‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 175 sur 175 · HT · texte numérisé non relu

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et. des arts mexicains : cette ville était l'Athènes de l'Amérique, la résidence des historiens, des orateurs, des poètes, des artistes, des hommes célèbres dans toutes les sciences cultivées par ces peuples...

Après avoir passé devant ce bel aqueduc et plusieurs tumuli{ pyramides en brique ), notre conducteur nous conduisit sur l'emplacement du palais des anciens caciques ou rois tributaires de Tezcuco. C'était, sans doute, un noble édifice, et il surpassait de beaucoup l'idée que je m'étais faite de l'habileté en architecture des Américains aborigènes.

Ce monument s'étendait à trois cents pieds et formait un des cotés de la grande place ; il était construit sur des terrasses en pente élevées les unes au-dessus des autres par de petites rampes. Quelquesunes de ces terrasses sont entières et recouvertes d'un ciment très dur , aussi beau que celui des édifices romains. D'après ce qu'on connaît des anciennes fondations, ce palais devait occuper plusieurs acres de terrain. Il était composé de gros blocs de pierre basaltique, de quatre ou cinq pieds de long et de deux ou trois pieds de large , coupés et polis avec la plus grande pureté. Une vaste église, érigée auprès de ces ruines, a été presque entièrement bâtie avec les matériaux qui en ont été tirés. Plusieurs pierres sculptées, appartenant à cet antique palais, se voient distinctement dans les murs de l'église, quoique leurs ornements aient été tournés exprès à contre-sens... Dans le pavé et les murailles, j'ai souvent reconnu des fragments de pierres sculptées; et

j'ai trouvé, entre autres, dans une petite maison, les anciennes armes du Mexique, l'aigle à ailes déployées, et le nopal, avec des caractères hiéroglyphiques. . . On nous apprit qu'à deux lieues de la ville était un lieu nommé Bano de Montezuma , qui avait autrefois servi de bain à ce monarque... Le bain dont il est question était taillé dans le roc vif, et paraissait en saillie comme le nid d'une hirondelle contre le mur d'une maison. Non-seulement ce bain est d'une structure extraordinaire ; mais sa position l'est encore davantage. C'est un beau bassin de douze pieds de long , sur huit de large, au milieu duquel est un puits de quatre à cinq pieds de profondeur, avec des parapets de deux pieds et demi de haut tout au tour. On y voit aussi un trône ou siège, tel que les anciennes peintures représentent ceux qui servaient au roi. Il y a des escaliers pour descendre dans ce bassin ou bain, et le tout est coupé dans un rocher de porphyre, avec une précision mathématique, et poli d' une manière parfaite . . . En redescendant, notre guide nous montra dans les rochers un grand réservoir qui servait à fournir d'eau le palais, et dont les murs hauts de huit pieds existaient encore. Nous trouvâmes, en poussant nos recherches un peu plus avant, que toute la montagne avait été couverte de palais , de temples , de bains , de j ardins suspendus , etc . et cependant ce lieu n'a jamais été mentionné par aucun voyageur.

Je pense que tous ces restes pouvaient bien être déjà des antiquités avant la découverte de l'Amérique, et que les monuments auxquels ils ont appar-

tenu avaient été érigés par un peuple dont l'histoire était perdue avant la fondation de Mexico. Nous recueillîmes sur notre chemin des échantillons du stuc qui couvre les terrasses, qui est encore plus dur et plus beau qu'aucun de ceux que l'on trouve àPortici ou à Herculanum. Don Trinidad Rosalia nous dit que nous n'avions vu que le commencement des merveilles de ce lieu; que l'on voyait des vestiges de bâtiments très distincts jusques sur la cîme du mont ; que la montagne elle-même était perforée par des excavations artificielles, et qu'un escalier conduisait à l'une d'elles près du sommet : il y était entré ; mais personne n'avait eu le courage de l'explorer, quoique l'on supposât que d'immenses trésors y étaient ensevelis... Un lait qui paraîtra fort étrange, c'est que ce lieu, le plus intéressant de tous ceux que nous avions visités, n'a jamais été cité par les écrivains espagnols, du temps de la conquête, et que parmi les habitants de Mexico, je n'en ai pas trouvé un seul qui eût jamais vu ces ruines ou qui en eût même entendu parler. . . A. la porte d'une chaumière du village de Huexotla, situé à environ deux milles de Tezcuco, nous vîmes une grande idole de pierre, semblable à celle que nous avions observée à Tezcuco, mais d'un meilleur travail, et dans le milieu du village une espèce de colonne fort singulière, avec un sommet terminé en pointe... L'ancienne muraille, haute de près de trente pieds, et très épaisse, s'étend à une grande distance, et sa construction est fort extraordinaire. Elle est divisée en cinq parties inégales ; la plus considérable est bâtie en pierres ovales fort larges, dont

ÉCLAJRC1SSBMENTS* [\1^

les extrémités dépassent de manière à donner à la bâtisse l'apparence d'avoir été des crânes humains. Une corniche en saillie sépare cette partie des autres. L'ensemble est très différent de tout ce que j'ai vu ailleurs. A l'extrémité du bourg, on voit le lit d'une rivière maintenant à sec, et formant un profond ravin, sur lequel est un pont très remarquable, avec une arche angulaire, haute de près de40pieds, que l'on dit avoir été construite par les Indiens avant la conquête ; elle est soutenue d'un côté par une masse de maçonnerie d'une forme pyramidale, et, vue d'en bas, c'est un objet très pittoresque... Au bout du village, est une sorte de large avenue couverte, pratiquée entre deux hautes murailles, et qui se termine près d'une rivière ; ce devait être une des entrées de la ville. Il y a dans ce lieu quantité de choses bien dignes d'être examinées, et nous le quittâmes en regrettant que le temps ne nous permît pas d'en voir davantage... La ville et les faubourgs de Tezcuco offrent partout des vestiges de son ancienne grandeur. Des pyramides de brique s'élèvent de toutes parts au milieu de ruines, d' aqueducs et de monuments, dont plusieurs, très vastes et d'une forme carrée, sont encore entiers... Autour de l'église, les fragments de pierre sculptée sont extrêmement abondants, de même que dans les environs de la place du marché et du palais, édifice que l'on ne peut contempler sans que les plus intéressants souvenirs s'éveillent dans l'esprit, pour peu que l'on connaisse l'histoire de cette partie de l'Amérique^

