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dont leur pays était couvert , plus semblables à des 1552 animaux sauvages qu'à des hommes. Après avoir lutté pendant plusieurs siècles contre les maux inséparables de cette barbarie , et lorsque rien ne semblait annoncer pour eux les approches de la civilisation, un homme et une femme d'une figure majestueuse et décemment vêtus leur apparurent, dit-on , sur les bords du lacTitiaca. Ces deux personnages s'annoncèrent comme enfants du soleil. Cette divinité bienfaisante avait , dirent-ils , regardé d'un œil de compassion les maux de la race humaine , et les envoyait pour l'instruire et la réformer. Leurs exhortations, fortifiées par le respect qu'inspirait la divinité au nom de laquelle ils parlaient , déterminèrent plusieurs de ces sauvages errants à se réunir : ils recurent comme des ordres du ciel les instructions de ces êtres extraordinaires, et les suivirent à Cusco, où ils s'établirent et jetèrent les fondements d'une ville.
Manco-Capac et Mama-Ocollo (tels étaient les noms de ces prétendus enfants du soleil), ayant ainsi rassemblé plusieurs tribus errantes ' , établirent parmi les Péruviens cette union sociale qui , en multipliant les objets de désirs et en combinant les efforts de l'espèce humaine , excite l'industrie
(i) Suivant les traditions péruviennes, rapportées par l'incas Garcilaso (Je la Vega, Manco-Capac commença à établir son empire quatre cents ■mis environ avant l'arrivée des Espagnols. (F>. L. Rj
4532 et amène les progrès de tous les genres. Manco-Ca- % pac instruisit les hommes dans l'agriculture et dans les autres arts utiles. Mama-Ocollo enseigna aux femmes l'art de filer et celui de faire des tissus. Par le travail d'un sexe , la subsistance devint moins précaire ; celui de l'autre rendit la vie plus douce. Après avoir pourvu aux objets de première nécessité pour une société naissante, c'est-à-dire à la nourriture , au vêtement , et à l'habitation du peuple grossier qu'il avait pris sous sa conduite , Manco- Capac s'occupa de rendre leur félicité durable en leur donnant une police et des lois. Ses institutions, dont nous parlerons dans la suite avec plus d'étendue , fixèrent les différents rapports des hommes entre eux, et prescrivirent les devoirs qui en résultaient avec tant de propriété, que bientôt un peuple barbare et grossier acquit par degrés des mœurs et prit des idées de décence. Les fonctions des personnes chargées de quelque administration et revêtues de quelque autorité furent réglées avec tant de précision, et la subordination de leurs inférieurs fut si bien établie, que la société à laquelle Manco- Capac présidait ne tarda pas à ressembler à un état politique régulier et bien gouverné.
C'est ainsi, selon la tradition des Péruviens, que fut fondé l'empire des incas ou seigneurs du Pérou. Peu considérable à son origine, il ne s'étendait pas au-delà de huit lieues de Cusco. Mais dans
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ces bornes étroites Manco-Capac exerça une auto- i ... rite absolue. Ses successeurs, à mesure que leur domination s'étendit , s'arrogèrent les mêmes droits sur leurs sujets. Leur despotisme était aussi absolu que celui des souverains de l'Asie. Les incas étaient respectés, non-seulement comme des monarques, mais comme des divinités. Leur sang était regardé comme sacré , et ne fut jamais souillé par aucun mélange , tout mariage étant défendu entre le peuple et la race des incas. Leur famille , demeurant ainsi séparée du reste de la nation, en était distinguée par l'habillement et par des ornements qu'il était défendu à tout autre de porter. Le monarque ne se montrait lui-même qu'avec des marques de sa royauté , dont l'usage était réservé a lui seul , et recevait de ses sujets des témoignages d'un respect qui allait presque jusqu'à l'adoration.
Mais entre les mains des monarques péruviens ce pouvoir sans bornes fut, dit-on, toujours uni à un soin tendre pour le* bonheur de leurs sujets. Si l'on en croit les Indiens, ce n'est pas la passion des conquêtes qui poussa les incas à étendre leur empire, mais le désir de répandre les avantages de la civilisation et les connaissances des arts parmi les peuples barbares qu'ils soumettaient. Pendant une succession de douze rois ', aucun in*
(t) Cieça de Léon, Cron. cap. 44. Herrera, Decad. 111, lib. X, cap. 4 ; Decad. V, lib. 111, cap. 17.
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j|532"- s'écarta, disent-ils, de ce caractère de bienfaisance.
Lorsque les Espagnols abordèrent pour la première fois à la cote du Pérou , en 1 5s6 , Huana-Capae, le douzième monarque depuis la fondation de l'empire, était sur le trône. On nous le représente comme un prince qui réunissait les talents militaires aux vertus pacifiques qui distinguaient ses aïeux. Il soumit le royaume de Quito * conquête qui doubla presque le pouvoir et l'étendue de l'empire. Il voulut résider dans la capitale de cette belle province , et , contre la loi ancienne et fondamentale de la monarchie , qui défendait de souiller le sang royal par aucune alliance étrangère, il épousa la fille du roi de Quito, qu'il avait vaincu. Il en eut un fils, nommé Atahualpa, à qui il laissa ce royaume à sa mort, qui paraît avoir eu lieu à Quito vers 1^29 2. Huascar , son fils aîné , par sa mère , qui était du sang royal, eut pour son partage le reste de ses états. Quel que fût le respect des Péruviens pour la mémoire d'un monarque qui avait régné avec plus de gloire qu'aucun de ses prédécesseurs , la disposition d'Huana-Capac pour la succession à l'empire parut si contraire à une maxime aussi ancienne
(i) Ce fut, suivant. Gare, de la Vega, pendant la vie de son père, Capac-Inca-Yupanqui, que Huana ou Huayna-Gapac soumit le royaume de Quito. (D. L. R.)
(2) En i5s3, suivant X Art de vérifier les dates, t. X , p. t53.