‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 161 sur 161 · NOTI S · texte numérisé non relu

NOTI S

clans une occasion, Decad. 2, lih. III, cap, 2 , et ce n'est pas la seule où sa partialité paraît manifestement. Cependant il a écrit avec tant de liberté sur plusieurs mesures prises par la cour d'Espagne . que les exemplaires de son histoire des Indes et de sa chronique furent retirés par un décret du conseil des Indes ; on les regarda même long-temps en Espagne comme des livres prohibés , et ce n'est que depuis peu qu'on a accordé la permission de les publier. Pinelo , Biblioth. pag. 589.

La Chronique de Gomara engagea Bernai Diaz del Castillo à composer son Hisloria verdadcra de la conquisla de la Nueva-Espagna. Compagnon de Cortez dans toutes ses batailles , il avait été de toutes les expéditions de la Nouvelle-Espagne , et s'était trouvé dans toutes les occasions périlleuses. Lorsqu'il vit que ni lui-même , ni la plupart de ses compagnons n'avaient été cités par Gomara , mais que l'honneur de leurs exploits était attribué à Cortez seul , ce brave vétéran prit avec indignation la plume et composa son Histoirevéridique. Elle contientunrécitminutieux, prolixe et confus de toutes les opérations de Cortez , dans un style aussi dur et aussi bas qu'on peut l'attendre d'un soldat non lettré. Mais comme il parle de faits dont il a été témoin et souvent un des principaux: acteurs, sa narration porte tous les caractères de la vérité ; elle est d'ailleurs écrite avec tant de naïveté , avec des détails si intéressants, avec une vanité si amusante , mais si pardonnable dans un vieux solda! qui (comme il s'en vante lui-même) s'est trouvé à cent

dix-neuf batailles , que son livre est un des plus curieux qu'on puisse lire dans quelque langue que ce soit. Pet. Martyr ab Angleria1 a fait le récit de l'expédition de Cortez , dans un traité De insulis nuper inventis, qu'il a joint à ses Décades De rébus oceanicis et novo orbe; mais il n'y parle que de ce qui arriva immédiatement après son premier débarquement. Cet ouvrage , qui est court et superficiel , paraît contenir des relations données par Cortez même , dans ses premières lettres , embellies de plusieurs particularités communiquées à l'auteur par les officiers chargés des dépêches de Cortez.

Mais le livre où les historiens modernes ont puisé le plus de faits , touchant la conquête de la Nouvelle- Espagne , c'est l' Historia de la conquista de Mexico , por D. Antonio de Solis , publié pour la première fois en 1684. Je ne connais point d'auteur que sa gloire littéraire ait plus élevé au-dessus de son mérite réel. Solis est regardé par ses compatriotes comme un des écrivains les plus purs dans la langue castillane ; et s'il est permis à un étranger de hasarder son opinion sur une matière dont les Espagnols seuls doivent être juges , j'ose dire qu'il a droit de prétendre à ce titre. Mais quoique son langage soit correct, sa diction n'est rien moins que claire. Ses phrases trop soignées ont souvent de la roideur et quelquefois de l'enflure ; les figures dont il se sert sont communes ou impropres, et ses réflexions superficielles. On pourrait cependant lui pardonner aisément ces défauts, si d'ailleurs il (i) Son véritable nom est Pietro Marthe d'Anghiera. (D. L. R.)

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n'était pas dépourvu de toutes les grandes qualités nécessaires à un historien. Privé de cette patience industrieuse qui conduit à la connaissance du vrai, et de l'impartialité qui pèse tout avec une attention réfléchie , il n'a cherché qu'à établir son système favori en faisant de Cortez un héros parfait, exempt de tout défaut et doué de toutes les vertus: ce qui l'a rendu moins attentif à découvrir la vérité qu'à rapporter tout ce qui pouvait contribuer à embellir son sujet. Toutes ses discussions critiques sont captieuses et fondées sur des faits controuvés. Quoiqu'il cite quelquefois les dépêches de Cortez , il paraît ne les avoir pas consultées , et quoiqu'il critique souvent Gomara, il n'en préfère pas moins son autorité , la plus suspecte de toutes, à celle des autres historiens contemporains. Mais de tous les auteurs espagnols , Herrera est celui qui nous a donné le récit le plus exact1 et le plus circonstancié de la conquête du Mexique et des autres événements de l'Amérique. L'attention aveclaquelle il a consulté non-seulement les livres , mais les papiers originaux et les actes publics qui pouvaient jeter quelque lumière sur l'objet de ses recherches , surtout l'impartialité et la candeur qu'il a mises dans ses jugements, rendent ses Décades fort précieuses, et doivent les faire ranger parmi les collections historiques les plus judicieuses et les plus utiles. On pourrait même ajuste titre le placer parmi les meilleurs histo-