f\lO) NOTES

Ce fut dans ce palais queCortez et toute son armée furent logés et reçus, comme le raconte Bernai Dias, dans sa simple narration, dont j'ai eu plus d'une fois l'occasion de reconnaître la vérité. Ce fut aussi sur la place du marché que le premier évèque, mu par un zèle excessif et mal entendu, rassembla tous les documents concernant l'histoire du Mexique, la littérature et les arts , enfin toutes les peintures , manuscrits et hiéroglyphes aztèques, en forma une pyramide, et les livra aux flammes, au milieu des inutiles supplications que lui adressable peuple pour obtenir leur conservation... Après avoir vainement cherché les célèbres pyramides du soleil et de la lune, ou de San-Juan de Teotihuacan, nous nous mîmes en chemin pour visiter Otumba, espérant les trouver près de ce lieu. . . En descendant la montagne, nous vîmes pour la première fois les pyramides que nous cherchions, dans une plaine en face de nous, à environ cinq à six milles de distance... Nous observâmes deux anciennes colonnes très curieusement sculptées. . . À mesure que nous approchions la forme carrée et parfaite de la plus grande pyramide devenait toujours plus distincte, et nous pûmes bientôt compter les terrasses. Nous nous dirigeâmes d'abord sur la plus petite qui est la moins conservée des deux, etnousmontâmesjusqu'àsonsommetsurdesmassesde pierres tombantes et de maçonnerie en ruines, avec moins de difficultés que nous ne nous y attendions. Sur le haut de la tour on voit les ruines d'un ancien monument de quarante-sept pieds de long, sur qua-

torze de large ; les murs en sont construits principalement en pierres*non taillées, hautes de huit pieds et épaisses de trois. L'entrée est à F extrémité méridionale; il y a trois fenêtres de chaque côté, et à l'extrémité, vers le nord, il paraît avoir été divisé au tiers de sa longueur. En face de ce bâtiment, ayant la grande pyramide sous nos yeux et plusieurs petites à nos pieds, nous nous assîmes pour contempler ces antiques merveilles. De là, on découvre la plus grande partie de la vallée de Mexico, et la vue s'étend au loin sur les plaines et sur les montagnes qui bornent la vallée à l'ouest... Je pense qu'il y a peu de motifs de douter que ces immenses structures, qui rivalisent avec les pyramides d'Egypte, ne fussent dès le temps de la conquête, dans l'état où elles sont maintenant, et que ce fut sur l'une d'elles que Cortez monta et découvrit l'armée ennemie. On ne voit aucune autre éminence aux environs qui puisse répondre à cette fin. . . Nous montâmes sur les différentes petites élévations qui sont parsemées en diverses directions autour de la base de la seconde et sur la route de la plus grande pyramide. En quelques endroits elles forment des rues régulières qui vont de l'est à l'ouest. Non loin de la plus grande pyramide, près d'une porte, est une pierre énorme avec quelques ornements sculptés... On nous en montra une autre de grande dimension, couverte de sculptures, avec une ouverture dans le haut : mon fils supposa que c'était une pierre de sacrifices...

Nous arrivâmes bientôt au pied de la plus grande

pyramide, où nous montâmes plus facilement que nous ne l'espérions, quoique sitr tout le chemin, les moellons de chaux et de ciment soient mêlés aux pierres tomhées. Les terrasses sont parfaitement visibles, surtout la seconde, qui a trente-huit pieds de large, et est couverte d'une couche de ciment rouge, épaisse de dix pouces et composée de petits cailloux et de chaux. En plusieurs endroits les arbres de Nopal ont détruit la régularité des degrés; mais nulle part ils n'ont altéré la forme générale carrée, aussi régulière à cet égard- que celle de la grande pyramide d'Egypte. De tous cotés nous vîmes des fragments d'instruments, tels que des couteaux, des flèches, des pointes de lances, etc. Des offrandes d'obsidienne, semblables à celles que nous avions vues sur les petits monticules de Cholula ; et, en arrivant au sommet, nous trouvâmes une surface plane d'une dimension considérable, mais qui avait été ex trêmement gâtée. Probablement un temple ou quelque autre édifice y avait été élevé. On prétend qu'autrefois on y voyait une statue entièrement couverte d'or... J'y trouvai des fragments de petites statues et de vases de terre, et, ce qui me surprit bien plus, des coquilles d'huîtres, les premières que j'eusse vues au Mexique, et en descendant, des pièces d'ornements de la même terre que les* vases, l'un desquels en relief ressemblait à ceux de la Chine, l'autre présentait un visage humain grotesque. . . Le docteur Oteiza, qui a donné la mesure de ces pyramides, établit la base de la plus grande à six cent quarante-cinq pieds en

longueur, et cent soixante et onze en hauteur perpendiculaire ; mais je croirais que la dernière mesure est de beaucoup trop petite, et que la hauteur est à peu près de la moitié de la largeur. Quant à l'âge des pyramides et à leur construction, ce sont des matières dépure conjecture, et je n'ai rencontré personne à Mexico capable de me donner aucuns renseignements sur ce point, ni même de s'en embarrasser le moins du monde. Jamais les habitants de cette ville ne vont les voir, quoique, du haut de la cathédrale, on puisse les apercevoir distinctement toutes deux, aussi bien que Tescosingo, où se trouve le bain de Montezuma... Le résultat de cette petite excursion de trois jours a été de me convaincre fortement de la véracité des écrivains espagnols, «dont les récits sur les villes, leurs richesses, leur immense population et les progrès des arts des Mexicains paraissent douteux à ceux qui n'ont pas vu ce pays. Je crois fermement tout ce que l'infatigable abbé Clavigero a écrit de ses compatriotes. Si M. Paw, ou notre concitoyen plus éclairé Robertson, avaient passé seulement une heure à Tezcuco, Tescosingo ou Huexotla, ils n'auraient jamais supposé que le palais de Montezuma fut une chaumière de claie, et l'immense population de Mexico une fiction...

Mexico possède une grande quantité d'objets d'étude pour les antiquaires. On peut trouver des idoles sculptées dans presque toutes les parties de la ville. La pierre du coin du bâtiment actuellement occupé par l'administration de la loterie, en face du marché

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aux souliers, est la tète d'un serpent, d'une grandeur démesurée, d'après laquelle je jugeai que la figure entière n'avait pas moins de soixante - dix pieds de long. Sous la porte cochère de la maison , presque en face de l'entrée de la Monnaie, est une belle statue d'une divinité de forme humaine, dans une posture inclinée , elle est ornée de divers symboles et de grandeur naturelle. On l'a trouvée il y a quelques années en creusant un puits. La maison qui fait le coin d'une rue au sud-est de la grande place, est bâtie sur un bel autel circulaire de basalte noir, orné de griffes et de queues d'un reptile gigantesque. Dans les cloîtres derrière le couvent des Dominicains, on voit un bel exemple du grand serpent idole, presque entier et d'un bon travail. Cette monstrueuse déité est représentée dévorant une victime humaine, que l'on voit se débattre dans ses horribles mâchoires...

