‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 53 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. I l · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. I l

pertes. Almagro fut mal reçu de Pedro de Los Rios <526 qui avait succédé à Pedrarias. Après avoir pesé la chose avec cette prudence froide et flegmatique qui paraît la première des vertus aux hommes incapables de concevoir et d'exécuter de grands desseins, il conclut qu'une expédition qui entraînait une perte si grande d'hommes ne pouvait être que funeste a une colonie naissante et faible. Non-seulement il défendit qu'on fît de nouvelles levées , mais il dépêcha un bâtiment pour ramener Pizarre et ses compagnons de l'île Gallo. Almagro et de Luque, très mécontents de ces mesures qu'ils n'avaient pu prévenir, et auxquelles ils n'osaient s'opposer, trouvèrent moven de faire savoir à Pizarre leurs sentiments. Ils l'exhortèrent à ne point abandonner un#^ entreprise sur laquelle toutes leurs espérances étaient fondées , et à ne point détruire l'unique ressource qu'ils eussent pour rétablir leur réputation et leur fortune, qui avaient déjà reçu l'une et l'autre une fâcheuse atteinte. Pizarre, avec l'inflexible obsti- il refuse de nation qui faisait son caractère, n'avait pas besoin d'être excité à persévérer dans l'exécution de son projet. Il refusa nettement d'obéir aux ordres du gouverneur de Panama, et employa toute son adresse et toute son éloquence pour engager ses compagnons à ne pas le quitter. Mais le souvenir des maux qu'ils avaient soufferts était si récent , et la pensée de revoir leur famille et leurs amis après une si longue

revenir.

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1526 absence se présentait d'une manière si séduisante à leur esprit, que Pizarre ayant tiré sur le sable avec son épée une ligne au-delà de laquelle ceux qui voudraient retourner à Panama devaient passer , il n'y eut que treize de ses anciens soldats ' qui eurent le courage de rester avec lui \

Ce petit nombre d'hommes déterminés , dont les historiens espagnols ont conservé les noms avec les éloges qu'ils méritent, et à qui l'Espagne est redevable de ses plus belles possessions en Amérique, s'établirent dans l'île de la Gorgonne. Cette île , plus éloignée de la côte que l'île de Gallo et toutà-fait inhabitée, leur parut une retraite plus sûre où ils pourraient attendre avec plus de tranquillité les secours que leurs associés devaient leur procurer. Almagro et de Luque ne les servirent pas avec négligence, et leurs importunités furent secondées par la voix de toute la colonie. On disait qu'il était honteux d'abandonner de braves gens , engagés dans une entreprise utile et glorieuse à la nation, et à qui l'on ne pouvait reprocher que l'excès de leur zèle et de leur courage , et de les laisser périr comme des criminels dans une île déserte. Vaincu par les plaintes et les sollicitations , le gouverneur consentit enfin à envoyer un petit vaisseau à la

(i) Robertson a pris ici pour guide Garcilaso de la Vega; suivant Zarate, il ne resta que douze hommes avec Pizarre. ( D. L. R.)

(2)Herrera, Decad, III, lib. X, cap. 2,3. Zarate, Ub.I.cap. 2. Xérès, 181. Gomara , H'ist. chap. 109.

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