‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 112 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. ifô · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. ifô

facilité les autres nations de l'Amérique. Les naturels de la zone tempérée sont les seuls peuples du Nouveau-Monde qui doivent leur liberté à leur propre valeur. Les habitants de l'Amérique septentrionale, quoique environnés depuis long- temps par trois puissances formidables de l'Europe , conservent encore une partie de leurs anciennes possessions et continuent d'exister comme nations indépendantes. Quoique le Chili ait été envahi de bonne heure par les Espagnols, les habitants sont toujours en guerre avec leurs vainqueurs et ont su par une résistance vigoureuse arrêter les progrès de leurs usurpations. Dans les pays plus chauds , les hommes étant d'une constitution plus faible ont aussi moins de vigueur dans l'esprit; leur caractère est doux, mais timide, et ils s'abandonnent davantage au goût de l'indolence et du plaisir. C'est en conséquence dans la zone torride que les Européens ont établi plus complètement leur empire sur l'Amérique : les plus belles et les plus fertiles provinces y sont soumises à leur joug ; et si plusieurs tribus y jouissent encore de l'indépendance , c'est parce qu'elles n'ont jamais été attaquées que par un ennemi rassasié de conquêtes et déjà en possession de territoires plus étendus qu'il n'en pouvait occuper, ou bien que , placées dans des cantons éloignés et inaccessibles , leur situation les a préservées de la servitude.

Quelque frappante que puisse paraître cette dis-

tinction entre les habitants des diverses régions d'Amérique , elle n'est cependant pas universelle. La disposition et le caractère des individus , ainsi que des nations, sont, comme je l'ai observé, plus puissamment affectés par les causes morales et politiques que par l'influence du climat. Par un effet de ce principe , il y a en différentes parties de la zone torride quelques tribus qui , pour le courage , la fierté et l'amour de l'indépendance , ne sont guère inférieures aux naturels des climats plus tempérés. Nous connaissons trop peu l'histoire de ces peuples pour être en état d'indiquer les circonstances particulières auxquelles ils doivent cette prééminence remarquable. Le fait n'en est pas moins certain. Colomb fut informé à son premier voyage que plusieurs des îles étaient habitées par les Caraïbes , hommes féroces , fort différents de leurs faibles et timides voisins. Dans la seconde expédition au Nouveau-Monde, il eut occasion de vérifier la justesse de cet avis* il fut lui-même témoin de la valeur intrépide de ces peuples1. Jls ont conservé invariablement le même caractère dans toutes les querelles postérieures qu'ils ont eues avec les Européens a ; et , même de notre temps , nous leur avons vu faire une vigoureuse résistance pour défendre la seule partie de territoire4 (jue la rapacité de leurs oppresseurs eût laissée en

(i) Vie de Colomb , chap. 47 , 4&- Voyez la note o3.

■>.) Rochfiforl , flist. des Antilles, 53l.

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