(i) Robei'tson porte ailleurs un jugement différent sur Herrera, lorsqu'il <lit que eei historien s'attache à pallier les actions barbares de ses compatrioles. (D. L. R.)

riens de sa nation , sans Tordre chronologique trop scrupuleux qu'il a voulu observer dans les événements du Nouveau-Monde ; ce qui rend son ouvrage si diffus , si obscur et si décousu , que ce n'est qu'au moyen d'un travail pénible qu'on parvient à rassembler les diverses circonstances d'un fait. Au reste , il indique les sources où il a puisé pour composer son recueil. Decad. 6, lib. III, cap. 19\

Note xcvi, page 25o.

Cortez se proposait de suivre Ovando, lorsqu'il partit pour son gouvernement en 1502; mais il fut retenu par un accident. Comme il cherchait pendant une nuit fort obscure à entrer, par la fenêtre, dans la chambre à coucher d'une dame avec qui il avait une intrigue , un vieux mur sur lequel il était monté s'écroula , et Cortez fut si grièvement blessé qu'il lui fut impossible de faire le voyage. Gomara, Cronica de la Nueva-Espagna , cap. 1.

Note xcvn, page 252-.

Cortez avait deux mille pesos entre les mains d'Andrez de Duero, et en avait emprunté quatre mille.. Ces deux sommes réunies font environ trente-sept mille livres tournois ; mais la cherté des denrées en Amérique y rendait cette somme fort modique. H etrera , Decad. 2 , lib. III, cap. 2; B. Diaz , cap. 20.

Note xcvin, page 258.

Les noms de ces braves officiers, dont il sera souvent

(i) On pourrait joindre à cette nomenclature plusieurs autres ouvrages, notamment la Storià aiït&a dd Mewco de l'abbé Clavigero. (D.L.R..)

parlé dans cette histoire , sont Juan V elasqucz de Léon , Alonso-Hernandez Puertocarrero, Francisco de Montejo, Christoval de Olid, Juan de Escalante, Francisco de Morla , Pedro de Alvarado , Francisco de Salceda, Juan de Escobar, Ginez de Nortez. Cortez commandait en personne le vaisseau amiral. Francisco de Orozco , officier formé dans les guerres d'Italie, avait le commandement de l'artillerie. Le premier pilote était d'une habileté éprouvée , et se nommait Anto. de Alaminos'.

Note xcix, page 260.

Les Espagnols ne perdirent dans ces différents combats que deux hommes , mais il y en eut un grand nombre de blessés. Quoiqu'il ne fût pas nécessaire de recourir à une cause surnaturelle pour rendre compte de leurs victoires éclatantes et des pertes peu considérables qu'ils faisaient, les historiens espagnols n'ont pas manqué de les attribuer à saint Jacques, leur patron , qui combattait , disent-ils , à la tête de leurs troupes, et dont le courage décidait du destin des batailles. Gomara est le premier qui ait parlé de cette apparition. On ne peut que s'amuser de l'embarras de B. Diaz del Gastillo , flottant entre la crédulité qui lui fait ajouter foi à ce miracle, et sa véracité naturelle, qui nelui permet pas de l'affirmer. «J'avoue, dit-il, que

(1) Herrera (Decad. II, lib. VI. p. 9 5) donne les noms de ers capitaines dans l'ordre suivant : Alonso Hernandez l'nertocarrero, Alonso Davila, Diego deOrdàs, Francisco de JNIontcjo, Francisco de Morla, Francisco de Saneedo, Juan de F.scalanle, .Ui,\i\ Yelas<|iiez du Léon Uirisloval de Olid cl Pedro de Alvarado. (L). L. 11.)

