‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 84 sur 175 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Les plus hardis, parmi lesquels était Manco-Capac 1536 lui-même , montaient les chevaux qu'ils avaient pris et s'avançaient hardiment, la lance en arrêt, pour charger les cavaliers espagnols. C'était cependant hien plus par leur nombre que par ces imitations imparfaites et cet usage maladroit des arts et des armes des Européens que les Péruviens fatiguaient les Espagnols \ Manco-Capac se mit en possession d'une moitié de sa capitale, malgré la valeur désespérée avec laquelle les Pizarre défendirent Cusco. Il en fut à la vérité chassé ensuite ; mais les Espagnols y perdirent Jean Pizarre , le plus aimé des trois frères, et quelques autres officiers de distinction. Excédés par les fatigues d'un service qui ne leur laissait aucun moment de repos, manquant de vivres , et désespérant de résister plus long-temps à des ennemis dont le nombre augmentait tous les jours, les soldats de Pizarre avaient résolu d'abandonner Cusco, dans l'espérance de rejoindre leurs compagnons , s'il en existait encore qui eussent échappé aux Péruviens , ou de s'ouvrir un chemin au travers des ennemis , et de gagner la mer , où ils trouveraient quelque moyen de quitter un pays devenu le tombeau de leur nation \

La nouvelle de la révolte générale des Péruviens Arrivée aurait suffi pour engager Almagro à quitter le Chili

(i) Voyez la note 2 5.

(2) Herrera, Decad. V, lib. VIII, cap. 4.

d' Almagro.

4 536 afin d'aller au secours de ses compatriotes; mais il fut porté à cette résolution par un motif moins généreux et plus intéressé. Le même messager par lequel il apprenait la situation des affaires au Pérou lui apportait la patente royale qui le créait gouverneur du Chili et fixait les limites de son gouvernement. D'après cette patente , Cusco lui parut évidemment compris dans l'étendue de son département , et il eut dès lors autant d'ardeur pour ôter aux Pizarre la possession de cette capitale que pour empêcher les Péruviens de s'en emparer. Impatient d'exécuter ce double projet, il hasarda de retourner par une nouvelle route au travers des plaines sablonneuses de la côte. Dans cette marche il souffrit de la chaleur et de la soif, presque autant qu'il avait souffert du froid et de la faim , en traversant les sommets des Andes.

4537 H arrivait a Cusco dans un moment critique. Les

Ses opéra- Espagnols et les Péruviens en le voyant approcher

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éprouvèrent une égale inquiétude. Ceux-là , instruits de ses prétentions , qu'il ne prenait pas la peine de cacher, délibéraient s'ils le traiteraient comme un libérateur ou comme un ennemi. Ceux-ci , connaissant le sujet de la querelle des deux partis , se flattaient qu'il y avait pour eux plus à espérer qu'à craindre des opérations d'Almagro. Àlmagro luimême , mal instruit des événements qui s'étaient passés pendant son absence , et voulant connaître avec

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