‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 50 sur 175 · LIVRE SIXTEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXTEME

Depuis que Nugnez de Balboa, en partant des 4523

côtes orientales de l'Amérique, avait découvert la Entreprises

. . . p°ur ïa dé-

mer du Sud et acquis quelques notions imparfaites couverte du

des riches contrées auxquelles elle pouvait conduire, Perou* tous les yeux et tous les projets des aventuriers espagnols établis dans les colonies de Darien et de Panama se tournaient vers ces pays inconnus. Dans un siècle où l'esprit aventurier engageait un grand nombre d'hommes à hasarder toute leur fortune et à braver les plus grands dangers pour tenter une découverte simplement possible, le moindre rayon d'espérance était saisi avec ardeur, et sur des informations légères on entreprenait les plus périlleuses expéditions'.

C'est ainsi que différents armements furent faits Leurs maupour prendre possession des pays situés à l'est de Panama. Mais ces entreprises , confiées à des chefs

(1) Voyez la note 12.

vais succès.

JOÔ HISTOIRE DE l'aMÉRIQUE.

1523 dont les talents étaient au-dessous des difficultés, n'eurent aucun succès'. Comme ces excursions ne s'étendaient pas au-delà des limites de la province à laquelle les Espagnols ont donné le nom de Tierra firme, pays montagneux, couvert de bois, peu peuplé, et très malsain , les aventuriers , à leur retour, firent des rapports décourageants des maux qu'ils avaient soufferts et du peu d'espérances qu'offraient les lieux qu'ils avaient visités. Ces récits calmèrent un peu la fureur des découvertes de ce côté, et il s'établit une opinion générale que Balboa s'était laissé séduire par quelque Indien ignorant qui avait voulu le tromper, ou qui avait été mal entendu. Nouvelle Mais il y avait alors à Panama trois hommes sur tentative faite legquejs les circonstances qui décourageaient tous

par Pizarre, * ...

Almagro et les autres firent si peu d'impression , qu'au moment Luque. même où tous regardaient comme chimérique l'es-

poir de découvrir à l'est le riche pays qu'avait annoncé Balboa, ils se déterminèrent à entreprendre l'exécution de son projet. Ces hommes extraordinaires étaient François Pizarre, Diego d' Almagro, et Fernand de Luque. Pizarre était fils naturel d'un gentilhomme de bonne famille et d'une femme de basse naissance; et, comme il arrive ordinairement aux enfants illégitimes, son éducation avait été entièrement négligée. Son père ne le croyait pas destiné à s'élever au-dessus delà condition de sa mère,

( i ) Calancha , Cronica , p. ioo,

livjRE sixième. ion

car il l'employa dans sa jeunesse à garder les cochon») 152^ mais le jeune Pizarre, dédaignant cette vile occupation, se fit soldat, et, après avoir servi quelques années en Italie, s'embarqua pour l'Amérique, où une carrière ouverte aux talents attirait tout aventurier ambitieux dont la fortune n'égalait pas les désirs. Sur ce théâtre , Pizarre se distingua promptement. Né avec un caractère aussi entreprenant que son corps était robuste, il était le premier à tous les dangers, toujours infatigable, et d'une patience à toute épreuve. Quoique ignorant jusqu'à ne savoir pas lire, on le regarda bientôt comme un homme né pour commander. Il réussit dans toutes les opérations dont il fut chargé , unissant en sa personne des qualités qui se trouvent rarement ensemble, la persévérance et l'ardeur, la hardiesse dans la combinaison de ses plans, et la prudence dans leur exécution. En se jetant de bonne heure dans les affaires, sans autres moyens que ses talents et son adresse, et en ne comptant que sur lui-même pour se tirer de l'obscurité , il acquit une si grande connaissance des affaires et des hommes qu'il se rendit bientôt propre à conduire les unes et à gouverner les autres ' .

La naissance d'Almagro n'était pas plus relevée que celle de Pizarre. Celui-ci était bâtard, l'autre

(1) Herrera, Decad. I et II, passim; Dec(\d. IV, lib. VI , cap. 107. Gomara, Ilist. cap. 144. Zarate, lib. IV, cap. 9,

4 52^ était un enfant trouvé. Almagro, élevé dès sa jeunesse dans le métier des armes comme son compagnon , ne lui cédait en aucune des vertus militaires. Il avait comme lui une valeur intrépide, une activité sans relâche, et une constance à l'épreuve de toutes les fatigues que la guerre pouvait entraîner après elle dans le Nouveau-Monde ; mais ces qualités dans Almagro étaient accompagnées de la franchise et delà générosité d'un soldat; dans Pizarre, elles étaient unies avec l'adresse, la ruse, la dissimulation d'un politique , l'art de cacher ses desseins , et la sagacité qui démêle ceux des autres.

Fernand de Luque' était un prêtre , maître d'école à Panama. Par des moyens que les historiens ne nous ont pas fait connaître , il avait amassé des richesses qui lui firent concevoir l'espérance de s'élever aux plus hauts emplois.

Condition Tels étaient les hommes destinés à renverser un asso" des plus grands empires du monde. Leur association fut autorisée par Pedrarias2, gouverneur de Panama. Chacun d'eux s'engagea à employer toute sa fortune pour le succès de l'entreprise. Pizarre , le moins riche des trois, ne pouvant fournir autant de

(i) Garcilaso de la Vega(Hist. gêner, del Peru., t. VI, cap. i, p. 8.) dit que le plus jeune des trois aventuriers avait à cette époque plus de cinquante ans , et qu'ils étaient l'objet de la dérision générale. On se moquait surtout de Fernand de Luque, qu'on appelait Hernando elloco qu Fernand le fou. (D. L. R.)

(2) Zarate l'appelle Pedro Arias de Avila. (D. L. R.)

ciation.

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