‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 83 sur 175 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

silence et le secret dont les Américains sont peut- y,53G être seuls capables.

L'incas avait déjà fait quelques tentatives infruc- Et ses Pr°tueuses pour s'échapper des mains des Espagnols, lorsque Ferdinand Pizarre , étant venu à Cusco , lui accorda la permission d'assister à une grande fête qui devait se célébrer à quelques lieues de la capitale ■ . Sous le prétexte de cette solennité , les hommes les plus considérables de l'empire s'étaient rassemblés. Dès que l'incas les eut joints, l'étendard de la guerre fut déployé, et, en peu de temps, tous les guerrierà de la nation furent en armes, depuis les confins de la province de Quito jusqu'aux frontières du Chili. Beaucoup d'Espagnols, qui vivaient tranquilles dans les possessions qu'ils avaient obtenues, furent massacrés. Différents détachements, marchant sans précaution dans une contrée qui paraissait entièrement soumise au joug , furent exterminés. Une armée de deux cent mille hommes, si nous en croyons les historiens espagnols , attaqua Cusco. Les trois frères s'y défendirent avec cent soixante-dix Espagnols seulement2. Un autre corps considérable d'Indiens investit Lima et y tint les Espagnols étroitement renfermés. Des troupes nombreuses de Péruviens répandus dans tout le pays interceptaient tous les courriers, et comme toute communication était interrompue entre Cusco et Lima,

(r) Voyez la note 23. (2) Voyez la note 24.

155G les Espagnols, dans l'une et dans l'autre de ees villes, ignoraient également le sort de leurs compatriotes, et, supposant les événements les plus funestes, se croyaient les seuls échappés à la destruction de leur nation au Pérou '.

siège de Ce fut contre Cusco que se fit le plus grand effort Cusco. (jes Indiens. L'incas à la tête d'une nombreuse armée en forma le siège, qui fut suivi pendant neuf mois avec la plus grande ardeur. Les Péruviens n'y déployèrent pas au même degré le courage féroce des guerriers mexicains ; mais ils conduisirent quelquesunes de leurs opérations avec plus de sagacité , et montrèrent plus d'aptitude à acquérir les connaissances de l'art militaire. Ils avaient observé l'avantage que les Espagnols retiraient de la discipline et de leurs armes : ils s'efforcèrent d'imiter la première , et ils tournèrent les armes européennes contre leurs ennemis. Ils armèrent un corps nombreux de leurs plus braves guerriers avec les épées , les piques et les boucliers qu'ils avaient pris aux Espagnols tués dans les différentes parties du pays. Ils avaient remarqué que les Espagnols combattaient serrés et tiraient de là leur plus grande force dans l'action ; ils s'exercèrent à combattre de la même manière. Quelques-uns osèrent manier les mousquets et acquirent assez d'adresse pour s'en servir.

(t.) Vega, p. 1. lib. II, cap. 28. Zarate, lib. III ', cap. 3. Cieça de Léon, cap. 82. Gomara, Hist.cap. i35. Herrera, Decad. V, lib. VIII,

cap. 5.

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