LIVRE CINQUIÈME. 5l
quebuses , et de quarante cavaliers. Il avait avec cela 4 520 neuf pièces de canon de campagne1. A la tête de cette petite armée et de dix mille Tlascalans et autres Indiens , il commença sa marche vers Mexico le vingt-huit décembre , six mois après la fatale retraite à laquelle les Mexicains l'avaient forcé \
L'ennemi se préparait de son coté à le recevoir. Préparatifs
vi îit/r/ 1 •• t»x* des Mexicains
Apres la mort de Montezuma, les principaux Mexi- r leur de cains, à qui appartenait le droit d'élire un empereur, fense. avaient élevé au trône son frère Quetlavaca3. Sa haine connue et invétérée ^pour les Espagnols eût été un titre suffisant auprès d'eux , quand même il eût été moins digne de leur choix par son courage et ses grandes qualités. Il eut immédiatement après son élection une occasion de montrer ses talents, en dirigeant en personne les vives attaques qui avaient forcé les Espagnols à abandonner la capitale. Dès que leur retraite lui donna le temps de respirer, il prit des mesures pour prévenir leur retour à Mexico , avec autant de prudence qu'il en avait mis à les en chasser. La proximité de Tlascala lui donnait la facilité d'être instruit des mouvements et des intentions de Cortez.
(1) Cortez, Relat.p. 2 55. E.
(2) Relat. 256. A. B. Diaz, chap. 137.
(3) Solis paraît le seul écrivain espagnol qui lui donne le nom de Quetlabaca ou Quetlavaca, Clavigero et les historiens cités par lui l'appellent Cuitlahuatzin. Il était seigneur d'Iztapalapan , conseiller intime de son frère Moutézuma et Tlachcocalcatl ou général de l'armée.
5l HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
1520 11 vit l'orage qui se formait , et se prépara de bonne heure à le repousser. Il répara les parties de la ville que les Espagnols avaient détruites, et y ajouta de nouvelles fortifications, telles que l'art des Mexicains était capable de les élever. Après avoir rempli ses magasins des armes en usage parmi les Indiens , il fit faire de longues piques , armées des épées et des poignards pris sur les Espagnols , dans le dessein de les employer contre la cavalerie. Il exhorta les peuples de toutes les provinces à prendre les armes contre leurs oppresseurs ; et , pour les encourager à une vigoureuse résistance, il leur promit l'exemption de toutes les taxes que ses prédécesseurs avaient imposées \
Mais le principal objet de son attention fut d'enlever aux Espagnols les avantages qu'ils retiraient de l'amitié des Tlascalans. Il tâcha d'engager ces républicains à renoncer à toute liaison avec des hommes ennemis déclarés des dieux des Indiens, et qui ne manqueraient pas de les soumettre eux-mêmes au joug qu'on les aidait si imprudemment à imposer au reste de la nation. Ces raisons étaient frappantes, et elles furent présentées avec tant de force, que Cortez eut besoin de toute son adresse pour effacer les impressions qu'elles avaient faites sur les chefs des Tlascalans2.
(t) Cortez, Relat. p. 1 53. E, a54.A. B. Diaz, c/tap. i^o.
(2) B. Diaz, chap. 129. Herrera, Decad. II, lib. X, cap. 14-19.