LIVRE SIXIÈME. l3l
que la monarchie et fondée sur une autorité regar- 4 55-2 dée comme sacrée , qu'elle excita à Cusco un mécontentement général. Huascar, encouragé par les dispositions de ses sujets , voulut que son frère renonçât au royaume de Quito et le reconnût pour son souverain. Mais le premier soin d'Atahualpa avait été de s'attacher un gros corps de troupes qui avait accompagné son père à Quito. C'était l'élite des guerriers péruviens , et Huana-Capac leur devait toutes ses victoires. Appuyé de ce secours, Atahualpa éluda d'abord la demande de son frère et marcha bientôt après contre lui à la tête d'une armée.
C'est ainsi que l'ambition de deux jeunes princes , dont l'un avait pour lui l'ancienne loi du Pérou , et l'autre les forces de l'empire, précipita cet état dans les malheurs d'une guerre civile, dont il avait été exempt jusque là sous une suite de princes vertueux. Dans une telle situation , l'événement n'était pas difficile à prévoir : la force des armes l'emporta sur l'autorité des lois. Atahualpa demeura victorieux et abusa cruellement de sa victoire. Convaincu luimême de la faiblesse de ses droits à la couronne, il entreprit d'éteindre la race royale en faisant périr tous les enfants du soleil descendus de Manco-Capac, dont il put parvenir à s'emparer, soit par la force soit par ruse. Il conserva la vie à son infortuné rival. Huascar, fait prisonnier dans la bataille qui
i3a histoire de l'Amérique.
1532 avait décidé du sort de l'empire, fut épargné par
un motif de politique , afin qu'Atahualpa , donnant
des ordres au nom de son frère, pût établir plus
aisément sa propre autorité1.
Favorable Lorsque Pizarre débarqua dans la baie de Saint-
aux progrès ]\latliîeu cette guerre civile était dans toute sa vio-
des Espagnols. °
lence. Si , dans sa première expédition , en 1 026 , il eût attaqué ce pays , il aurait eu en tête les forces d'un grand état réunies sous un monarque habile, courageux, et qu'aucun autre soin n'eût détourné . Mais alors les deux compétiteurs , en apprenant l'arrivée et les violences des Espagnols, étaient si occupés d'une guerre plus intéressante pour chacun d'eux, qu'ils donnèrent peu d'attention aux mouvements d'un ennemi qui leur semblait trop faible pour les alarmer, et qu'ils croyaient pouvoir arrêter facilement dès qu'ils en auraient le loisir. Pizarre en Ce concours heureux de circonstances que Pi- ' sa~ zarrene pouvait prévoir et dont il ne put être instruit que fort tard, par la difficulté de communiquer avec une nation dont il ignorait la langue , lui laissa la facilité de pousser ses opérations presque sans obstacles, et d'arriver jusqu'au centre de l'empire avant qu'on eût fait un seul effort pour l'arrê-
(1) Zarate, lib. 1, cap. i5. Vega, i, lib. IX, cap. rx et 32-40. Hci rera, Decad. V, lib. I, cap. ■?. ; lib. 111, cap. 17.
(2) Si Hûana-Capae élail mort en i5?.3, ainsi qu'on le voit dans Y Art de vérifier les dates, toules les réflexions de Roberlson seraient sans base. (D. L. K.)
variée.