nous devons tous nos exploits et toutes nos victoires à notre Seigneur J. C. , et qu'à cette bataille le nombre des Indiens était si supérieur à celui des Espagnols , que si chacun d'eux eût seulement jeté une poignée de terre , ils nous auraient tous enterrés , si la miséricorde de Dieu ne nous eût pas protégés. Il se peut que la personne que Gomara dit être apparue sur un cheval gris pommelé ait été monseigneur l' apôtre saint Jacques ou monseigneur saint Pierre, et qu'il ne m'ait pas été permis de le voir, parce que j'étais un trop grand pécheur. Je me souviens d'avoir vu Francisco de Morla, monté sur un pareil cheval; mais un misérable mortel comme moi ne méritait pas sans doute de voir un de ces saints apôtres. Il se peut que Dieu ait voulu que les choses se soient passées comme Gomara le dit; mais , avant d'avoir lu sa Chronique , je n'avais jamais entendu dire par aucun des conquérants de l'Inde que rien de pareil fût arrivé. » Cap. 34.

Note c, page 267.

Plusieurs historiens espagnols rapportent ce fait , comme s'ils voulaient faire croire que les Indiens , chargés de ces présents , les avaient apportés de la capitale dans un aussi court espace de temps que les courriers en avaient mis à faire leur voyage. Cela n'est pas croyable , et Gomara rapporte une circonstance qui prouve qu'il ne s'est rien passé d'extraordinaire dans cette occasion. Ce riche présent , qui avait été préparé pour Grijalva, lorsqu'il débarqua au même endroit, quelques mois auparavant, se trou-

vait tout prêt, lorsque Montezuma envoya des ordres pour le donner. Gomarcij Ci on. cap. 21 , pag. 28.

Suivant B. Diaz del Castillo, le plat d'argent qui représentait la lune valait seul plus de vingt mille pesos , ce qui fait environ cent vingt-cinq mille livres tournois.

Note ci, page 274.

Ce commerce particulier était directement contraire aux instructions de Velasquez , qui portaient que tout le produit d'un commerce quelconque serait versé dans la caisse commune. Mais i) paraît que les soldats avaient chacun une pacotille de bagatelles propres à un petit trafic avec les Indiens, et que Cortez , pour gagner leur amitié , encourageait cet échange clandestin. B. Diaz, cap. 41.

Note cn? page 289.

Gomara a publié un catalogue des différents articles qui composaient ce présent. Cron. cap. 49. P. Martyr ab Angleria , qui les vit après qu'ils furent arrivés en Espagne , et qui paraît les avoir examinés avec une grande attention , en donne une description détaillée qui est très curieuse , parce qu'elle offre une idée des progrès que les Mexicains avaient faits dans les différents arts de luxe. De Insulis nupcr inventis liber, pag. 354, etc.

Note cm, page 293.

Comme les anciens habitants des pays qui ont reçu après la conquête le nom de Nouvelle-Espagne uian-

quaient d'animaux domestiques, ils avaient été obligés d'y suppléer pour le transport des fardeaux qui ne se faisait pas par eau. Une classe nombreuse d'individus appelés Tlamama ou Tlameme était élevée dès l'enfance pour le métier de portefaix , et ils le continuaient toute leur vie. Ils portaient de soixante à quatre-vingts livres pesant , faisaient ordinairement quinze milles par jour, et souvent ils entreprenaient avec cette charge sur le dos des courses de deux à trois cents milles , ayant fréquemment à voyager sur des montagnes escarpées. Le coton , le maïs et les autres marchandises dont ils étaient chargés, étaient placées sur leur dos dans des petlacalli , espèce de paniers ou de grosses caisses faits avec une espèce particulière de roseau , et couverts avec du cuir qui garantissait suffisamment les marchandises contre la pluie et le soleil. Ces caisses ou paniers, que les Espagnols nomment pe tac as , sont encore en usage dans le Mexique. Voyez Clavigero , Stor. ant. del Messico , liv. VIII, sect. XL, et M. le baron de Hamboldt, Essai polit, sur la No av. -Espagne, tom. \\\,pag. 224.

