II
diminuer cette excessive fertilité du sol. Bancroft , Nat. Hist. of Guiana, pag. 10, etc.
Note xxii, page 41 •
Nous avons vu dans une note précédente qu'on trouvait le tapir dans les deux continents. Les Mexicains possédaient deux espèces de bœufs sauvages [bos americanus et bos moschatus) qui erraient par troupeaux dans les plaines voisines de la rivière du nord , et qu'ils n'avaient point essayé de réduire à l'état de domesticité. Ils auraient pu tirer également parti des brebis sauvages delà Californie (carnero s cimarones) et des chèvres des montagnes de Monterey ( berendos). Ils possédaient aussi de nombreuses variétés de chiens. Les Gumanches, tribu des provinces septentrionales , se servaient des chiens mexicains pour le transport des tentes , comme plusieurs peuples de la Sibérie. Les Péruviens de Sausa ( Xauxa) et Huanca mangeaient leurs chiens (Runalco) , et les Aztèques vendaient au marché la chair du chien muet (te chichi), qu'on châtrait pour l'engraisser. Baron de Humboldt, Essai polit, sur la nouv. Esp., t. II, p. 377, 423. t. III, p. 223. Tab. de la natur. , t. I, p. 124 -127. Lorenzana, p. 103. Gomara, dans la Relation du voyage d< Coronado au pays de Quivera. Le chien du Canada est tout-à-fait semblable à celui d'Kurope. (D. L. R. )
Noté xxni, page f[\.
C(! doute n'existe pins aujourd'hui, cl il n'existait menu» pas à l'époque où Koberlson a fait paraître la
dernière édition de son histoire d'Amérique. Il est certain en effet que l'Asie est séparée au nord-est de l'Amérique par le détroit de Berhing, qui n'a pas plus de quinze lieues de large. La reconnaissance de ce détroit découvert en 1728 , par Yitus Berhing, navigateur danois , et traversé de nouveau en 1741 , par le même navigateur, a été achevée en 1788 , par le capitaine anglais Cook. (D. L. R.)
Note xxiv , page 43.
Il paraît que c'est sans une évidence suffisante que M. Muller a supposé que ce cap avait été doublé : tom.\,pag. 2 , etc. L'académie impériale de Saint- Pétersbourg semble appuyer ce sentiment par la manière dont Tschukolskoi-noss se trouve placé sur ses cartes. Mais je suis convaincu, d'après une autorité incontestable , que jamais aucun vaisseau russe n'a fait le tour de ce cap ; et comme le pays des Tschutki ne dépend pas de l'empire de Russie, on ne le connaît que très imparfaitement.
Note xxv, page 47*
Si c'était ici le lieu d'entrer dans une longue et épineuse recherche de géographie , nous pourrions faire plusieurs observations curieuses en comparant les relations des deux voyages des Russes et les cartes de leurs navigations respectives. Une remarque nous servira pour tous les deux ; on ne peut regarder comme absolument exacte la position qu'ils donnent aux différents lieux qu'ils ont visités. Le temps était si nébuleux qu'ils ne virent que rarement le soleil ou
3 76 NOTKS
les étoiles, et la position des îles et des continents supposés fut déterminée par le seul calcul et non par des observations. BerhingetTschirikovvallèrentbeaucoup plus loin vers l'est que Krenitzin. Le pavs découvert par Berhing, et qu'il regarda comme faisant partie du continent de l'Amérique, est situé au deux cent trente-sixième degré de longitude, en comptant du premier méridien à l'île de Fer, et au cinquante et huitième degré vingt-huit minutes de latitude. Tschirikow toucha à la même cote au deux cent quaranteunième degré de longitude et au cinquante-sixième de latitude. Millier, I , 248 , 249. Il faut que le premier se soit avancé à soixante degrés de Petropawlowska, d'où il mit à la voile, et le dernier à soixantecinq degrés. Mais il paraît, par la carte du voyage de Krenitzin, qu'il ne s'avança pas au-delà du deux cent quatre-vingtième degré à l'est , et seulement à trentedeux degrés de Petropawlowska. En 1741 , Berhiiig et Tschirikow, tous les deux en allant et en revenant , dirigèrent principalement leur route au sud de la chaîne d'îles qu'ils avaient découverte, et en observant les montagnes et le terrain inégal des caps qu'ils voyaient au nord , ils pensèrent que c'étaient des promontoires de quelque partie du continent de l'Amérique , qui, à ce qu'ils s'imaginèrent, s'étendait jusqu'au cinquante-sixième degré de Latitude au sud. C'est ainsi qu'on les trouve placés dans la carte publiée par Mullcr, et sur une carte dessinée à la main par un contre-maître du navire de Berhing, et qui m'a été communiquée par M. le professeur Rôbison.