« On ne trouve aucun témoignage de l'antique magnificence de la cité que dans les récits des premiers écrivains. Il est bien connu qu'une carte de Mexico a été faite pour Cortez par ordre de Montezuma. Le baron de Humboldt dit qu'il la cherchée en vain ; et l'on croyait qu'elle avait péri il y a plus de cent ans dans l'incendie delà Casa de Estado ( la maison de Cortez ). Cependant le hasard a remis au jour cette curieuse antiquité ; elle a été achetée et portée en Angleterre sur le vaisseau de S. M. B. le Phaéton, par moi-même, et je la publie dans cet ouvrage. Ce n'est qu'un fragment; mais le monde apprendra par

lui que l'ancienne Mexico était le double de la ville moderne en grandeur, qu'elle l'égalait en régularité, la surpassait dans la beauté et le nombre de ses temples et de ses palais, enfin que le récit fait par Cortez à son souverain sur les merveilles de cette capitale, et celui de Bernai Dias ne peuvent plus être révoqués en doute. »

Nous croyons devoir borner là nos extraits de l'ouvrage si curieux de M. Bulloch; mais nous devons ajouter qu'il a fait faire des empreintes du grand calendrier mexicain et de la pierre des sacrifices, que M. le baron de Humboldt recommande principalement à l'attention des antiquaires ; qu'il a fait d'après nature, des copies des pyramides, et qu'il a apporté en Angleterre plusieurs manuscrits et peintures hiéroglyphiques exécutées par les meilleurs artistes du Mexique, sur des peaux de daims, et quelques-unes sur une sorte de papier fait avec les fibres du grand alocs américain. Outre ces peintures, dont une partie est du nombre de celles qui furent envoyées à Montezuma pour l'informer des progrès des Espagnols, M. Bulloch s'est procuré quelques-unes de celles qui avaient appartenu à la collection du célèbre chevalier Boturini, qui furent exécutées du temps de Cortez et par son ordre, et qui représentaient ses combats avec les Mexicains, son établissement dans la capitale, et d'autres sujets concernant la conquête : il a copié aussi, avec la permission du gouvernement, les dessins de la plupart des antiquités existantes, qui se trouvent dans la belle collection de

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la Mineria. Ces dessins représentent les restes des pyramides, des châteaux, des fortifications, des temples, des ponts, des maisons, des statues, des basreliefs et des idoles, et ont été exécutés dans l'expédition du capitaine Dupaix, faite pour la recherche des antiquités du royaume du Mexique. Ce capitaine était accompagné du senor Luciano Castanedo Callijon de la Condeva, qui vit encore et possède une partie des dessins originaux. Dans ces dessins, quelques tours sont représentées hautes de sept étages ; l'un des ponts a une arche angulaire faite de deux pierres, et l'on voit des portes dont le faîte est de forme circulaire.

M. Bulloch a égalementapporté àLondres un grand nombre d'anciennes statues et d'idoles de pierre et de terre cuite, des vases sacrés et d'autres ornements des temples, avec quelques meubles domestiques, et beaucoup d'anciens documents d'un grand intérêt, et qui peuventfournir des lumières sur les habitants aborigènes du pays, ainsi que sur le haut degré de civilisation auquel ils étaient parvenus. (D. L. R. )

Note lu, page 5o4«

Non- seulement à Tlascala et à Tepeaca, mais à Mexico même, les maisons du peuple n'étaient que des cabanes bâties avec de la terre ou des branches d'arbre. Elles étaient extrêmementbasses et étroites, sans autres meubles que quelques vases de terre. Ainsi que chez les Indiens les plus sauvages, plusieurs familles habitaient sous un même toit, sans avoir au-

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. Zp3

cun appartement séparé. H errera, Decad. 2, lib. VII, cap. 13 ; lib. X, cap. 22; Decad. 3, &'£. IV, c«p. 17. Torquem. lib. III, £«/>. 23.

Note un, page 5o4»

Une personne qui a vécu long-temps dans la Nouvelle-Espagne, et qui a visité la plupart de ses provinces, m'a dit qu'il n'y avait dans l'étendue de ce vaste empire aucun monument ni aucun vestige de quelque édifice qui fût plus ancien que le temps de la conquête, ni même aucun pont ou grand chemin, excepté quelques restes de la chaussée qui va de Guadaloupc à la porte de Mexico par laquelle Cortez entra dans cette ville. Manuscrit en ma possession. L'auteur d'un autre manuscrit ohserve qu'il ne reste pas le moindre vestige de l'existence d'aucun ancien bâtiment indien, public ou particulier, ni à Mexico, ni dans aucune province de la Nouvelle-Espagne. « J'ai traversé, dit-il, toutes les provinces adjacentes; « c'est-à-dire,laNouvclle-Galice, laNouvclle-Biscaye, «le Nouveau-Mexique, Sonora, Cinaloa, le nouveau « royaume de Léon et le Nouveau-Santander, sans «avoir trouvé aucun monument digne de remarque, « excepté des ruines près d'un ancien village dans la « vallée de Casas Grandes, au trentième degré qua- « rante-six minutes de latitude septentrionale, et au « deux cent cinquante-huitième degré vingt-quatre « minutes de longitude de l'île de Ténériffe, ou quatre « cent soixante lieues au nord nord-ouest de Mexico. » Il décrit avec beaucoup d'exactitude ces ruines, qui

paraissaient avoir fait partie d'un méchant bâtiment de gazon et de pierres, recouverts d'une terre blanche ou de chaux. Un missionnaire lui avait dit avoir découvert les ruines d'un autre bâtiment semblable au premier à environ cent lieues au nord-ouest, sur les bords de la rivière de Saint-Pierre. Manuscrit en ma possession.

Ce qui donne beaucoup de crédit à ces témoignages, c'est qu'ils n'ont point été avancés pour soutenir quelque système particulier, et que ce sont de simples réponses à des questions que j'avais faites. Il faut croire cependant que lorsque ces voyageurs ont dit qu'on ne peut pas espérer maintenant de découvrir aucune ruine ni aucun reste d'ouvrages anciens dans l'empire du Mexique, ils ont seulement voulu faire entendre qu'il n'y restait rien qui pûtdonner quelque idée de grandeur ou de magnificence dans les ouvrages de ses anciens habitants. Car, suivant le témoignage de plusieurs écrivains espagnols, il paraît qu'on voit encore quelques vestiges d'anciens bâtiments à Otumba, Tlascala, Cholula, etc. Villa-Segnor : Theatro Amer. pag. 143, 308, 353. D. Franc. Ant. Lorenzana, ci-devant archevêque de Mexico et aujourd'hui de Tolède , dans son introduction à l'édition des lettres Cortas de relacion of Corlez qu'il a publiées à Mexico, parle de quelques ruines qu'on voit encore dans plusieurs villes par lesquelles Cortez a passé en se rendant à la capitale, pag. 4, etc. Mais aucun de ces auteurs n'en donne la moindre description, et ces ruines parais-

sent si peu considérables, qu'à peine suffisent-elles pour faire voir qu'il y a eu autrefois quelque bâtiment dans ces endroits. Le grand tertre de terre à Cholula i, auquel les Espagnols ont donné le nom de temple, s'y trouve toujours, mais sans le moindre escalier pour y monter et sans aucune apparence de pierre. Cette élévation ne paraît maintenant qu'une montagne naturelle, couverte d'herbe et d'arbrisseaux ; etpeut-être qu'elle n'a jamais été rien déplus. Torquemada,lib. \\\, cap. 19. J'ai reçu une description fort détaillée des ruines d'un temple près de Cuernavaca, sur la route de Mexico àAcapulco. Elles sont composées de larges pierres, aussi exactement jointes les unes aux autres que celles des bâtiments des Péruviens, dont nous parlerons dans la suite. Les fondations de ce temple forment un carré de vingt-cinq verges d'Angleterre, ou soixantequinze pieds de roi ; mais il diminue d'étendue à mesure qu'il s'élève en hauteur,, non par gradation, mais en se resserrant tout à coup à des distances régulières; de sorte qu'il doit avoir ressemblé à la figure B de la planche. Il se terminait, à ce qu'on dit, en pyramide.

