‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 20 sur 175 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

faite connaissance du pays, il ne désespérait pas de 4520 recouvrer promptement tout ce qu'il venait de perdre par des événements malheureux.

Plein de ces idées , il montra aux chefs des Tlas- Mesures calans tant d'égards et répandit entre eux si libéra- qu ' pM lement le riche butin d'Otumba qu'il fut bientôt sûr d'obtenir de la république tout ce qu'il demanderait. Il tira de ses magasins delà Yera-Cruz quelques munitions et deux ou trois pièces de campagne. Il dépêcha un officier de confiance avec quatre vaisseaux de la flotte de Narvaez à Hispaniola et à la Jamaïque, pour engager de nouveaux aventuriers à venir le joindre et pour y acheter des chevaux, de la poudre et d'autres munitions de guerre. Enfin , comme il était convaincu qu'il tenterait inutilement de soumettre et de garder Mexico s'il ne se rendait maître du lac, il donna ordre de préparer dans les montagnes de Tlascala des bois pour la construction de douze brigantins qui pussent être portés sur les bords du lac par morceaux, assemblés et mis à l'eau lorsqu'il en aurait besoin1.

Mais tandis qu'il prenait de si sages précautions Esprit de pour l'exécution de ses projets , il vit s'élever devant nm meuePar~

* . . mises troupes.

lui un obstacle formidable auquel il ne s'attendait pas. L'esprit de mutinerie et de mécontentement éclata de toutes parts dans son armée. Plusieurs des compagnons de Narvaez étaient planteurs plutôt

(1) Cortez, Relat.p. 2 53. E. Gomara, Cron. cap. 117,

1 520 que soldats , et n'avaient suivi cet officier à la Nouvelle-Espagne que dans l'espérance d'y former des établissements et sans penser à s'exposer aux fatigues et aux dangers de la guerre. Gomme ils ne s'étaient attachés à Cortez que dans les mêmes vues, ils n'eurent pas plutôt essayé l'espèce de service qu'on exigeait d'eux, qu'ils se repentirent amèrement du parti qu'ils avaient pris. Ceux qui avaient eu le bonheur d'échapper aux dangers passés dans lesquels leur propre imprudence les avait exposés , frémissaient à la pensée de s'y exposer une seconde fois. Dès qu'ils connurent les intentions de Cortez, ils commencèrent à murmurer et à cabaler secrètement, et, devenant de moment en moment plus audacieux , ils firent des représentations sur la témérité qu'il y aurait à attaquer un empire puissant avec les faibles moyens qui restaient, et demandèrent hautement de retourner sur-le-champ à Cuba. Cortez, quelque talent qu'il eût pour conduire les hommes , employa inutilement les raisons , les prières et les présents pour les persuader ou les adoucir. Ses anciens soldats , animés de l'esprit de leur chef, secondèrent en vain ses efforts avec la plus grande chaleur. Les craintes étaient trop violentes et trop profondément enracinées, et tout ce qu'on put obtenir des mutins fut de différer leur départ de quelque temps , en leur promettant de les renvoyer dès que les circonstances le permettraient.

Page 1