‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 88 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. J -yC · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. J -yC

filés qu'on trouve dans la branche des Andes qui ^533 s'étendait entre eux et la capitale. Almagro, au lieu de suivre le conseil de quelques-uns de ses officiers qui voulaient qu'il essayât de défendre ces passages difficiles, attendit son ennemi dans la plaine de Cusco. Deux raisons semblent l'avoir conduit à prendre cette résolution. Il n'avait guère que cinq cents hommes , et il craignait de s'affaiblir encore en envoyant des détachements dans les montagnes ; et, comme sa cavalerie était plus nombreuse et mieux disciplinée que celle des Pizarre, il ne pouvait tirer un grand parti de cet avantage qu'en combattant dans un pays découvert.

Les Pizarre s'avancèrent sans rencontrer d'autres Son armée

î.i • 1 1 . 1 marche à Cus-

obstacles que ceux qui venaient de la nature des contrées horribles et désertes qu'il fallait traverser. Aussitôt qu'ils furent dans la plaine, les deux partis montrèrent une impatience égale de terminer enfin une querelle qui durait depuis si long-temps. Compatriotes, anciennement amis , sujets du même souverain et marchant chacun sous l'étendard d'Espagne , ils voyaient les montagnes qui environnaient la plaine couvertes d'Indiens assemblés pour jouir du plaisir de les voir s'égorger les uns les autres, et prêts à attaquer ensuite le parti demeuré vainqueur; mais tous ces motifs ne pouvaient l'emporter sur la haine cruelle dont ils étaient animés. Il ne se donna de part ni d'autre aucun conseil de paix ;

co.

défait.

l8o HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

^i 558 il ne se fit pas une proposition d'accommodement. Malheureusement pour Almagro son âge avancé ne lui permettait plus de supporter les grands travaux, et, dans ce moment critique, épuisé par les fatigues et privé de son activité ordinaire , il fut obligé de confier le commandement de ses troupes à Orgognez, qui, quoique excellent officier, n'était pas aussi aimé des soldats et n'avait pas autant d'ascendant sur leur esprit que le chef qu'ils étaient accoutumés à suivre et à respecter.

^6 avril. XiG combat fut terrible et se soutint des deux

Almagro est a . / ' 1 a 1 • . 1

cotes avec un courage égal. Almagro avait un plus grand nombre de vieux soldats et plus de cavalerie ; mais ces avantages étaient balancés du coté de Pizarre par le nombre et par deux compagnies de mousquetaires bien disciplinés que l'empereur avait envoyées d'Espagne sur la nouvelle de la révolte des Indiens ' . L'usage des armes à feu n'était pas encore très commun en Amérique parmi des aventuriers, qui s'équipaient sans beaucoup de soin et à leurs propres frais2. Cette petite troupe, armée régulièrement et bien disciplinée, décida la journée. Partout ou elle se portait , un feu bien conduit et bien soutenu renversait tout ce qu'elle trouvait devant elle, cavalerie et infanterie. Et Orgognez, s'efforçant de rallier et de ranimer ses troupes, ayant

(r) Herrera, Decad. VI, ïïh. III, cap. 8. (2) Zaratc, Uh. Tff, cap. 8.

Page 1