(r) Voir sa description dans M. de Humboldt ; Vues des Cordill., etc., t. I, p. 96. Cet'e pyramide était construite non en terre, mais en briques scellées probablement au soleil. On y a découvert récemment dans l'intérieur des cavités qui servaient à la sépulture des indigènes, et même une maison carrée construite en pierre et soutenue par des poutres de cyprès chauve; elle renfermait deux cadavres, des idoles en basalte, et un grand nombre de vases vernissés et peints avec art» Voyez aussi la note 5i déjà citée. (D.L. R.)

Note liv, page 3og.

La plus grande et la plus célèbre des divinités mexicaines, dit M. Bulloch, était, de notoriété publique, enterrée sous la galerie de l'Université. Ce voyageur obtint la permission de la faire exhumer, et il en fit faire le plâtre ; voici la description qu'il en donne :

« Ce monstre horrible et colossal a été taillé dans un bloc de basalte de neuf pieds de haut, et se compose de la figure humaine difforme, unie à tout ce que la structure du tigre et du serpent à sonnettes offre de plus affreux. Deux grands serpents lui tiennent lieu de bras, et sa draperie est composée de vipères entortillées en nombreux anneaux de la manière la plus dégoûtante. Deux ailes de vautour terminent ses côtés; ses pieds sont ceux du tigre, avec les griffes étendues pour saisir sa proie, et au milieu d'eux paraît la tète d'un autre serpent à sonnettes qui semble descendre du corps de l'idole ; ses ornements s'accordent avec sa hideuse forme. C'est un large collier de cœurs humains, de crânes et de mains enfilés par des entrailles et couvrant entièrement la poitrine, à l'exception des seins difformes de la statue. Elle a évidemment été peinte des couleurs naturelles, qui devaient beaucoup ajouter au terrible effet qu'elle était destinée à produire sur ses adorateurs ». ( D. L. R. )

Note lv, page 3io.

Il parait que les historiens espagnols ont beaucoup exagéré le nombre des victimes humaines qu'on sacrifiait à Mexico. Suivant Gomara, il n'y avait point d'année où l'on n'immolât vingt mille personnes aux divinités du Mexique, et il y avait même des années où elles allaient à cinquante mille. Cron. cap. 229. Les crânes de ces malheureuses victimes étaient rangés par ordre dans un bâtiment qui avait cette destination, et deux des officiers de Cortez, qui les avaient comptés, ontdit à Gomara qu'il y en avait cent trentesix mille. Ibid., cap. 82. Le rapport d'Herrera est plus incroyable encore : il dit que le nombre des victimes était si grand, qu'on en sacrifiait cinq mille en un jour, et en quelques occasions même jusqu'à vingt mille. Decad. III, lib. II, cap. 16. Torquemada les surpasse tous deux en exagération ; car il prétend qu'on immolait annuellement; vingt mille1 enfants, sans compter les autres victimes. Mon.Ind. lib. VII, cap. 21. L'autorité la plus respectable en faveur de ce grand nombre de victimes est celle de Zumurraga, premier évêque de Mexico, qui, dans une lettre au chapitre général de son ordre, écrite en 1631, dit que les Mexicains sacrifiaient tous les ans vingt mille victimes. Davila, Teatro eccles., 126. D'un autre coté, Barth. de Las Casas remarque que si l'on avait fait mourir tous les ans un si grand nombre d'hommes, le Mexique ne serait jamais parvenu à ce degré de population qui surprit tous les Espagnols lorsqu'ils y

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arrivèrent, et il assure positivement que les Mexicains ne sacrifiaient jamais plus de cinquante à cent personnes par an. Voyez l'exposé de ses discussions avec Sepulveda, qui se trouve joint à saBrevissima relacion,pag. 105. Cortez ne spécifie pas le nombre des hommes qu'on sacrifiait annuellement ; mais B. Diaz del Castillo, dit que les religieux franciscains qu'on envoya dans la Nouvelle-Espagne immédiatement après la conquête , ayant fait des recherches à ce sujet, trouvèrent qu'on sacrifiait tous les ans deux mille cinq cents personnes à Mexico. C. 207.

Note lvi, page 5io.

M. Warden ne partage pas cette opinion de Robertson. Il place les Péruviens au-dessus des Mexicains, et pense que les premiers étaient, sans contredit, à l'époque de la conquête, le peuple le plus civilisé du Nouveau-Monde. Comme il serait trop long d'exposer dans une note les considérations puissantes que ce savant et modeste écrivain fait valoir à l'appui de son opinion, nous croyons devoir renvoyer le lecteur qui désirerait approfondir cette matière si intéressante au tome X, p. 154 et suiv. de V Art de vérifier les dates.

Robertson au surplus modifie lui-même le jugement qu'il a d'abord porté sur la supériorité des Mexicains, lorsqu'il reconnaît ( liv. VII, pag. 324) « que les Péruviens avaient fait beaucoup plus de progrès que les Mexicains, et dans les arts nécessaires, et dans ceux qui ne servent qu'à l'agrément de la vie. » ( D. L. R. )

Note lvu, page 3iï.

11 est pour ainsi dire inutile d'observer que la chronologie péruvienne est non-seulement obscure, mais même en contradiction avec les observations les plus exactes et les plus étendues sur la durée de chaque règne, dans quelque succession de prince qu'on suppose. On a trouvé que le nombre moyen n'a pas passé vingt années. Suivant Acosta et Garcilaso de la Vega, Huana-Capac, qui mourut vers l'année 1 5 2 7 1 , a été le douzième inca. On ne peut pas compter que la monarchie duPérou ait duré plus de deux cent quarante ans; cependant ils assurent qu'elle a subsisté pendant quatre cents années. Acosta, l. VI, c. 19. Vega, lib. I, cap. 9. Suivant ce rapport, la durée moyenne de chaque règne est portée à trente-trois ans, au lieu de vingt, nombre établi par les observations de sir Isaac Newton; mais les tradition s des Péruviens étaient si imparfaites, que, quoique le total y soit fixé d'une manière positive, le nombre des années de chaque règne est cependant inconnu.

