‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 85 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. I

plus d'exactitude l'état des affaires, avançait vers 4 537 la capitale avec beaucoup de lenteur et de circonspection. Des négociations s'entamèrent entre tous les partis. L'incas s'y conduisit avec beaucoup d'adresse. Il s'efforça d'abord de gagner l'amitié d'Almagro ; mais , après plusieurs tentatives sans succès , désespérant de former jamais une union sincère avec un Espagnol, il l'attaqua par surprise avec un corps nombreux et cboisi. La discipline et la valeur des Espagnols triomphèrent. Les Péruviens furent repoussés avec une si grande perte qu'une grande partie de leur armée se dispersa et qu'Almagro put s'avancer librement jusqu'aux portes de Cusco.

Les Pizarre n'ayant plus à combattre les Péru- il prend viens portèrent toute leur attention sur ce nouvel ^ ennemi et prirent des mesures pour lui fermer l'entrée de la capitale. Cependant la prudence empêcha pendant quelque temps les deux partis de tourner leurs armes l'un contre l'autre , tant qu'ils furent environnés d'ennemis communs qui se seraient réjouis de leurs pertes. On proposa différents plans de conciliation. Chacun des chefs s'efforçait de tromper l'autre ou d'attirer à soi ses soldats. Le caractère ouvert , affable et généreux d'Almagro lui gagna plusieurs partisans des Pizarre, révoltés des manières dures et impérieuses de ces chefs. Encouragé par cette défection , Almagro

-1 537 s'avança de nuit vers la ville , surprit quelques sentinelles, gagna les autres, et, environnant la maison qu'habitaient les deux frères , il les força , après une défense opiniâtre, de se rendre à discrétion. Les prétentions d'Almagro sur Cusco furent universellement reconnues , et une forme d'administration y fut établie en son nom '.

Guerre ci- \\ n'y eut qUe deux ou trois Espagnols tués dans

vile et succès . v , .,. , , , . .,

d'Almagro ces Premieres hostilités de la guerre civile; mais elles furent bientôt suivies de scènes plus meurtrières. François Pizarre , ayant dispersé les Péruviens qui investissaient Lima et reçu de l'Espagnole et de Nicaragua des renforts considérables, envoya cinq cents hommes sous les ordres d' Alonzo d'Alvaradopour délivrer ses frères et la garnison de Cusco, dans le cas où ils n'auraient pas succombé sous les attaques des Péruviens. Ce corps, qu'on pouvait regarder comme une force imposante dans l'enfance de la puissance espagnole en Amérique , s'avança jusqu'à une petite distance de la capitale, avant de soupçonner qu'il pût avoir à combattre d'autres ennemis que les Indiens. Ce fut un grand étonnement pour ces Espagnols de voir leurs compatriotes postés sur les bords de la rivière d'Abançay, décidés à leur en fermer le passage. Almagro cependant, plus jaloux de les attirer à son parti que

(i ) Zarate, lib. III, cap. 4 Vega, p. 2 , lib. II, cap. ag-3 1 . Gomara, Hist. cap, 134. Herrera, Decad. VI, lib II, cap. i-S.

Page 1