LIVRE SIXIÈME. Il I
Almagro, de son coté, ayant fait voile de ce port 1525 avec soixante-dix hommes, s'était porté en droiture à la partie du continent où il espérait rencontrer son associé. Ne l'y trouvant pas , il avait débarqué ses soldats, qui, en cherchant leurs compagnons, coururent les mêmes dangers et essuyèrent les mêmes souffrances qui avaient forcé la troupe de Pizarre à quitter ce pays. Repoussés à la fin dans un combat opiniâtre avec les Indiens, dans lequel Almagro perdit un œil par un coup de flèche , ils furent aussi obligés de se rembarquer. Le hasard les conduisit au lieu où Pizarre s'était retiré. Ils se consolèrent mutuellement en se contant leurs aventures, et en 24 juin, comparant leurs souffrances. Comme Almagro s'était avancé jusqu'à la rivière de Saint-Jean, dans le Popayan, où l'aspect du pays et des habitants lui avait paru moins décourageant, ce rayon d'espérance fut suffisant pour déterminer ces hommes ardents à ne pas abandonner leur projet, malgré tout ce qu'ils avaient déjà souffert en voulant en suivre l'exécution1.
Almagro retourna à Panama pour y recruter quel- ils repren-
ques troupes. Mais ce que Pizarre et lui avaient souf- nent . eur en~ 1 l l trepnse,
fert donna à ses compatriotes une si mauvaise opinion de son entreprise , que ce fut avec beaucoup de difficulté qu'il parvint à lever quatre-vingts hommes 3.
(t) Herrera, Decad. 111, lib. VIII, cap. n, 12. Voyez la note i3. (2) Zaratc, lib. I, cap. 1.
112 HISTOIRE Dlî l'aMÊ*RIQUE.
4 526 Tout faible que fût ce renfort, ils n'hésitèrent pas à reprendre leurs opérations. Après avoir essuyé les mêmes calamités que dans leur première expédition, une partie de l'armement toucha à la baie de Saint- Mathieu, sur la cote de Quito, et, débarquant à Tacamez, au sud de la rivière des Émeraudes, ils reconnurent une contrée plus unie et plus fertile qu'aucune de celles qu'ils avaient vues jusque là sur les cotes delà mer du Sud, et trouvèrent les habitants vêtus d'étoffes de laine et de coton , et parés de différents ornements d'or et d'argent.
Cependant, malgré ces apparences favorables, exagérées encore par la vanité de ceux qui en rendaient compte, et par l'imagination de ceux à qui on les présentait, Pizarre et Almagro n'osèrent tenter d'envahir un pays si peuplé avec une poignée d'hommes affaiblis par la fatigue et par les maladies. Ils se retirèrent à la petite île Gallo , où Pizarre demeura avec une partie des troupes, tandis que son associé' retourna à Panama dans l'espérance d'en ramener un renfort assez considérable pour prendre possession des riches pays dont l'existence n'était plus douteuse à leurs yeux1, pizarre est Quelques-uns des aventuriers, moins entrepre-
rappde parle nants et moins hardis que leurs chefs, avaient engouverneurde l
Panama. voyé secrètement à leurs amis de Panama des relations lamentables de leurs souffrances et de leurs
(i) Xères, 181. Herrera , Decad. III , llb. FI, cap. i3.