NoteLvm, page 5i8.

On ne peut douter, d'après les témoignages de plusieurs historiens espagnols recommandables, que les Péruviens n'adorassent un Dieu inconnu et invisible sous le nom de Pachacamac.

Voici ce que dit à ce sujet Garcilaso de la Vega, Hist. gêner, del Peru> t. \, cap. XXXIII, pag. 232, et t. 4,

(i) En i52H, suivant X Art de vèrijîer les date s t. X, p. i52. (D.L.R.)

cap. IV, p. 28. Il est certain que les Incas croyaient à l'immortalité de l'ame et à la résurrection universelle, et qu'ils avaient découvert par les seules lumières de la raison, qu'il existait un souverain créateur de toutes choses, qu'ils appelèrent Pachacamac, ce qui signifie créateur de l'univers et celui qui le maintient dans l'état civil où il est. ( Hacedor y sustentador del universo. ) » Ils croyaient qu'il était invisible, et par ce motif, ils ne lui élevaient pas de temple et ne lui offraient pas de sacrifices comme au soleil ; mais ils se bornaient à l'adorer intérieurement avec une vénération profonde, et à faire des signes extérieurs de respect avec la tête, les yeux, les bras et le corps chaque fois qu'ils prononçaient son nom. Cette doctrine des Incas fut non-seulement adoptée par tous les peuples qu'ils soumirent successivement à leur empire, mais encore par les nations voisines. Les prédécesseurs du roi Cuismancu, avant d'avoir subi le joug des Incas, avaient cependant élevé un temple magnifique à Pachacamac dans la vallée à laquelle ils donnèrent son nom : c'était le seul qui lui fût consacré dans tout le Pérou. Les Yncas y sacrifiaient des animaux et quelquefois des victimes humaines. (D. L. R.)

Note lix, page 5ig.

Plusieurs des premiers historiens espagnols assurent que les Péruviens sacrifiaient des victimes humaines. Xerez, p. 190. Zarate, lib. I, cap. 11, lib. V,

i) Camac, suivant Pedro de Gieça (Chronica del Peru, cap. 72, p. 88.), signifie créateur, elpacha, monde.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 44 l

cap. 19. IVfais Garcilaso de la Vega prétend que, quoique cette coutume barbare eût subsisté parmi leurs ancêtres non civilisés, elle fut totalement abolie par les Incas, et qu'on n'a jamais offert de victime humaine dans aucun temple du soleil. Cette assertion et les raisons plausibles sur lesquelles il l'appuie suffisent pour réfuter les écrivains espagnols dont les récits ne paraissent fondés que sur des ouï-dire et non sur ce qu'ils ont observé eux-mêmes. Vega, lib. II, cap. 4. Les Péruviens, dans une de leurs fêtes, offraient des gâteaux arrosés du sang tiré des bras, des sourcils et du nez de leurs enfants. Idem, lib. VII, cap. G. Cette cérémonie paraît avoir été une suite de leur ancienne coutume de sacrifier des victimes humaines.

Note lx, page 322.

Chez les Péruviens, dit M. le baron de Humboldt ( Inlrod. aux Vues des Cordillères , etc.), un gouvernement théocratique, tout en favorisant les progrès de l'industrie, les travaux publics et tout ce qui indique pour ainsi dire une civilisation en masse, entravait le développement des facultés intellectuelles.

L'empire des Incas ressemblait à un grand établissement monastique, dans lequel était prescrit à chaque membre de la congrégation, ce qu'il devait faire pour le bien commun. En étudiant sur les lieux ces Péruviens, qui, à travers des siècles, ont conservé leur physionomie nationale, on apprend à apprécier à sa juste valeur le code des lois de Manco-Capac, et

l\L\'}. NOTES

les effets qu'il a produits sur les mœurs et sur la félicité publique. Il y avait une aisance générale et peu de bonheur privé ; plus de résignation aux décrets du souverain que d'amour pour la patrie; une obéissance passive sans courage pour les entreprises hardies; un esprit d'ordre qui réglait minutieusement les actions les plus indifférentes de la vie, et point d'étendue dans les idées, point d'élévation dans le caractère. Les institutions politiques les plus compliquées que présente l'histoire de la société humaine avaient étouffé le germe de la liberté individuelle, et le fondateur de l'empire de Cusco, en se flattant de pouvoir forcer les hommes à être heureux, les avait réduits à l'état de simples machines. La théocratie péruvienne était moins oppressive sans doute que le gouvernement des rois mexicains ; mais l'un et l'autre ont contribué à donner aux monuments, au culte et à la mythologie des deux peuples montagnards, cet aspect morne et sombre qui contraste avec les arts et les douces fictions des peuples de la Grèce. (D. L. R. )

Note lxi, page 325.

Les Espagnols ont adopté ces deux coutumes des anciens Péruviens. Ils ont conservé quelques-uns des aqueducs ou canaux faits du temps des Incas, et en ont construit de nouveaux, au moyen desquels ils arrosent tous les champs qu'ils cultivent. Ulloa, Voyage, lom. I, pag. 422, 177. Ils continuent aussi à employer pour fumier, le guano, ou la fiente des

ET ÉCLAiflCISSEMENTS. l[l\^>

oiseaux de mer. Ulloa donne une description de la quantité presque incroyable qui s'en trouve dans les petites îles qui bordent la côte. Ibid.,pag. 481 .

Note lxii, page 528.

Ulloa, Voyage, tom. I, pag. 286, etc., a décrit le temple de Cayambo,le palais des Incas à Callao dans la plaine deLacatunga, et celui d'Atun-Cannar, qu'il a examinés avec beaucoup de soin. On trouve dans les Mémo ires de l'académie de Berlin , année 1746,y».435; un mémoire curieux de M. de la Condamine, sur les ruines d'Atun-Cannar. Acosta parle des ruines de Cusco qu'il a examinées, lib. VI, cap. 14. Garcilaso, dans son style ordinaire, donne des descriptions pompeuses et confuses de plusieurs temples et autres édifices publics, lib. III, cap. 1,21; lib. VI, cap. 4. Zapata, dans un traité volumineux sur le Pérou, qui n'a pas encore été publié, donne la description de plusieurs monuments des anciens Péruviens, dont les autres écrivains n'ont pas fait mention. Manuscrit entre les mains de l'auteur. Ulloa, tom. I, pag. 391, parle de quelques anciennes fortifications péruviennes , qui étaient aussi des ouvrages considérables et fort solides. Trois circonstances frappèrent principalement tous ces observateurs : 1° la grosseur énorme des pierres que les Péruviens avaient employées pour quelques-uns de leurs bâtiments. Acosta en a mesuré une qui avait trente pieds de long et dix-nuit de large, sur six d'épaisseur ; cependant il ajoute qu'il s'en trouvait de beaucoup plus grosses encore a la

