LIVRE CINQUIÈME. lo
Espagne'. La découverte d'un pays si étendu aurait 1526 fait honneur à tout autre qu'a lui , mais elle n'ajouta rien à la gloire de Cortez , et ne satisfit pas les grandes espérances qu'il avait conçues \ Dégoûté par de mauvais succès auxquels il n'était pas accoutumé , et las de voir toujours opposés à ses vues des gens avec lesquels il trouvait honteux pour lui d'être obligé de contester , il relourna une seconde fois en Espagne 3 pour demander ce qu'il croyait lui être dû.
Il n'y reçut pas l'accueil que ses services et même la décence seule le mettaient en droit d'espérer. La gloire de ses anciens exploits était déjà en partie oubliée ou éclipsée par celle des nouvelles conquêtes plus récentes et plus importantes faites sur d'autres points de l'Amérique. On n'attendait plus rien d'un homme déjà avancé en âge, et qui commençait à être malheureux. L'empereur le reçut poliment, mais froidement. Les ministres le traitèrent tantôt avec légèreté , et tantôt avec insolence. Ses plaintes ne furent pas écoutées. Il fît valoir inutilement ses droits. Après avoir perdu plusieurs années à solliciter les ministres et les magistrats, occupation aussi ennuyeuse que mortifiante
(i) Voyez la note ir.
(2) Herrera , Decad. V, llb. VIII, cap. 9, 10; Decad. VIII, lib. VI, cap. 14. Venegas, Hist. of Californ. I, 12 5. Lorenzana, Hist, pag, 322 , etc.
(3) En i54o, suivant Orellana. (D. L. R.)
I04 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
4 525 pour un homme d'un caractère altier, qui jusque là avait presque toujours commandé, Cortez finit ses jours le i décembre 1 54-7? dans la soixante-deuxième année de son âge \ Sa destinée fut semblable à celle de tous ceux qui se sont illustrés par des découvertes ou des conquêtes dans le Nouveau-Monde. Envié par ses contemporains , et mal récompensé par le souverain qu'il avait servi , il a été admiré et célébré par les siècles suivants. Pour se former une juste idée de son caractère il suffit de considérer avec impartialité toute la suite de ses actions.
(i) Suivant Fernand Pizarre Orellana, {Varones ilustres del Nucvo- Mundo.) p. 122, Cortez accompagna l'empereur Charles-Quint dans son expédition contre Alger en i54i. Il avait l'intention de finir ses jours à Mexico, et il était au moment de passer en Amérique lorsqu'il mourut à Castilleja de la Cuesta, près de Séville, le 2 décembre i554, à l'âge de soixante- trois ans. Cortez étant né en 148 5, suivant Orellana luimême , d'accord sur ce point avec Herrera , ce grand homme aurait eu à sa mort soixante-neuf ans. (D. L. R.)