LIVRE SIXIÈME. l8l
reçu une blessure dangereuse , la déroute devint 1 538 générale '. La cruauté des vainqueurs souilla la gloire d'une victoire si complète. La fureur qu'inspire ordinairement la guerre civile portait les uns à massacrer leurs compatriotes sans distinction et sans remords; un sentiment de basse vengeance poussait les autres à égorger leurs ennemis particuliers.
Orgognez et plusieurs officiers de distinction furent tués de sang froid. Plus de cent quarante soldats périrent sur le champ de bataille , nombre considérable dans une action entre deux petits corps, terminée en fort peu de temps. Almagro, trop faible pour se tenir à cheval, voulut qu'on le portât en litière sur une hauteur d'où il pouvait voir le champ de bataille. Il fut témoin des divers mouvements des deux armées avec la plus vive inquiétude , et vit enfin la défaite totale de ses troupes avec l'indignation d'un vieux capitaine long-temps Et pris, accoutumé à vaincre. Il tenta de se dérober par la fuite ; mais il fut fait prisonnier et gardé avec toute la vigilance possible 2.
(i) Cette bataille se donna dans la plaine de Cachipampa, à une demilieue de Gusco, suivant Herrera; et comme on trouve des salines dans cette plaine, cette bataille a reçu le nom de las Salinas. Ce fut le 26 avril, i538 selon Zarate, et le 6 du même mois selon Garcilaso de la Vega. Hist. gen. del Peru, cap. XXXI. Ce dernier prétend que c'est par une faute des imprimeurs ou des copistes que d'autres historiens ont dit qu'elle se donna le 26. (D. L. R. )
(2) Zarate,/^. ///, cap. 11, 12. Vega,^?. n, lib.ll, cap. 36-38. Herrera, Decad. VI, lié. III, cap. 10-12 ; lia. IV, cap. 1-6.