tableaux, si fidèlement imités qu'à peine pouvait-on , à ce qu'on m'a marqué, distinguer les copies des originaux. Suivant une note qui se trouve sur ce Codex mexicanus, il paraît qu'Emmanuel, roi de Portugal, en fit présent au pftpe Clément VII , qui mourut en 1533. Après avoir passé par les mains de plusieurs possesseurs illustres, cette collection tomba entre celles du cardinal de Saxe-Eisenach, qui la présenta à l'empereur Léopold l. On ne peut douter que ces peintures ne soient l'ouvrage des Mexicains ; mais elles sont d'un style tout- à-fait différent de toutes les autres. J'en ai fait graver une pour satisfaire la curiosité des lecteurs qui la croiront digne de leur attention. Si l'objet était assez important, il serait possible de parvenir, avec quelque attention et avec le secours des planches de Pur chas et de l' archevêque de Tolède , à former quelques conjectures plausibles touchant le sens de ce tableau. Plusieurs figures sont absolument semblables. A A sont des boucliers et des dards à peu près de la même forme que ceux qu'on voit dans Purchas , pag. 1070, 1071 , etc. B B représentent des temples qui ressemblent beaucoup à ceux de Purchas , pag. 1109 et 1113, et à ceux de la seconde planche de Lorenzana. C est une balle de manteaux ou d'habits de coton, dont la figure se trouve dans presque toutes les planches de Purchas

(i) Voyez la note 73.

et dcLorcnzana. EEE paraissent être des capitaines mexicains en habits de guerre, dont les ornements singuliers ressemblent aux figures de Purcbas, pag. 1110, 1111, 1113. Je suis porté à croire que ce tableau représente un rôle d'imposition , parce que la manière d'exprimer les nombres s'y retrouve souvent. D DD, etc. Boturini dit que la méthode de compter par des nœuds était aussi familière aux Mexicains qu'au peuple du Pérou, pag. 85 ; opinion qui paraît confirmée par la manière dont les unités sont représentées dans les peintures mexicaines que j'ai. Elles ressemblent parfaitement à une suite de nœuds faits à une corde.

Depuis que j'ai publiéla précédente édition de cette histoire d'Amérique, M. Waddilove, qui a toujours continué de me procurer des informations avec un zèle si bienveillant et si actif, a découvert dans la Bibliothèque de l'Escurial un volume in-folio renfermant quarante feuilles ( sheets ) d'une espèce de carton, ayant chacune la grandeur d'une feuille de papier à lettre et couvertes d'une grande variété de figures mexicaines peintes d'une manière grossière et bizarre en couleurs très vives , avec une explication en langue espagnole au-dessous de la plupart de ces figures. Les vingt-deux premières feuilles représentent les mois, jours, etc. Vers le milieu de chacune de ces feuilles, il y a deux et quelquefois un plus grand nombre de figures plus grandes pour les mois, entourées par les signes des jours. Les dix-huit dernières feuilles ne contiennent pas autant

4l6 NOTES

de figures; elles paraissent désigner des divinités et des représentations de divers objets. Suivant ce calendrier de l'Escurial, l'année mexicaine renferme deux cent quatre-vingt-six jours divisés en vingt-deux mois de treize jours. Chaque jour est représenté par un signe différent, pris dans la nature ; c'est un serpent, un chien, un lézard, un roseau, une maison, etc. Les signes des jours, dans le calendrier de l'Escurial, sont précisément les mêmes que ceux indiqués par Boturini dans son Idea, etc. p. 45. Mais si nous en croyons cet auteur, l'année mexicaine renfermait 360 jours divisés en 18 mois de 20 jours chacun. L'ordre des jours dans chaque mois était calculé , suivant lui , d'abord par ce qu'il appelle une progression tridecennaire, de jours d'un à treize, de la même manière que dans le calendrier de l'Escurial; ensuite par une progression septénaire, de jours d'un à sept, faisant en tout vingt. On a marqué dans ce calendrier non-seulement les signes qui distinguent chaque jour, mais encore les qualités qu'on suppose particulières à chaque mois. Il y a toujours une certaine faiblesse qui semble accompagner l'esprit numain dans tous les pas des progrès qu'il fait dans l'observation et les sciences. Les connaissances médiocres des Mexicains en astronomie semblent avoir déjà été liées avec l'astrologie judiciaire. Ils supposaient que la destinée et le caractère des personnes nées dans chaque mois étaient fixés par quelque influence supérieure qui prédominait à l'époque de leur naissance. On prédisait de là dans le calendrier,