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. ?fJJ
Mais r en 1769, Krenitzin , après avoir hiverné dans l'île d'Alaxa , s'avança si fort au nord en revenant, que sa route se trouva couper par le milieu ce qu'ils avaient supposé devoir être un continent , et qu'il reconnut n'être qu'une mer ouverte ; et il vit que ce qu'on avait pris pour des caps du continent n'étaient que des îles de roche. Il est à présumer que les pays découverts, en 1741 à l'est , n'appartiennent pas au continent de l'Amérique , et ne sont qu'une continuation de cette chaîne d'îles. Le froid extrême qui pendant l'été règne dans toutes ces îles nous porte à conjecturer qu'elles ne sont dans le voisinage d'aucun continent. Le nombre des volcans qui existent dans ces régions du globe est extraordinaire. Il y en a plusieurs au Kamtschatka, et il n'y a pas une des îles , grandes ou petites, que les Russes ont visitées , où l'on n'en trouve. Plusieurs de ces volcans sont encore allumés , et toutes les montagnes conservent des marques de leurs anciennes éruptions. Si je voulais admettre les conjectures qu'on a avancées en parlant de la population de l'Amérique , je pourrais supposer que cette partie de la terre ayant souffert de violentes secousses par des tremblements de terre et des volcans , l'isthme qui peut-être a uni autrefois l'Asie à l'Amérique a été brisé et transformé par le choc en un groupe d'îles.
Il est singulier que , dans le même temps que les Russes cherchaient à faire des découvertes au nordouest de l'Amérique, les Espagnols étaient occupés du même projet dans une autre partie de ce conti-
lient. En 1769 , deux petits navires partirent de Lorette en Californie , pour découvrir les côtes du pays qui est au nord de cette péninsule. Ils ne passèrent pas le port de Monte-Rey, situé au 36e degré de latitude. Mais dans plusieurs autres expéditions faites du port de Saint-Blas dans la nouvelle Galice , les Espagnols s'avancèrent jusqu'au 58e degré de latitude. Gazeta de Madrid, des 19 mars et 14 mai 1776. Mais comme les journaux de ces voyages n'ont pas encore été publiés , je ne puis comparer les progrès qu'ils ont faits avec ceux des Russes , ni faire voir à quel point les navigateurs des deux nations se sont approchés les uns des autres. Il faut espérer que le ministre éclairé qui est aujourd'hui à la tète des affaires d'Espagne en Amérique ne privera pas le public de ces instructions.
Note xxvi , page 52.
M. le baron de Humboldt ne partage pas à ce sujet l'opinion de Robertson. « Le problème de la première population de l'Amérique, dit ce savant (lntr. aux Vues des Cordillères et Monuments des peuples indigènes de V Amérique , p. 20 et suiv.) , n'est pas plus du ressort de l'histoire , que les questions sur l'origine des plantes et des animaux , et sur la distribution des germes organiques ne sont du ressort de l'histoire naturelle. L'histoire , en remontant aux époques les plus reculées, nous montre presque toutes les parties du globe occupées par des hommes qui se croient aborigènes , parce qu'ils ignorent leur fili;i
tion. Au milieu d'une multitude de peuples qui se sont succédés et mêlés les uns aux autres , il est impossible de reconnaître avec exactitude la première base de la population , cette couche primitive au-delà de laquelle commence le domaine des traditions cosmogoniques.
