LIVRE SIXIÈME. I
défenses Pizarre vit arriver un si grand nombre 153: d'aventuriers, qu'en se mettant en marche pour Cusco, il se trouva à la tête de cinq cents hommes, après avoir laissé à Saint-Michel une garnison imposante sous le commandement de Benalcazar. Les Péruviens avaient assemblé plusieurs gros corps de troupes pour s'opposer à ses progrès. On livra plusieurs combats , qui se terminaient comme toutes les actions entre les Européens et les Américains; il y avait un petit nombre d'Espagnols tués ou blessés , et les Américains étaient mis en fuite chaque fois avec un grand carnage. A la fin Pizarre entra dans Cusco et en prit possession. Les trésors qu'on y trouva, reste de ce que les Péruviens avaient détourné ou caché , soit par une vénération superstitieuse pour les ornements de leurs temples , soit en haine de leurs avides vainqueurs , excédèrent en valeur ce que ces derniers avaient reçu pour la rançon d'Atahualpa. Mais , comme les Espagnols étaient à cette époque familiarisés avec la richesse du pays et que le butin fut partagé entre un plus grand nombre d'aventuriers , ce partage , malgré la part considérable qui fut distribuée à chacun , n'excita pas le même étonnement que le premier '.
Pendant cette marche à Cusco , le fils d'Atahualpa, que Pizarre traitait comme incas, vint à mourir; et comme les Espagnols ne lui substi-
(i) Voyez la note 20.
4 553 tuèrent personne, les droits de Manco-Capac au
trône parurent être alors universellement reconnus \
Conquête Tandis que les troupes de Pizarre étaient ainsi
' e , par occupées , Benalcazar , gouverneur de Saint-Michel ,
j5enalcazar.
officier brave et entreprenant, rougissait de son inaction et brûlait de se signaler parmi les conquérants du Nouveau -Monde. Un corps de troupes fraîches , arrivé fort à propos de Panama et de Nicaragua, le mit en état de satifaire sa passion pour les entreprises. Après avoir laissé des forces suffisantes pour la sûreté de l'établissement naissant confié à ses soins, il se mit à la tête du reste a et partit dans l'intention de soumettre Quito , où , selon le rapport des Péruviens, Atahualpa avait laissé la plus grande partie de ses trésors. Il y avait une grande distance de Saint-Michel à cette ville , et la marche était pénible dans un pays montagneux et couvert de bois ; il fut souvent et vivement attaqué par les meilleures troupes du Pérou, conduites par un chef habile. La valeur, la bonne conduite et la constance de Benalcazar surmontèrent tous les obstacles et il entra victorieux dans Quito. Mais il éprouva une grande mortification. Les habitants , connaissant par leurs malheurs mêmes la passion dominante de leurs ennemis et le moyen de la tromper,
(i) Herrcra , Decad. V, lib.-V, cap. 2.
(2) Cent quarante hommes tant d'infanterie que de cavalerie, selon H errera; deux cents hommes dont quatre- vingts cavaliers, selon Zaratc.