que toutes les personnes qui naîtraient dans tel mois seraient riches , dans tel autre guerriers ou débauchés, etc., etc. Le carton ou la substance quelle qu'elle soit, sur lequel le calendrier de l'Escurial est peint, paraît ressembler beaucoup, d'après la description qu'en faitM. de Waddilove, à la substance du calendrier qui se trouve dans la bibliothèque impériale deVienne. Sous quelques rapports, les figures ont quelque ressemblance avec celles qui se trouvent dans la planche que j'ai publiée. M. Waddilove suppose que les figures marquées D , qui m'avaient porté à conjecturer que cette peinture était un rôle d'impositions semblable à ceux qui ont été publiés par Purchas et par l'archevêque de Tolède, sont les signes des jours ; et comme j'ai la plus grande confiance dans l'exactitude de ses observations, j'en conclus que son opinion est bien fondée. Il paraît d'après la forme des caractères dont on s'est servi pour écrire les explications, que ce monumeut curieux des arts du Mexique a été trouvé peu de temps après la conquête de cet Empire. Il est étonnant qu'aucun écrivain espagnol n'en ait fait mention1.

Note xlviii, page 294.

Le premier était appelé le prince de la lance mor-

(1) D'après les recherches que j'ai faites, dit M. le baron de Humboldt {f^ues phtor. des Cordillères, et monuments des peuples indigènes de V Amérique, t. I. p. 21 5), il paraît qu'il n'existe aujourd'hui en Europe que six collections de peintures mexicaines : celles de l'Escurial, de Bologne, de Yeletri, de Rome, de Vienne et de Berlin. Le savant jésuite Fabrega, qui est souvent cité dans les ouvrages de

4l8 NOTES

telle , le second le partage ur d'hommes, le troisième le verseur de sang, le quatrième le seigneur de la maison noire. Acosta, lib. VI , cap. 25.

Note xlix , page 297.

Le nom RAnalmac, dit Clavigero ( Stor. anl. del Messico, liv. Ier), fut d'abord restreint à la vallée de Mexico , parce que ses principales villes étaient situées dans de petites îles ou sur les bords de deux lacs l. Plus tard on étendit sa signification, et on l'employa pour désigner les pays qui composent aujourd'hui la Nouvelle-Espagne* .

Cette vaste contrée comprenait les royaumes de Mexico y à? Acclhuacarij de Tlacopan et de Michuacan, les républiques de Tlaxcallan, de Cholollan et & Huexotzinco et plusieurs autres petits états.

Le royaume de Mexico , quoique le plus moderne,

M. Zoega, et dont le chevalier Borgia, neveu du cardinal de ce nom, a Lien voulu me communiquer quelques manuscrits relalifs aux antiquités aztèques, suppose que les archives de Simancas, en Espagne, renferment aussi quelques-unes de ces peintures hiéroglyphiques que Roberlson désigne si bien par le mot de pielure writings [écriture en tableaux). (D. L. R.)

(1) Anahuac signifie près de Veau, d'où il parait qu'on a fait dériver le nom d * Anahuatlaca , ou Nahuatlaca, par lequel les nations policées qui occupaient les bords du lac mexicain ont été connues.

(2) M. de Humboldt pense qu'on ne doit pas confondre la dénomination d' 'Anahuac avec celle de Nouvelle- Espagne. Suivant cet illustre écrivain , Essai pol. sur la Nouv.-Esp.. t. I, p. 218 , on désignait, avant la conquête*, sous le premier nom tout le pays contenu entre le 14e et le 21e degré de lalilude , et renfermant seulement les étals mentionnés par Cla\igero; d'où il résulterai l que ce dernier étend beaucoup trop PAnahuac,en disant qu'il comprend tous les pays compris aujourd'hui sous le nom de JNouvelle-Espagne.