« Les nations de l'Amérique, à l'exception de celles qui avoisinent le cercle polaire , forment une seule race caractérisée par la conformation du crâne , par la couleur de la peau, par l'extrême rareté de la barbe et par des cheveux plats et lisses. La race américaine a des rapports très sensibles avec celle des peuples mongols qui renferme les descendants des Hiong-nu, connus jadis sous le nom de Huns, lesKalkas, les Kalmuks et les Burattes. Des observations récentes ont même prouvé que non-seulement les habitants d'Unalaska , mais aussi plusieurs peuplades de l'Amérique méridionale , indiquent , par des caractères ostéologiques de la tête , un passage de la race américaine à la race mongole. Lorsqu'on aura mieux étudié les hommes bruns de l'Afrique et cet essaim de peuples qui habitent l'intérieur et le nord-est de l'Asie , et que des voyageurs systématiques désignent vaguement sous le nom de Tartares et de Tschoudes , les races caucasienne , mongole , américaine , malaye et nègre paraîtront moins isolées , et l'on reconnaîtra dans cette grande famille du genre humain , un seul type organique modifié par des circonstances qui
nous resteront peut-être à jamais inconnues Des
recherches faites avec un soin extrême, et d'après
38o NOTES
une méthode que Ton ne suivait pas jadis dans l'étude des étymologies , ont prouvé qu'il y a un petit nombre de mots communs aux langues des deux continents. Dans quatre-vingt-trois langues américaines examinées par MM. Bar ton et Vater, on en a reconnu environ soixante et dix dont les racines semblent être les mêmes ; et il est facile de se convaincre que cette analogie n'est pas accidentelle , qu'elle ne repose pas simplement sur l'harmonie imitative , ou sur cette égalité de conformation dans les organes , qui rend presque identiques les premiers sons articulés par les enfants. Sur cent soixante et dix mots qui ont du rapport entre eux , il y en a trois cinquièmes qui rappellent le mantchou , le tungouse , le mongol et le samoyède , et deux cinquièmes qui rappellent les langues celtique et tschoude , le basque , le copte et le congo. Ces mots ont été trouvés en comparant la totalité des langues américaines avec la totalité des langues de l' Ancien-Monde ; car nous ne connaissons jusqu'ici aucun idiome de l'Amérique qui , plus que les autres , semble se lier à un des groupes nombreux de langues asiatiques , africaines ou européennes. Ce que quelques savants , d'après des théories abstraites , ont avancé sur la prétendue pauvreté de toutes les langues américaines et sur l'extrême imperfection de leur système numérique est aussi hasardé que les assertions sur la faiblesse et la stupidité de l'espèce humaine dans le nouveau continent , sur le rapetissement de la nature rivante et sur la dégénérai ion tics animaux qui ont
été portés d'un hémisphère à l'autre. . . . Si les langues ne prouvent que faiblement l'ancienne communication entre les deux mondes , cette communication se manifeste d'une manière indubitable dans les cosmogonies, les monuments , les hiéroglyphes et les institutions des peuples de l'Amérique et de l'Asie »
Le lecteur trouvera la preuve des assertions de M. de Humboldt, dans l'ouvrage d'où nous avons extrait cette note. (D. L. R.)
Note xxvii, page 65.
Le défaut de barbe et la peau unie des Américains ne sont point un des caractères des habitants du Nouveau- Monde. Les sauvages de Nootka ont des
barbes longues et touffues (Gook ) ; une partie des
sauvages de la nouvelle Californie en est aussi pourvue , quoique dans les mêmes tribus d'autres individus n'en aient pas (La Pérouse...). Les Ottomaques des bords de l'Orénoque ont beaucoup de barbe, selon Gumilla. Les Monopagnes , tribu du Brésil , avaient aussi beaucoup de barbe. Galeno ( Viaje al Estrecho de Magellanes, p. 331) nous apprend que parmi les Patagons , il y a plusieurs vieillards qui ont de la barbe , quoique courte et peu touffue. « Presque tous les Indiens , dans les environs de Mexico , portent de petites moustaches que des voyageurs ont retrouvées chez les habitants de la côte nord-ouest de l'AméricA"ae. » Essai polit, sur la Nouv. Esp. 11 paraît qu'au moins la plus grande partie des tribus qui n'ont pas cet ornement naturel , n'en sont privées
que parce qu'elles ont coutume de se l'arracher ; et qu'en général les Indiens qui habitent la zone torride de l'Amérique méridionale en ont généralement un peu , et qu'elle augmente lorsqu'ils se rasent. Quand bien même , ce qui n'est pas , les Américains n'auraient pas eu de barbe , on n'aurait pas pu en conclure , ainsi que le fait Robertson , que ce défaut semble indiquer un genre de faiblesse occasionnée par un vice de constitution ; car les nègres du Congo et les Caraïbes , deux races d'hommes éminemment robustes , souvent de stature colossale , en sont dépourvus. (D. L. R.)