Note civ, page 297.

Il n'y a rien de plus douteux dans l'histoire de la conquête de l'Amérique que le détail de ces arguées innombrables que les Espagnols ont eu à combattre. Comme la guerre qu'ils soutinrent contre les Tlascalans fut une des plus difficiles , quoique de peu de durée , le récit des forces de ce peuple mérite de fixer

notre attention. Nous devons à trois auteurs les seules informations authentiques que nous en ayons. Cortez, dans sa seconde lettre à l'empereur, datée de Segura de la Frontera , le 30 octobre 1520 , dit que les troupes tlascalanes se montaient , dans la première bataille , à six mille hommes , dans la seconde à cent mille , et dans la troisième à cent cinquante mille. Relat. ap. Ramus, tom. III ,pag. 228. Bernai Diaz del Castillo , qui fut témoin oculaire , et qui se trouva engagé dans toutes les actions de cette guerre , assure que leur nombre se montait , à la première bataille , à trois mille, pag. 43 ; à la seconde, à six mille, ibid.; à la troisième, à cinquante mille, pag. 45. Gomara, qui fut le chapelain de Cortez après son retour en Espagne, et qui publia sa Chronique en 1552, adopte le calcul de Cortez , excepté pour la seconde bataille , où il prétend qu'il y avait quatre-vingt mille Tlascalans, pag. 49. C'était manifestement l'intérêt de Cortez de présenter sous un jour favorable et ses dangers et ses exploits; car il n'y avait que des services extraordinaires qui pussent faire oublier l'irrégularité de sa conduite en s'arrogeant un pouvoir indépendant. Bernai Dinz , quoique fort porté à faire valoir ses prouesses et celles de ses compagnons, n'avait pas le même intérêt à les exagérer, et il est probable que le récit qu'il fait du nombre des Indiens approche plus de la vérité. On ne peut assembler une armée de cent cinquante mille hommes sans de grands préparatifs et sans des provisions pour leur subsistance , dont lés soins auraient exigé plus de prévoyance qu'on

n'en peut supposer aux Américains. La culture ne semble pas avoir été assez considérable à Tlascala pour fournir des vivres à une si grande armée. Quoique cette province fût beaucoup mieux cultivée que les autres parties de la Nouvelle-Espagne , car on l'appelait le pays au pain, les Espagnols furent réduils , pendant leur marche , à ne subsister que de tunas , espèce de fruit qui croîtsans culture dans les champs. H errera, Decad. 2 , lib. VI , cap. 5 , pag. 182.

Note cv, page 3o2.

On dit que ces malheureuses victimes étaient des personnes de considération. Il n'est pas probable qu'on ait employé cinquante personnes pour servir d'espions. On avait pris et renvoyé tant de prisonniers , et les Tlascalans avaient fait passer tant de messagers dans les quartiers des Espagnols , qu'il n'y avait aucune raison de hasarder la vie d'un si grand nombre de personnes, pour prendre des informations sur la situation et l'état de leur camp. La manière barbare avec laquelle Cortez a traité un peuple qui ignorait les lois de la guerre établies parmi les nations policées , a paru si révoltante aux historiens espagnols postérieurs, qu'ils ont diminué le nombre de ceux qu'il a si cruellement punis. Herrera dit qu'il fit couper les mains à sept, et les pouces à quelques autres. Decad. 2, lib. II, cap. 8. Solis prétend qu'on coupa les mains à quatorze ou quinze , et les pouces au reste, lib. II , cap. 20. Mais Cortez lui-même, Relal. p. 228, B. et Gomara d'après lui ,

cap. 48, affirment que les cinquante eurent les mains coupées1.

Note cvi, page 3o4- Les chevaux étaient ce qui causait le plus grand élonnementàtous les peuples de la Nouvelle-Espagne. Ils crurent d' abord que le cheval et le cavalier, semblables aux centaures des anciens, ne faisaient qu'un seul monstre d'une forme horrible, et comme ils croyaient que les chevaux prenaient la même nourriture que les hommes, ils leur portaient à. manger de la viande et du pain. Même lorsqu'ils s'aperçurent de leur erreur , ils s'imaginèrent que ces animaux dévoraient les hommes pendant la bataille, et que, quand ils hennissaient, c'était pour demander leur proie. L'intérêt des Espagnols n'était pas de les détromper sur ce sujet. H errera, Decad. 2, lib. VI, cap. 11.