était plus étendu que tous les autres royaumes, républiques et états dont nous venons de parler pris ensemble. Il s'étendait au sud-ouest et au sud jusqu'à l'Océan Pacifique ; au sud-est jusqu'au Quaulitemallan ; à l'est, à l'exception des districts des trois républiques et d'une petite partie du royaume d'Acolhuacan, jusqu'au golfe du Mexique,* vers le nord il était borné par le pays des Huaxtecas ; au nordouest par les barbares Chichemecas ; les royaumes de Tlacopan et Michuacan lui servaient de frontière à l'est. La totalité du royaume de Mexico était corn* prise entre le 14° etle 21° de latitude nord, et entre le 271° et le 283° de longitude prise du méridien de l'île de Fer. (D. L. R. )

Note l, page 3o2.

Le temple de Cholula, qu'on regardait comme le plus sacré de tous ceux de la Nouvelle-Espagne, en était aussi le plus considérable. Ce n'était cependant qu'une masse de terre solide, dont la base,* selon Torquemada, avait plus d'un quart de lieue de circuit, et qui avait quarante brasses de hauteur. Mon. Ind. lîb. III , cap. 19.

Suivant les différentes figures des temples qu'on trouve dans les peintures gravées par Purchas , il y a lieu de croire que tous ceux des Mexicains étaient construits de la même manière. Voy. vol. III , pag. 1109, 1110, 1113 \

(i) La description de ces différents temples, faite par Clavigero, de Humboldt et Bulloch, en donne une idée beaucoup plus avantageuse.

Note li, page 3oo.

Le haut degré de civilisation auquel étaient parvenus les Mexicains est suffisamment prouvé par le témoignage de M. de Humboldt dans ses Vues des Cordillères et monuments des peuples indigènesde V Amérique, dans son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, et dans la relation historique de son voyage. Il confirme pleinement les assertions de Clavigero, comme les récits des écrivains espagnols.

Les ouvrages de cet excellent observateur , auquel nous avons déjà fait tant d'emprunts, se trouvant entre les mains de tout le monde, nous croyons inutile de répéter ici ce qu'il a dit.

Nous nous bornerons à présenter au lecteur des extraits de l'ouvrage de M. Bulloch, dont il a paru une traduction française sous le titre : Mexique en 1823, pour prouver que les Mexicains ont construit des édifices très remarquables, et que les traces de ces édifices ne sont pas toutes effacées, ainsi que Ta supposé Robertson. Nous n'avons garde de comparer MM. de Humboldt et Bulloch j mais ce dernier, quelque inférieur qu'il soit à son illustre devancier, et quoiqu'il n'ait pu que glaner après lui, nous paraît judicieux et véridique, et il a vu un très grand nombre d'antiquités mexicaines qui avaient échappé aux regards scrutateurs de M. de Humboldt, peut-être par la jalousie des naturels.

« Cholula était fameuse pour ses idoles, sa sainteté et les rites païens qu'on y remplissait. Son Teocalli ou temple est composé de couches alternatives d'ar-

gile et de briques cuites au soleil, qui forment une grande pyramide divisée en étages réguliers ou plateformes... Mais le temps et la croissance de plusieurs végétaux tels que le nopal et le poirier épine, n'ont laissé que peu de la forme originale ; et ce monument ressemble à présent à une montagne naturelle. . . Nous montâmes par une pente sans chemin tracé, partiellement coupée en degrés, jusqu'à une esplanade de 140 pieds , sur laquelle est bâtie une église de 90 pieds de longueur, avec deux tours et un d6me... Nous descendîmes à regret le long du flanc de cette pyramide , dont la base est égale en largeur à celle de la grande pyramide d'Egypte...

« Avant d'arriver dans le voisinage immédiat de Tezcuco, on s'aperçoit déjà que l'on approche d'un lieu très anciennement habité. On passe devant un grand aqueduc construit jadis pour apporter l'eau à la ville, et servant encore actuellement au même usage, et près des ruines de plusieurs édifices en pierre d'une grande étendue...

Près des portes nous observâmes les fossés modernes,creusés pour la défense de la ville pendant la révolution; en y travaillant on a découvert plusieurs anciennes structures toutes fort grandes et quelquesunes immenses...

Les fondations et les restes des temples, des forteresses, des palais et autres édifices de grande étendue suffisent pour attester l'ancienne splendeur de Tezcuco; mais il est d'ailleurs assez connu qu'elle fut, dans le temps des Caciques, le siège de la littérature

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