LIVRE CINQUIEME. I I
de faire assurer l'empereur que la conduite des 1520 Espagnols qui le retenaient prisonnier était désapprouvée du roi, son maître, et qu'il était chargé de lui rendre non-seulement sa liberté , mais encore son ancienne autorité et toute son indépendance. Les provinces , espérant dès lors de pouvoir secouer le joug de ces étrangers, commencèrent à se révolter ouvertement contre Cortez et à regarder Narvaez comme ayant et le pouvoir et la volonté de les arracher à l'oppression. Montézuma luimême entretenait une correspondance secrète avec le nouveau commandant, et semblait avoir recours à lui , et le regarder comme supérieur en pouvoir et en dignité aux Espagnols , qu'il avait jusque là respectés comme les premiers des hommes \
Tels étaient l'embarras et le danger où se trou- Cortez délivait Cortez. Il est impossible d'imaginer une situa- bere sur la
A îi-ir v conduite qu'il
tion qui put mettre son habileté et son courage a doit lenir une épreuve plus critique, et dans laquelle il fût plus difficile de prendre un parti. S'il attendait à Mexico l'arrivée de Narvaez, sa perte paraissait inévitable ; car tandis que les Espagnols le presseraient du dehors, les habitants , que, malgré toute son autorité et tous ses soins , il avait déjà beaucoup de peine à retenir dans la soumission, saisiraient avec ardeur cette occasion de se venger de tout ce qu'il leur avait fait souffrir. S'il abandonnait la
(i), Voyez la note a.
1620 capitale en rendant la liberté au monarque captif et en allant au-devant de l'ennemi, il perdait tout à la fois le fruit de ses travaux et de ses victoires , et renonçait à des avantages qu'il ne pourrait plus recouvrer sans des efforts extraordinaires et des dangers infinis. Enfin, si au lieu de combattre il tentait un accommodement avec Narvaez , la hauteur naturelle de cet officier, encouragée par la démarche même de Gortez, serait un obstacle insurmontable au succès de sa négociation. Après avoir pesé et comparé ces différents projets avec la plus grande attention , Gortez s'arrêta à celui dont l'exécution était plus difficile , mais qui devait être le plus avantageux à sa patrie s'il était suivi du succès : il s'arma de la résolution et de l'intrépidité nécessaires dans les situations qui ne laissent qu'un seul objet d'espérance, et il se détermina à faire un dernier et courageux effort en risquant de combattre, malgré tous ses désavantages, plutôt que de sacrifier ses conquêtes et les intérêts de l'Espagne dans le Mexique, il négocie Quoique Cortez prévit bien qu'il en faudrait tou-
secretement
jours venir à décider ses différents avec Narvaez
«avec les sol-
dats de Nar- Par Ie sort des armes , il pensa qu il serait nonvaez« seulement indécent, mais criminel d'attaquer ses
compatriotes sans avoir auparavant tenté la voie de la négociation. 11 employa pour cela son aumônier Olmedo , que son caractère rendait très propre