Note cvn, page 3i î.

Suivant Barthélemi de Las Casas, il n'y avait aucune raison de faire ce massacre , et ce ne fut qu'un acte de pure cruauté , commis principalement pour frapper de terreur les peuples de la Nouvelle-Espagne. Relac. de la Deslrucc. pag. 17, etc. Mais le zèle de Las Casas le porte souvent à exagérer. D'un autre côté, Bcrtt. Diaz , cap. 83, affirme que les premiers missionnaires envoyés par l'empereur dans la Nouvelle - Espagne

(t) Clavigerô dit queTcuch, l'un des trois principaux Chcmpoallans qui se trouvaient auprès de Corltz, lui manifesta ses soupçons sur le but des envoyés TIascalans ; qu'on les força par des menaces ;'t révéler l'objet de leur mission , <|ui était d»' connaître la force cl la disposition an camp afin de l'attaquer a\ec plus d'avantage lu nuit suivante. (D.L.R.)

firent une enquête judiciaire sur cet événement , et qu'après avoir interrogé les prêtres et les chefs de Cholula , ils trouvèrent qu'il y avait réellement eu une conspiration contre les Espagnols, et que le récit envoyé par Cortez était exactement vrai. Son but à cette époque , et surtout son intérêt le portaient à gagner la bienveillance de Montezuma ; il n'est donc pas probable qu'il eût pris une détermination qui tendait si visiblement à aliéner l'esprit de ce souverain , s'il ne l'avait pas jugée nécessaire à sa propre conservation. Mais il est vrai aussi que les Espagnols qui servaient en Amérique avaient un tel mépris pour les naturels du pays, et les croyaient si peu dignes du droit commun à tous les hommes, que Cortez a pu regarder les Cholulans comme coupables sur la preuve la moins certaine. La sévérité du châtiment était d'ailleurs excessive et atroce.

Note cvin, page 3i2.

Cette description est prise presque littéralement de Bernai Diaz del Castillo, trop peu instruit dans l'art d'écrire pour avoir pu embellir son récit. Il rapporte dans un style simple et grossier ce que lui-même et ses compagnonspensèrentàcette occasion : « Qu'on « ne s'étonne pas, dit-il, si j'écris de cette manière ce « qui s'est passé alors, car on doit considérer que c'est « une chose que de rapporter, et une autre d'avoir vu « des choses qui n'ont jamais été vues ni entendues, « ni dites par les hommes. » Cap. 8Q,pag. 64 , B.

45o NOTES

Note cix, page 328.

B. Diazdel Castillo nous donne une idée des fatigues et des souffrances qu'ils éprouvèrent à cette occasion et dans plusieurs autres. Pendant les neuf mois qu'ils restèrent à Mexico, tous, sans aucune distinction entre les officiers et les soldats , dormirent tout armés avec leurs cottes de maille et leurs gorgerettes. Ils étaient couchés par terre sur des nattes ou de la paille , et tous étaient obligés de se tenir prêts, comme s'ils avaient été de garde, a Ce qui me devint si fami- « lier, ajoute-t-il , qu'aujourd'hui même , quoique fort « avancé en âge , je dors toujours avec mes habits , et « jamais dans un lit. Lorsque je visite mon encomienda, « je fais porter, par égard pour mon rang , un lit avec « mes bagages; mais je n'en fais jamais usage , parce « que je dors tout habillé , et que je me promène sou- « vent la nuit en plein air pour voir les étoiles, suivant « mon ancienne habitude. » Cap, 108.

Note cx? page 35 1.

