LIVRE CINQUIEME
Mais tandis que Quetlavaca préparait sa défense 1520 avec une prévoyance rare dans un Américain , il fut emporté par la petite vérole. Cette maladie, qui venait de se montrer dans la Nouvelle-Espagne avec toute sa malignité, était inconnue en Amérique avant que les Européens y eussent pénétré , et doit être regardée comme une des plus grandes calamités que l'ancien monde ait répandues sur le nouveau. Les Mexicains élevèrent au trône Guatimozin l, neveu et gendre de Montézuma, jeune homme d'une si grande réputation pour les talents et la valeur, qu'il fut choisi tout d'une voix dans la circonstance critique où l'empire se trouvait \
Cortez, à son entrée sur les terres de l'ennemi, 4521
, ,. . . r . A Cortez s'a-
trouva partout des dispositions laites pour arrêter ses vance vers progrès. Mais ses troupes surmontèrent facilement Mexico, ces obstacles et s'emparèrent de Tezcuco3, la seconde ville de l'empire, sur les bords du lac à environ vingt milles de Mexico4. C'est là qu'il établit son principal quartier, tant parce qu'il était le lieu le plus propre à mettre à l'eau ses brigantins , que pour faire de là ses approches vers la capitale avec plus de facilité. Afin de n'avoir rien à craindre pour sa sûreté pendant son séjour dans cette ville, il dé-
(r) Clavigero l'appelle Quauhtemotzin, et dit qu'il avait environ vingtcinq ans lorsqu'il fut élu.
(2) B. Diaz, chap. i3o.
(3) Cortez y entra avec son armée le 3i décembre i520. (D. L. R.)
(4) Villa Senor, Teatro Americano, lib. 1, cap. i56.
-1521 posa le cacique ou chef qui y commandait : son titre n'était pas valide % et il mit à sa place un Indien qu'un parti de nobles lui désignait com me l'héritier légitime de cette place. Attachés par ce nouveau bienfait, le nouveau cacique et ses partisans servirent les Espagnols avec une inviolable fidélité'.
Lenteur et La construction des brigantins ne se faisait qu'acirconspec- vecDeaucoUp de lenteur, parce qu'elle était exécutée
tion de Cor- r 'in
tez. en grande partie par des soldats et des Indiens igno-
rants que Cortez était obligé d'employer à aider trois ou quatre charpentiers qui s'étaient heureusement trouvés dans son armée. Il ne recevait point le renfort qu'il attendait de l'Espagnole. Toutes ces circonstances l'empêchaient de porter ses armes vers la capitale aussi promptement qu'il aurait voulu. Attaquer sans de nouvelles forces une ville si peuplée, si bien préparée à se défendre et si avantageusement située, c'eût été exposer ses troupes à une destruction inévitable. Trois mois s'écoulèrent avant que les matériaux de ses brigantins fussent prêts et qu'il eût aucune nouvelle des effets de sa négociation à l'Espagnole; cependant il ne resta pas dans l'inaction. Il attaqua successivement différentes villes situées sur le lac, et les soumit ou les détruisit, quoique les Mexicains eussent employé toutes leurs
(x) Clavigero pense le contraire et le prouve; ce souverain s'appelait Coanacotzin et était neveu de Montézuina. (D. L. R.)
(2) Cortez, Relat. p. 256, etc. B. Diaz, ckap. 137. Goraara, Croncap. x2i. Herrera , Decad. III, cap. x.
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forces pour les défendre. Il n'en usa pas de même 1S34 avec quelques autres villes. Il employa des moyens plus doux. Quoiqu'il ne pût traiter avec les habitants que par l'intervention des interprètes , il n'avait pas laissé d'acquérir par cette manière de communiquer avec eux, tout imparfaite et pénible qu'elle était, une grande connaissance de l'état du pays et des dispositions des peuples; en sorte qu'il conduisit ses négociations et ses intrigues avec une dextérité merveilleuse et un succès étonnant. Plusieurs de ces villes voisines de Mexico avaient été autrefois les capitales de petits états indépendants. Quelques-unes, n'étant soumises que depuis peu de temps à l'empire, conservaient encore le souvenir de leur ancienne liberté et portaient avec impatience le joug de leurs nouveaux maîtres. Les marques de leur mécontentement n'échappèrent pas à Cortez, qui sut mettre à profit cette découverte pour gagner leur confiance et leur amitié. En leur promettant de les délivrer de la domination odieuse des Mexicains et de les traiter avec plus de douceur, s'ils voulaient se réunir aux Espagnols contre leurs oppresseurs, il engagea les peuples de plusieurs districts nonseulement à reconnaître le roi de Castille comme leur souverain , mais à fournir à son camp des provisions en abondance et à fortifier son armée de troupes auxiliaires. A peine Guatimosin se fut-il aperçu de cette défection parmi ses sujets, qu'il mit tous ses
1521 soins à la prévenir. Mais, malgré tous ses efforts, l'esprit de révolte fit des progrès. Les Espagnols acquirent de nouveaux alliés , et le monarque indien vit avec douleur Cortez , armant contre l'empire les mêmes mains qui auraient dû le défendre , prêt à s'avancer contre la capitale à la tête d'un corps nombreux de ses propres sujets'.
Cortez préparait ainsi la destruction de l'empire dj.i Mexique en resserrant par degrés les limites de sa puissance; l'exécution de ses grands desseins ne paraissait plus ni incertaine ni éloignée , lorsqu'il faillit à les voir renversés par une conspiration aussi dangereuse qu'inattendue. Les soldats de Narvacz n'avaient jamais été fort unis avec les premiers soldats de Cortez, et il s'en fallait bien qu'ils secondassent avec le même zèle que ceux-ci les projets du général. Ils se laissaient facilement abattre dans toutes les occasions où il fallait quelque effort extraordinaire de patience et de courage. En voyant maintenant de près tous les dangers auxquels ils allaient s'exposer, pour réduire une ville aussi avantageusement située que l'était Mexico , et défendue par une armée nombreuse, ceux d'entre eux qui étaient restés fidèles à Cortez quand leurs compagnons l'avaient abandonné , commencèrent à manquer de résolution. La crainte les conduisit à discuter
(i) Cortez, Relat. p. 256-260. B. Diaz, chap. 137-140. Gomara , Cron. cap,. 122, 12 5. Herrera, Decad. III, lib. I, cap. r , 2.