LIVRE QUATRIÈME
froid, cette influence est si sensible qu'elle frappe tous les yeux. Soit que nous considérions l'homme simplement comme un animal , ou comme un être doué de facultés intellectuelles qui le rendent propre à agir et à méditer, nous trouverons que c'est dans les régions tempérées de la terre qu'il a constamment acquis la plus grande perfection dont sa nature soit susceptible; c'est là que sa Constitution est plus vigoureuse , sa forme plus belle, ses organes plus délicats. C'est là aussi qu'il possède une intelligence plus étendue, une imagination plus féconde, un courage plus entreprenant, et une sensibilité d'ame qui donne naissance à des passions non-seulement ardentes, mais durables. C'est dans cette situation favorable qu'on l'a vu déployer les plus grands efforts de son génie dans la littérature , dans la politique , dans le commerce , dans la guerre , et dans tous les arts qui embellissent et perfectionnent la vie l .
Cette puissance du climat se fait sentir plus fortement chez les nations sauvages et y produit de plus grands effets que dans les sociétés policées. Les talents des hommes civilisés s'exercent continuellement à rendre leur condition plus douce ; par leurs inventions et leur industrie ils viennent à bout de remédier en grande partie aux défauts et aux inconvénients de toutes les températures. Mais le sau-
(t) Ferguson's , Essay on the hist. of civil society, part. III, cap. t.
l[\ 1 HISTOIRE DE l'aMJiRIQUF..
vage, dénué de prévoyance, est affecté par toutes les circonstances propres aux lieux où il vit; il ne prend aucune précaution pour améliorer sa situation; semblable à une plante ou à un animal, il est modifié par le climat sous lequel il est né et en éprouve l'influence dans toute sa force.
En parcourant les nations sauvages de l'Amérique , la distinction naturelle entre les habitants des régions tempérées et ceux de la zone torride est très remarquable. On peut en conséquence les diviser en deux grandes classes. L'une comprend tous les habitants de l'Amérique septentrionale depuis la rivière Saint-Laurent jusqu'au golfe du Mexique , avec les habitants du Chili et quelques petites tribus placées à l'extrémité du continent méridional. On rangera dans l'autre classe tous les habitants des îles et ceux des différentes provinces qui s'étendent depuis l'isthme de Darien jusque vers les limites méridionales du Brésil, le long du coté oriental des Andes. Dans la première classe l'espèce humaine se montre manifestement plus parfaite. Les naturels y sont plus robustes, plus actifs, plus intelligents et plus courageux. Ils possèdent au plus haut degré celte force d'ame et cet amour de l'indépendance que j'ai présentés comme les principales vertus de l'homme dans l'étal sauvage. Ils ont défendu leur liberté avec beaucoup de courage el de persévérance Contre les Européens, qui ont subjugué avec la plus grande