forteresse de Cusco. Il est difficile de concevoir comment les Péruviens pouvaient les remuer et les élever même à la hauteur de douze pieds. 2° L'impéritie des Péruviens dans l'art de la charpente. Avec la patience et la persévérance naturelles aux Américains, ils peuvent être parvenus à donner aux pierres la forme qu'ils desiraient, principalement en frottant une pierre contre l'autre, ou par le moyen de leurs haches et autres instruments de pierre ; mais avec ces outils grossiers, ils n'ont pu faire que de faibles progrès dans la charpenterie. Les Péruviens ne pouvaient pas emmortaiser deux poutres ensemble, ni donner la moindre solidité aux ouvrages de charpente. Gomme ils ne savaient pas former la clef des voûtes, ils ignoraient tout-à-fait l'usage des cintres dans l'architecture, et les auteurs espagnols n'ontpu concevoir comment ils pouvaient faire les toits des grands bâtiments qu'ils élevaient.

La troisième particularité est la preuve frappante que fournissent tous les monuments des Péruviens, de leur peu de génie et d'invention, et de leur extrême patience, qui n'était pas moins remarquable. Aucune des pierres employées à la construction de ces ouvrages ne recevait une forme particulière ou égale aux autres, qui pût la rendre propre à bâtir. Les Indiens les prenaient telles qu'elles tombaient des montagnes ou qu'on les tirait des carrières. Les unes étaient carrées, les autres triangulaires, cellesci convexes, celles-là concaves. Ils employaient leur art et leur industrie à les joindre ensemble, en for-

mant des creux dans l'une qui répondaient parfaitement aux saillies et aux élévations d'une autre. Cette lente opération, qu'ils auraient pu abréger si facilement en adaptant ensemble les surfaces des pierres, soit en les frottant, soit en les travaillant avec leurs haches de cuivre, paraîtrait incroyable, si l'on pouvait en douter en voyant les ruines de ces bâtiments. Cela leur donne un aspect singulier aux yeux des Européens. Leurs bâtiments n'offrent point d'assises régulières dans leur construction, et aucune pierre ne ressemble à une autre par sa forme et par ses dimensions ; tandis que, par l'industrie persévérante, mais mal entendue des Indiens, elles sont toutes jointes ensemble avec cette minutieuse exactitude dont j'ai parlé. Ulloa a fait cette observation sur les pierres de la forteresse d' Atun-Cannar. Voy. vol. l,p. 387. Pineto donne une pareille description de la forteresse de Cusco, le plus parfait de tous les ouvrages péruviens. Zapata, manuscrit entre les mains de l'auteur. Suivant M. delà Condamine, il y avait des assises de pierres exactement parallèles et de même hauteur dans quelques parties des ruines d'Atun- Cannar ; ce qu il remarque comme une chose singulière et comme une preuve des progrès des Péruviens. Voyez la note suivante.

Note lxiii, page 328.

On ne peut douter que les Péruviens n'aient connu l'usage du ciment, l'art de tailler régulièrement les pierres, etc., etc. , malgré l'assertion con-

l\[fi NOTES

traire de Robertson. C'est dans les écrits de M. le baron de Humboldt que nous allons puiser nos preuves ; il serait difficile d'invoquer un témoignage plus imposant.

« Dans la citadelle de Cannar, dit cet illustre voyageur ( Vues des Cordillères, etc., t. I, p. 309 et 310 ), je n'ai pas observé de pierres qui eussent au-delà de huit pieds de longueur. Elles sont en général bien moins remarquables par leur masse que par l'extrême beauté de leur coupe : la plupart sont jointes sans aucune apparence de ciment ; cependant on reconnaît ce dernier dans quelques-uns des bâtiments qui entourent la citadelle, et dans les trois maisons de l'Inca, auPullal, dont chacune a plus de 58 mètres de long. Il est formé d'un mélange de petites pierres et de marne argileuse, qui fait effervescence avec les acides; c'est un vrai mortier , dont j'ai retiré, au moyen d'un couteau , des portions considérables, en creusant dans les interstices que laissent les assises parallèles des pierres. Ce fait mérite quelque attention, parce que les voyageurs qui m'ont précédé ont tous assuré que les Péruviens ne connaissaient pas l'usage du ciment ; mais on a eu tort de supposer cette ignorance chez eux, de même que chez les anciens habitants de l'Egypte. Les Péruviens n'employaient pas seulement un mortier marneux ; dans les grands édifices de Pacaritambo, ils ont fait usage d'un ciment d'asphalte ( betun), mode de construction qui, sur les bords de l'Euphrate et duTygre, remonte à la plus haute antiquité. »

ET jiCL/URCISSEMEJVTS. 447

« Si l'illustre auteur de l'Histoire d'Amérique , ajoute M. de Humboldt ( Vues des Cordill., t. 11, p. 107 ), avait pu voir un seul édifice péruvien, il n'aurait pas dit, sans doute, ( note 62 ) que les indigènes prenaient les pierres telles qu'ils les avaient tirées des carrières ; que les unes étaient triangulaires, les autres carrées ; les autres convexes, les autres concaves, et que l'art trop vanté de ce peuple ne consistait que dans l'arrangement de ces matériaux informes. Les pierres de la maison de l'Inca à Callo , dans le royaume de Quito ( dont M. de Humboldt donne le dessin), sont taillées en parallèlipipèdes ; elles ne sont pas toutes de la même grandeur, mais elles forment des assises aussi régulières que celles des fabriques romaines. Et, pag. 108, « Dans tous les édifices qui datent du temps des Incas, les pierres sont taillées avec un soin admirable sur la face extérieure ; tandis que la face postérieure est inégale et souvent anguleuse. »

Pedro de Cieça de Léon, qui a décrit en détail plusieurs maisons de l'Inca dans la province de los Canares, nous apprend ( Citron. dclPeru, cap. XLIV, p. 56 et 57 ) que les édifices de Thomebamba ont une couverture de joncs (paja ) si bien faite, ( assentaday puesta ) que si le feu ne l'altère pas ou ne la consume pas, elle peut se conserver intacte pendant des siècles. ( D. L. R. )

Note lxiv, page 529.

Robertson suppose que les premiers historiens du

Pérou se sont laissé aller à des exagérations, en décrivant avec trop d'enthousiasme les chemins de cet empire. M. le baron de Humboldt pense au contraire qu'on ne peut qu'admirer leur véracité. « Il faut avoir été sur les lieux, dit ce grand écrivain ( Introd. aux vues des Cordiller. , t. I, p. 9 ), pour apprécier cette naïveté, cette teinte vraie et locale qui caractérise les relations des premiers voyageurs espagnols. En étudiant leurs ouvrages, on regrette qu'ils ne soient pas accompagnés de figures qui puissent donner une idée exacte de tant de monuments détruits par le fanatisme, ou tombés en ruine par l'effet d'une coupable insouciance. » Les citations suivantes prouveront que ces chemins méritent les éloges qu'on en a faits.

