‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 96 sur 175 · LIVRE SIXIÈME. I g · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. I g

menses qui s'étendent à l'est depuis les Andes jus- 45^0 qu'à l'Océan'.

Il n'y a point de termes qui puissent exprimer situation fâ la consternation de Pizarre lorsqu'arrivé au con- clleuse de Plfluent du Napo et du Maragnon, où il avait enjoint à Orellana de l'attendre, il n'y trouva pas la barque. Il ne put croire qu'un homme à qui il avait confié l'exécution d'un ordre si important eût assez de bassesse et d'ingratitude pour l'abandonner dans une pareille situation. Ne le trouvant pas au lieu du rendez-vous, il attribua son absence à quelque accident. Il s'avança jusqu'à cinquante lieues plus loin , en suivant les bords du Maragnon , espérant à chaque moment de voir la barque revenir chargée de provisions. Enfin il reconnut dans ces déserts un officier espagnol qui y avait été abandonné pour avoir eu le courage de faire des remontrances à Orellana contre sa perfidie. Pizarre apprit de lui toute l'étendue du crime d'Orellana , et ses compagnons comprirent toute l'horreur de leur situation dans ce moment où ils se virent privés de leur unique ressource. Le courage des plus hardis et des plus anciens vétérans fut abattu , et tous demandèrent à retourner à l'instant même sur leurs pas. Pizarre, affectant d'être tranquille, ne com-

(1) Zarate, lib. IV. cap. 4. Gomara, Hist. cap. 86. Vega, />. n, lib. III, cap. 4. Herrera, Decad. VI, lib. IX, cap. 2-5. Rodriguez, El Maragnon j Amazonas, lib. /, cap. 3.

ig4 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.

4 540 battit pas leurs désirs; mais il se trouvait alors à douze cents milles de Quito , et , dans leur retour, les Espagnols eurent à vaincre des difficultés plus grandes encore que celles qu'ils avaient rencontrées dans leur première route, sans être soutenus par les espérances qui les animaient alors. La faim les contraignit de se nourrir de racines et de baies sauvages, de manger leurs chevaux, leurs chiens, les reptiles les plus dégoûtants et enfin jusqu'au cuir de leurs selles et de leurs ceinturons. Quatre mille Indiens et deux cent dix Espagnols périrent dans cette expédition malheureuse , qui dura pendant près de deux ans , et , comme Orellana en avait emmené cinquante, il n'en revint que quatre-vingts à Quito , nus comme des sauvages , et si exténués par la faim et la fatigue qu'ils ressemblaient plus à des spectres qu'à des hommes \ Méconten- Mais , au lieu de jouir du repos que son état eût demandé , Pizarre de retour à Quito y apprit un événement fatal qui le menaçait de malheurs plus grands encore que ceux qu'il venait d'éprouver. Depuis que son frère avait partagé ses conquêtes entre ses compagnons avec la partialité que nous avons fait remarquer plus haut , les partisans d'Almagro, se considérant comme proscrits par le parti

(i) Zarate, lib. IV, cap. 2-5. Vega , p. 1 1 , lib. 111, cap. 3 , 4 , 5 , i4- Herrera, Decad. VI, lib. VIII, cap. 7,8; lib. IX, cap. 2-5 ; Decad. VII, Ub. III, cap. i£. Pizar. Varones. Illust. 349, etc.

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