LIVRE SIXIÈME
peuples de Cusco et des pays adjacents reconnurent ii>35 comme incas Manco-Capac, frère d'Huascar1. Mais ni l'un ni l'autre de ces souverains n'eut l'autorité de ses prédécesseurs. Les convulsions violentes qui avaient agité l'empire, d'abord dans la guerre civile des deux frères , et ensuite depuis le moment de l'invasion des Espagnols , avaient non-seulement troublé l'ordre établi dans l'administration intérieure , mais presque brisé tous les ressorts du gouvernement. Lorsque les Péruviens virent leur monarque au pouvoir des étrangers et périssant enfin d'une mort honteuse, le peuple des différentes provinces s'abandonna aux plus grands excès , se regardant comme affranchi désormais de toute la contrainte des lois et des mœurs \ Atahualpa avait fait périr un si grand nombre des descendants du soleil et les avait traités avec tant d'indignité, que l'ascendant des incas sur les peuples était fort affaibli et le respect qu'on avait pour cette race sainte sensiblement diminué. Encouragés par ces circonstances , des hommes ambitieux s'élevèrent en différentes parties de l'empire , et aspirèrent au pouvoir suprême sans être de la race des incas. Le général qui commandait pour Atahualpa , dans Quito , saisit le frère et les enfants de son maître, les fit mourir dans les supplices, et, rejetant toute liaison
(0 Vega, p. 2, lib. Il, cap. 7,
(2) Herrera, Decad. V, lib. II, cap, 12; lib. III, cap. 5,
l56 HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
-1535 avec l'un et l'autre incas, se forma pour lui-même un royaume séparé l.
pizarres'a- Les Espagnols virent avec grand plaisir la discorde s'établir parmi les Péruviens et la vigueur du gouvernement se relâcher. Ils considérèrent ces
vance vers Cusco.
désordres comme les avant-coureurs de la disso-
lution prochaine de l'état. Pizarre n'hésita plus à s'avancer vers Cusco. Il avait reçu des renforts si considérables qu'il pouvait désormais sans danger pénétrer dans l'intérieur du pays. Le partage des trésors de Caxamalca avait produit les effets qu'il avait prévus. Dès que son frère Ferdinand et les officiers et soldats à qui il avait permis de quitter le service en emportant leur part du butin , furent arrivés à Panama et eurent étalé aux yeux de leurs compatriotes étonnés les trésors qu'ils apportaient, la renommée de leurs victoires et de leurs richesses se répandit dans tous les établissements espagnols de la mer du Sud , et y produisit un si grand effet , que les gouverneurs de Guatimala, de Panama et de Nicaragua eurent beaucoup de peine à retenir les Espagnols de leurs districts, qui voulaient tous abandonner leurs possessions pour se porter en foule à cette source inépuisable de richesses qui venait de s'ouvrir au Pérou \ Malgré toutes les
(i) Zarate, lib. II, cap. 8. Vega,/>. 2, lib. II, cap. 3,4- (2) Gomara, Hist. cap. 12 5. Vega, p. 2, lib. II, cap. 1. Herrera , Dccad. V, lib. III t cap. 5.