Histoire de l'Amérique
Vingt-six ans s'étaient écoulés depuis que Colomb Quelles avait conduit les Européens dans le Nouveau-Monde , e™tk à et pendant cet intervalle les Espagnols avaient fait l'Amérique de grands progrès dans l'exploration de ses diffé- eja con" rentes parties. Ils avaient visité toutes les îles dispersées en groupes sur cette partie de l'Océan qui s'étend entre l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud. Ils avaient navigué le long de la cote orientale du continent depuis la rivière de la Plata jusqu'au fond du golfe du Mexique , et avaient reconnu qu'elle s'étendait sans interruption à travers cette vaste portion du globe. Ils avaient découvert la grande mer du Sud qui ouvrit une nouvelle perspective de ce côté. Ils avaient reconnu en partie les cotes de la Floride , ce qui les conduisit à observer et à suivre le continent dans une direction opposée; et, quoiqu'ils n'eussent pas poussé leurs découvertes plus il. i
loin vers le nord , d'autres nations avaient visite les parties que les Espagnols avaient négligées. Les Anglais , dans un voyage dont on rapportera ailleurs les motifs et le succès , avaient navigué le long de la côte d'Amérique depuis la terre de Labrador jusqu'aux confins de la Floride; et les Portugais, en cherchant un passage plus court aux Indes orientales , s'étaient aventurés dans les mers du Nord et avaient reconnu les mêmes régions1. Ainsi a cette époque où je nie suis proposé d'examiner l'état du Nouveau-Monde , on en connaissait presque entièrement l'étendue, depuis son extrémité septentrionale jusqu'au trente-cinquième degré au sud de l'équateur; mais les pays qui s'étendent de là jusqu'à l'extrémité méridionale de l'Amérique, le grand empire du Pérou et les parties intérieures des vastes domaines soumis au souverain du Mexique , n'étaient pas encore découverts.
Vaste éten- En fixant nos regards sur le continent d'Amérique , la première circonstance qui nous frappe est son immense étendue. La découverte de Colomb ne s'est pas bornée à nous faire connaître une portion de terre qui, par le peu d'espace qu'elle occupe sur le globe , avait pu échapper aux recherches des siècles précédents. On lui doit la connaissance d'un nouvel hémisphère, plus vaste que l'Europe, l'Asie ou l'Afrique, les trois divisions connues de l'ancien conti-
(i) H errera, Ùecad. /, lih. II, cap. H>.
due du Nouveau-Monde.
nent, et dont l'étendue est presque égale au tiers du globe habitable1.
L'Amérique est remarquable non-seulement par sa grandeur, mais encore par sa position. Elle se prolonge depuis le cercle polaire du nord jusqu'à une latitude très haute vers le sud, plus de quinze cents milles au-delà de l'extrémité la plus avancée de l'ancien continent vers le pôle antarctique. Une contrée d'une telle étendue comprend tous les climats propres à devenir l'habitation de l'homme et à fournir les différentes productions particulières aux régions tempérées ainsi qu'aux régions brûlantes du globe.
Après l'étendue du Nouveau-Monde , rien n'est plus fait pour frapper les regards d'un observateur que la grandeur des objets qu'il présente à la vuei Les ouvrages de la nature paraissent y porter l'empreinte d'une main plus hardie; elle semble avoir distingué les traits de ce pays par une magnificence particulière. Les montagnes d'Amérique sont beaucoup plus hautes que celles des autres divisions du globe 2 : la plaine même de Quito , qui peut être regardée comme la base des Andes , est plus élevée audessus du niveau de la mer que le sommet des Pyrénées. Cette chaîne étonnante des Andes, non moins remarquable par son étendue que par son
(1) Voyez la note 1.
(2) Voyez la note 2.
élévation , s'élève en différents endroits de plus d'un tiers de leur hauteur au-dessus du Pic de Ténériffe, la plus haute montagne de l'ancien hémisphère " . C'est des Andes qu'on peut dire à la lettre qu'elles cachent leur tête dans les nues : on entend souvent les tempêtes éclater et le tonnerre rouler au-dessous de leurs sommets, qui, tout exposés qu'ils sont aux rayons du soleil dans le centre de la zone torride , sont couverts de neiges éternelles 2.
Rivières. De ces hautes montagnes on voit descendre des rivières d'une largeur proportionnée et auxquelles les rivières de l'ancien continent ne peuvent être comparées, ni pour la longueur de leur cours, ni pour la masse énorme d'eau qu'elles roulent vers l'Océan. Les fleuves du Maragnon, de i'Orénoqueet de la Plata dans l'Amérique méridionale; ceux du Mississipi et de Saint-Laurent dans l'Amérique septentrionale, coulent dans des lits si spacieux, que, même long-temps avant d'éprouver l'influence de la marée, ils ressemblent plus à des bras de mer qu'à des rivières d'eau douce K Ucs. Les lacs du Nouveau -Monde ne sont pas moins
remarquables par leur grandeur que les montagnes et les rivières : il n'y a rien dans les autres parties du globe qui ressemble à cette chaîne prodigieuse de
(i) Voyez la note >■ (o.) Voyez la note .
(3) Voyez la note 5