«Nous avons été surpris, ajoute M. de Humboldt (même ouvrage, p. 290), de trouver dans le llano del Pullal, et à des hauteurs qui surpassent de beaucoup celle de la cime du pic de Ténériffe, les restes magnifiques d'un chemin construit par les Incas du Pérou. Cette chaussée, bordée de grandes pierres de taille, peut être comparée aux plus belles routes des Romains que j'ai vues en Italie, en France et en Espagne : elle est parfaitement alignée, et conserve la même direction à six ou huit mille mètres de longueur. Nous en avons observé la continuation près de Gaxamarca, à cent vingt lieues au sud de l'Assuay, et l'on croit dans le pays qu'elle conduisa t jusqu'à la ville de Gusco. » . . . et l. 11, /?. 331. « Le grand chemin de l'Inca, un des ouvrages les plus

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. /j/jc)

utiles, et en même temps des plus gigantesques que leshommes aient exécutés, est encore assez bien conservé entre Cholula, Guamani et Sagique. »

Lorsque l'inca Guaynacava, que Ciéca de Léon appelle Huaynacapa, alla visiter pour la seconde fois la province de Quito, quelque temps après en avoir fait la conquête, les Indiens qui avaient construit précédemment, suivant Zarate, /. I, cap. X, un chemin dont il ne fait pas connaître la largeur, mais qui avait cinq cents lieues de long à travers les montagnes, et qui était si uni, qu'on aurait pu y voyager facilement en voiture, afin que l'Inca pût retourner à Cusco, en construisirent pour le même objet un nouveau dans la plaine ; la largeur de ce dernier était de près de quarante pieds espagnols. ( D. L. R. )

Note lxv, page 35 1.

Ces ponts, tendus par leur propre poids, agités par le vent ou dans un balancement continuel par le mouvement de la personne qui y passe, offrent d'abord à la vue un spectacle effrayant. Mais les Espagnols ont cependant trouvé que c'était la manière la plus aisée de passer les torrents du Pérou, sur lesquels il serait difficile d'en construire de plus solides en pierre ou en bois. Ces ponts sont si fortement établis et si larges, que les mules peuvent y passer toutes chargées : tel est celui qui est sur la rivière dApurimac, où passent toutes les marchandises et autres effets dans lesquels consiste le commerce entre le Pérou et les provinces de Lima, de Cusco, etc.

45o NOTES

On emploie une méthode plus simple pour passer des rivières moins considérables : un mannequin, dans lequel se place le voyageur, est suspendu à un fort câble tendu d'un bord de la rivière à l'autre ; on pousse et tire le mannequin par le moyen de deux cordes qui y sont attachées. Ulloa, Voyage au Pérou, tom. I, pag. 358.

Note lxvi, page 344-

J'ai puisé mes renseignements sur ces faits dans la Noticia brève de la expédition militar de Sonora y Cinaloa, sueûcitofeliz, y vantojoso estado , en que por consecuencia de ello , se han puesto ambas provincias, publiée à Mexico le 17 juin 1771, pour satisfaire la curiosité des négociants qui avaient fourni au viceroi l'argent nécessaire à cet armement. Les copies de cette notice sont très rares à Madrid ; mais j'en ai obtenu une qui m'a mis à portée de communiquer ces faits curieux au public. Suivant ce récit, on a trouvé dans lamine de Yecorato, de la province de Cinaloa, un grain d'or de vingt- deux carats, pesant seize marcs quatre onces trois grains , poids de France , qu'on a envoyé en Espagne comme un présent digne du roi, et qui se trouve maintenant déposé dans le cabinet de Sa Majesté Catholique à Madrid.

Note lxvii, page 344*

L'incertitude des géographes sur ce point est singulière ; car Cortez paraît avoir examiné les côtes de la Californie avec une grande attention. L'archevé-

ET itCLAlRCTSSKMFJVTS. 4^1

que de Tolède a publié, d'après l'original qui se trouve entre les mains du marquis del Valle, descendant de Cortez, une carte dressée en 1541, par le pilote Domingo Castillo, dans laquelle la Californie est placée comme une péninsule, qui s'étend à peu près dans la même direction qu'on lui donne aujourd'hui dans les meilleures cartes, et le point où le fleuve Colorado se jette dans le golfe y est marqué avec précision. Hist. de Nueva-Espagna, 327.

Note Lxvm, page 345.

La malveillance qu'on portait aux jésuites, dit M. le baron de Humboldt dans son Essai polit, sur la Nouv. Esp. , t. 11, p. 421, fit naître le soupçon que cet ordre cachait aux yeux du gouvernement les trésors que renfermait une terre si anciennement vantée. Ces considérations déterminèrent le visitador Don José de Galvez, que son esprit chevaleresque avait engagé dans une expédition contre les Indiens de la Sonora, à passer en Californie. Il y trouva des montagnes nues, sans terre végétale et sans eau: des raquettes et des mimoses arborescentes naissaient dans les fentes des rochers ; rien n'annonçait l'or et l'argent que l'on accusait les jésuites d'avoir tiré du sein de la terre ; mais partout on reconnut les traces de leur activité, de leur industrie, et du zèle louable avec lequel ils avaient travaillé à cultiver un pays désert et aride... Pag. 428. Sous le règne de Philippe V, surtout depuis l'année 1744, les établissements espagnols en Californie

devinrent très considérables. Les pères jésuites y déployèrent cette industrie commerciale et cette activité auxquelles ils ont dû tant de succès, et qui les ont exposés à tant de calomnies dans les deux

Indes et p. 423. Dans cette péninsule, le ciel

est plus beau que la terre : le sol est poudreux et aride comme dans le littoral de la Provence : la végétation y est aussi pauvre que la pluie y est

rare

M. de Humboldt ne cite qu'une mine dans l'ancienne Californie, celle de Santa- Anna, et il ne la classe pas parmi les mines les plus riches de la vice-royauté du Mexique. Le golfe de Californie, dit ce savant et judicieux observateur, fournit des perles au commerce de l'Europe. Elles ont une eau très belle ; elles sont grandes ; mais souvent d'une figure irrégulière et peu agréable à l'œil. Le nombre de perles de Californie qui viennent annuellement dans le commerce est aujourd'hui réduit presque à rien. (D. L. R. )

Note lxix, page 348.

Je dois ce fait à l'auteur de Y Histoire philosophique et politique des Indes, t. III, p. 103; et, après avoir consulté une personne intelligente, qui, ayant demeuré long- temps sur les côtes des Moskites, y a fait le commerce du bois de teinture, j'ai trouvé que cet ingénieux auteur a été bien informé. Le bois coupé près de la ville de Saint-François de Campêche est d'une qualité infiniment supérieure à

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. /p3

celui de l'autre côté duYucatan, et le commerce des Anglais dans la baie de Honduras tire à sa fin.