Cortez lui-même , dans sa seconde lettre à l'empereur, n'explique point les motifs qui le portèrent à condamner Qualpopoca aux flammes, et à faire mettre Montezuma aux fers, Ramus., III , 236. B. Diaz passe sous silence les raisons de ce premier fait, et la seule cause qu'il donne du dernier, c'est qu'on voulait prévenir tout obstacle à l'exécution de la sentence prononcée contre Qualpopoca, cap. 95, pag. 75. Mais puisque Montezuma était le prisonnier de Cortez et entièrement en son pouvoir, l'insulte faite à ce mo-

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 4$ï

narque ne pouvait servir qu'à l'irriter sans nécessité. Gomara suppose que Cortez n'avait point d'autre objet que d'occuper Montezuma de ses propres malheurs, afin qu'il donnât moins d'attention à ce qui arrivait a Qualpopoca, Cron. 89. Herreraestdumême sentiment, Decad. 2, lib. VIII, cap. 9. Mais ce moyen de faire supporter une offense à un homme en lui faisant de nouveaux outrages, semble fort étrange. Solis croit que Cortez ne voulait qu'intimider Montezuma , afin qu'il ne fît aucun effort pour faire délivrer les victimes; mais ce monarque était si soumis, et il avait si lâchement remis les prisonniers à Cortez, qu'il n'y a\ait à craindre aucune opposition de sa part. Si l'on n'adopte pas la manière dont j'ai cherché à expliquer la conduite de Cortez à cette occasion , je crois qu'on doit la regarder comme un de ces actes de pure barbarie et d'oppression, qu'on ne trouve que trop fréquemment dans l'histoire de la conquête de l'Amérique.

Note exi, page 336.

Solis, lib. IV, cap. 3, prétend que ce fut Montezuma lui-même qui fit la proposition de rendre hommage au roi d'Espagne , afin d'engager les Espagnols à quitter ses états. Il dépeint sa conduite en cette occasion, comme fondée sur la plus profonde politique, et suivie avec tant d'adresse que Cortez lui-même y fut trompé ; mais on ne trouve rien dans les historiens contemporains, tels que Cortez, Diaz et Gomara, qui puisse justifier cette assertion. Jamais Montezuma n'a montré en d'autres occasions cet art et cette politique.

La douleur dont il fut pénétré en se soumettant à cet acte d'humiliation était naturelle, si l'on suppose qu'il a été involontaire. Mais, suivant Solis , elle aurait été contradictoire et incompatible avec son projet de tromper les Espagnols.

Note cxn, page 33<}<

Les Espagnols , malgré leur industrie et leur pouvoir, ne purent point trouver d'or dans plusieurs provinces. Dans d'autres ils ne se procurèrent que quelques bagatelles de peu de valeur. Montezuma assura Cortez que le présent qu'il offrait au roi de Castille , après lui avoir rendu hommage, comprenait toutes les richesses amassées par son père , et qu'il avait déjà donné aux Espagnols le reste de son or et de ses bijoux. B. Diaz, cap. 104. Gomara dit que tout l'argent qu'on recueillit montait à cinq cents marcs , Cron. cap. 93 ; ce qui s'accorde avec le récit de Cortez, que le quint de l'argent pour le roi fut de cent marcs , Rclat. 239 , B. De sorte que la somme totale de l'argent ne monta qu'à quatre mille onces, à raison de huit onces par marc ; ce qui fait voir que la proportion de l'argent avec l'or a été fort petite.

Note cxm , page 34o.

Solis , lib. IV, cap. 1, met en question la vérité de ce fait, par la seule raison qu'il était incompatible avec la prudence qui distinguait le caractère de Cortez. Mais il aurait dû se rappeler l'impétuosité de son zèle àTlascala, qui n'avait pas été moins imprudent.

ïl dit que cela est démontré par le témoignage de B. Diaz del Castillo , de Gomara et de Herrera. Tous s'accordent en effet à rapporter cette démarche inconsidérée de Cortez , et ils ont eu raison de le faire , puisque Cortez lui-même en parle dans sa seconde lettre à l'empereur, et qu'il paraît même s'en glorifier. Cortez y Relat. Ramus , III, 140. Ce qui est une des preuves sans nombre , que Solis a consulté avec peu de soin les lettres de Cortez à Charles-Quint , qui cependant sont les sources les plus authentiques où l'on doive puiser des lumières sur ses opérations.

FIN DES NOTES Et ECLAIRCISSEMENTS;, ET DU SECOND VOLUME.

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