LIVRE CINQUIÈME
semblablement contenait son plan et les noms de 1521 ses complices, qu'il en avait avalé les morceaux, et que , malgré la rigueur des tourments , il n'avait rien avoué. Cette artificieuse déclaration tranquillisa les complices , que tourmentait la conscience de leur crime, et plus encore la crainte de le voir découvert. Cortez retira de cet événement l'avantage de connaître ceux de ses compatriotes qui étaient ses ennemis , et de pouvoir observer leurs démarches avec plus d'attention : tandis que persuadés par sa modération que la conspiration ne lui était pas con- . nue, ils s'efforçaient de détourner d'eux tous les soupçons en redoublant de zèle et d'activité pour son service ' .
Cortez ne laissa pas à ses troupes le temps de Ses préparareflécbir beaucoup sur ce qui venait d'arriver ; il les h s S1"^u iers
1 l ' pour Ja con-
nut sur-le-champ en action pour empêcher plus straction des
efficacement le retour de l'esprit de mutinerie. Une bngantms. circonstance heureuse lui en offrit le moyen sans qu'il eût paru le chercher. On lui donna avis que les matériaux de ses brigantins étaient enfin prêts ? et qu'on n'attendait pour les conduire à Tezcuco qu'un corps d'Espagnols qui les escortât. Le commandement de cette troupe , composée de deux cents fantassins et quinze cavaliers, ayant avec eux deux pièces de canon , fut confié à Sandoval , qui
(1) Cortez, Relat. p. 2 8 3. C. B. Diaz, chap. 146. Herrera, Decad. ///, lib. 7, cap. t.
ÔO HISTOIRE DE l'aMERIQUE.
4 52i par sa vigilance, son activité et son courage, acquérait chaque jour de plus en plus la confiance de Cortez et l'estime de ses compagnons. L'expédition était aussi difficile qu'importante. Il fallait conduire les pièces de bois, les planches, les mats, les cordages, les voiles , les fers , et tout ce qui était nécessaire à la construction de treize brigantins , par une route de soixante milles à travers un pays de montagnes, et avec l'aide des Indiens , qui n'avaient aucun animal domestique et ne connaissaient l'usage d'aucune de ces machines qui facilitent les grands travaux. Les Tlascalans fournirent huit mille tamènes, classe d'hommes destinés parmi eux aux travaux serviles et qui devaient être accompagnés et protégés par quinze mille guerriers de la même nation. Sandoval régla l'ordre de leur marche avec beaucoup d'intelligence. Les tamènes furent placés au centre, ayant un corps de Tlascalans à leur tête, un second à leur arrière-garde, et des partis considérables sur les flancs. A chacun de ces corps il joignit un certain nombre d'Espagnols, non-seulement pour les aider à repousser l'ennemi , mais pour les accoutumer à l'ordre et à l'obéissance. Ce corps si nombreux et si embarrassé dans sa marche n'avançait qu'avec beaucoup de lenteur, mais en très bon ordre. Dans les endroits resserrés par les bois ou les montagnes, la ligne s'étendait au-delà de six milles. Des partis de Mexicains paraissaient souvent sur les
cours.