LIVRE CINQUIÈME. C
l'enfance de l'établissement des Espagnols en Ame- 1520 rique méritait le nom d'armée , à Pamphilo de Narvaez, avec ordre de se saisir de Cortez et de ses principaux officiers, de les lui envoyer prisonniers, et d'achever ensuite en son nom la découverte et la conquête du pays.
Après un voyage heureux, Narvaez débarqua ses Conduite de troupes sans opposition près de Saint-Jean-de-Ulua. Avri'j Trois soldats envoyés à la recherche des mines de ce district le joignirent. Non-seulement ils lui firent connaître la situation de Cortez ; mais , comme ils avaient fait quelques progrès dans la connaissance de la langue mexicaine , il trouva en eux des interprètes qui le mirent en état d'avoir quelque communication ayec les naturels du pays. Il est vrai que , sejon l'artifice bas et grossier des déserteurs , ceux-ci cherchèrent plutôt à flatter Narvaez par des espérances agréables qu'à lui dire l'exacte vérité. Ils lui représentèrent la situation de Cortez si désespérée et le mécontentement de ses troupes si général, que la présomption naturelle de Narvaez en prit une nouvelle force. Sa première opération aurait dû cependant lui inspirer quelque défiance sur les relations de ces individus; car ayant envoyé sommer le gouverneur de la Vera-Cruz de se rendre, Guevara, ecclésiastique chargé de cette commission, s'en acquitta avec une telle insolence , que Sandoval, homme de courage et très attaché à Cortez, loin
d'obéir, se saisit de lui et de ceux qui l'accompagnaient, et les envoya prisonniers et enchaînés à Mexico.
Cortez les reçut non pas en ennemis, mais en amis; et, condamnant la sévérité de Sandoval, les remit sur-le-champ en liberté. Cet acte de clémence, placé à proposât accompagné de caresses et de présents , lui gagna leur confiance , et il en obtint des instructions sur les forces et les projets de Narvaez, d'après lesquelles il conçut toute l'étendue du danger qui le menaçait. Ce n'étaient plus des Indiens deminus que Cortez avait à combattre, mais une armée qui ne le cédait à la sienne ni en courage ni en discipline, et qui l'emportait de beaucoup par le nombre, agissant au nom et par l'autorité du monarque et commandée par un officier d'une bravoure reconnue. Il avait appris que Narvaez , plus occupé de seconaer le ressentiment de Velasquez que jaloux de maintenir la gloire du nom espagnol et l'intérêt même de sa patrie , l'avait représenté lui et ses compagnons comme des proscrits, coupables de révolte envers leur propre souverain et d'injustice envers les Mexicains , en envahissant leur pays : Narvaez avait ajouté que son unique objet était de punir leurs oppresseurs et de délivrer le Mexique de leur tyrannie. Cortez vit bientôt que Montézuma avait reçu toutes ces impressions défavorables; il sut que Narvaez avait trouvé le moyen