Note lxx , p :ige 549.

Yupanqui, dixième inca, dit Gare, de la Vega, T. IV, cap. XXXVI, pag. 291, édit. de 1800 ) avait agrandi l'empire de plus de cinq cents lieues du côté du Sud, depuis Atacamajusquaujleuve Maulli, et de cent quarante lieues vers le nord, le long des cotes depuis Chincha jusqu'à Chimu.

Or, comme le désert d'Atacama bornait le Chili au nord, et que le fleuve Maulli ou Maule traverse cette contrée à peu près vers le milieu de sa longueur, il est incontestable que les Péruviens en avaient conquis les provinces septentrionales, et non les provinces méridionales, ainsi que le dit Robertson. On ne pourrait d'ailleurs supposer qu'ils en eussent attaqué les dernières, qui se trouvaient plus éloignées de leur pays, et où ils n'auraient pu arriver qu'en traversant des contrées qu'ils ne connaissaient même pas. ( D. L. R. )

Note lxxi, page 355.

« Le district delà ville de Santiago del Estero, dans la province de Tucuman, dit Falkner (Description 0/ Patagonia and the adjoining parts of south America, càap. 1er ) , est un sol plat, sec et sablonneux. La plus grande partie en est couverte de bois épais, qui commencent à cinquante lieues au midi de cette ville, et

/| 54 NOTFS

s'étendent jusqu'au district de Tucuman, qui en est à trente lieues au nord. »

Après avoir parlé ensuite des arbres fruitiers qu'on y voit croître naturellement, tels que l' A Igarro va, le Mistol, le Channar, le Molie, etc. Falkner ajoute : « Il y a encore plusieurs arbres beaux et utiles, d'une grande hauteur, et qui croissent principalement dans de profondes vallées et dans les enfoncements des hautes montagnes ; tels que le Q uiabrahacho rouge et blanc, le Viraro, le Lapacho,\e Cèdre, le Timbo, le Châtaignier sauvage, le Laurier et le Saule; et plus loin, « les habitants cultivent beaucoup d'arbres à fruits qui croissent sauvages dans le Paraguay : tels sont les limoniers et les orangers doux et aigres. Les pêches, soit cultivées, soit sauvages, y sont en grande abondance. »

Dans un Mémoire sur les relations commerciales à établir entre la France et les pr&vinces unies de La Plata (ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres), par M. Leloir, négociant français établi à Buenos-Ayres, on cite les bois parmi les produits du sol de Tucuman susceptibles de former un objet de commerce. D'après le Viajero universal, t.XX,p. 126 1-29, les forêts du Tucuman, entre le Rio-Dolce et le Rio-Salado, sont peuplées d'une immense quantité d'abeilles. Une espèce d'insectes y étend, sur les arbres appelés Aromos, de vastes réseaux de fil soyeux et de couleur d'argent, (D. L. H.)

JNotc lxxii , page 56'2.

Robertson prétend que le nouveau royaume de Grenade est un pays méditcrranée, si élevé au-dessus du niveau de la mer que le climat en est fort tempéré, etc. Il y a ici quelque confusion.

Herrera, dans sa Descripcion de las Indias occidentales, cap. XVI, p. 31, après avoir dit que le district (el distrito ) de l'audience de Santa-Fé de Bogota, était la même chose que le nouveau royaume de Grenade , et qu'il avait 300 lieues de l'est à l'ouest, et autant du nord au sud, établit une distinction entre le district et la province du nouveau royaume de Grenade, qui, suivant cet écrivain, en ferait partie, ainsi que les provinces de Santa-Martha de Carthagène, et une partie de celle du Popayan, et n'aurait que 14 lieues de l'est à l'ouest et 80 du nord au sud.

L'historien anglais n'a sans doute voulu parler que de la province de la nouvelle Grenade, et alors ce qu'il avance sur la température est à peu près exact, quoique M. Mollien affirme ( Voyage dans la république de Colombia, t. I, pag. 142) que le climat de Bogota est généralement pluvieux et froid , et t. 2 , pag. 3 , « que les vallées situées à l'ouest du plateau jouissent des beaux jours qui régnent en haut, avec cette différence pourtant qu'ici un froid rigoureux se fait sentir, pendant qu'en bas on jouit d'une température brûlante. »

Mais comme Robertson comprend le Choco dans le nouveau royaume de Grenade, ce qu'il avance

nous parait erroné , car suivant M. Mollien ( tom. 2, p. 108 ), le Choco ne forme, depuis les bords de la mer Pacifique, le long de laquelle il s'étend jusqu'à la Cordillère, qu'une plaine très basse et humide qui, dans sa plus grande largeur, peut avoir trente lieues. (D. L. R. )

Note lxxiii, page 4*5.

Lambeccius ( Commentât, de Bibliotheca Cœsar. Vlndobonensi , éd. 1776, p. 966 ), qui a fait graver assez incorrectement quelques figures du Codex Vindobonensis, fait observer que le roi Emmanuel, étant mort le 13 décembre 1521 , c'est-à-dire, deux ans avant l'élection du pape Clément VII, arrivée le 10 novembre 1523, le don de ce manuscrit n'a pu être fait à ce pontife, qui est mort le 25 septembre 1534, et non en 1533, ainsi que le dit Robertson ; mais bien à Léon X, auquel le roi de Portugal envoya une ambassade en 1513.

En citant ce passage de Lambeccius, M. le baron de Humboldt se demande ( Vues des Cordillères, etc. , tom. I, pag. 218 ) comment on pouvait avoir en Europe des peintures mexicaines en 1513, puisque Hernandez de Cordova ne découvrit les côtes du Yucatan qu'en 1517, et que Cortez ne débarqua à la Vera-Cruz qu'en 1519. Est -il probable, ajoute ce savant, que les Espagnols aient trouvé des peintures mexicaines à l'île de Cuba, quand les habitants de cette île, malgré la proximité du cap Catoche au cap Saint-Antoine, ne paraissent pas

avoir eu de communication avec les Mexicains? Il est vrai que dans la note ajoutée au recueil de Vienne , celui-ci n'est pas nommé Cod£xémexicanus, mais Codex Indice meridionalis . Cependant l'analogie parfaite qu'offre ce manuscrit avec ceux qui sont conservés à Yélétri et à Rome, et dont Robertson n'a eu aucune connaissance, ne laisse aucun doute sur une origine commune. 11 me paraît peu croyable, continue M. de Humboldt, qu'avant la première entrée des Espagnols à Ténochtitlan( 8 novembre 1519) il puisse y avoir eu un manuscrit mexicain à Rome. Quelle que soit l'époque à laquelle il est parvenu en Italie, il est certain qu'après avoir passé de main en main il fut offert en 1677 à l'empereur Léopold par le duc de Saxe-Eisenach. (D. L. R.)

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