Note xxvni, page 65.
Peu de voyageurs ont eu autant d'occasions que don Antoine Ulloa d'observer les habitants des dilïérentes contrées de l'Amérique. Dans un ouvrage qu'il a publié dernièrement , il décrit de la manière suivante les traits caractéristiques de cette race d'hommes. « Un front très petit , couvert de cheveux aux « extrémités jusque vers le milieu des sourcils ; de « petits yeux ; un nez mince , effilé et recourbé vem « la lèvre supérieure ; le visage large , les oreilles « grandes ; les cheveux très noirs , lisses et rades ; « les membres bien tournés ; le pied petit ; le corps « d'une proportion exacte ; la peau unie et sans poil, « excepté dans la vieillesse , où il leur vient un peu « de barbe , mais jamais aux joues. » Nolicias J nu ricanas, ctc.,pag. 307. M. le chevalier Pintû, qui, pendant plusieurs années, a résidé dans une pari ie de
l'Amérique oùUlloan'ajamais été, donne l'esquisse suivante de l'aspect général des Indiens de ces contrées. « Ils sont tous d'une couleur de cuivre , avec quelque « différence dans les teintes , non pas en proportion « de leur distance de l'équateur, mais selon le degré « d'élévation du sol qu'ils habitent. Ceux qui vivent « sur les hauteurs sont plus blancs que ceux qui oc- « cupent les terrains bas et marécageux de la côte. « Leur visage est rond et plus éloigné peut-être de la « forme ovale que celui d'aucun autre peuple. Leur « front est petit , l'extrémité de leurs oreilles fort « éloignée du visage , leurs lèvres épaisses, leur nez « camus , les yeux noirs ou couleur de châtaigne , « petits , mais distinguant les objets à une grande dis- « tance. Leurs cheveux sont toujours épais , lisses et « sans la moindre apparence de frisure. Ils n'ont de « poil sur aucune partie du corps , excepté à la tête. « Au premier aspect , un habitant de l'Amérique mé- « ridionale paraît un être doux et tranquille ; mais , « en l'examinant de plus près , on trouve dans sa « figure quelque chose de sauvage , de méfiant et de « sombre. » Manuscrit entre les mains de l'auteur. Ces deux portraits , faits par des mains plus habiles que celles du commun des voyageurs , ont une grande ressemblance entre eux.
Note xxix, page 66.
Il y a des exemples étonnants de l'agilité soutenue des Américains à la course. Adair rapporte les aventures d'un guerrier de Chikkasah , qui , en un jour
et demi et deux nuits , fit trois cents milles comptés , au travers des bois et des montagnes. Hist. o/Amer. Indians ,396.
Note xxx, page 69.
« Beaucoup de personnes , dit J. Heckewelder ( Hist. mœurs et coutumes des nations indiennes qui habitaient laPensylvanie et les états voisins) , croient, d'après le travail qu'elles voient faire aux femmes indiennes , qu'elles sont en quelque sorte traitées en esclaves. Il est vrai que leurs travaux sont pénibles , si on les compare à la tache imposée aux femmes chez les nations civilisées ; mais si Ton considère les fatigues que nécessite la vie sauvage , on trouvera qu'ils ne sont que la juste portion qui leur en revient. En conséquence , elles s'y soumettent volontairement et de bon cœur, d'autant qu'elles ne sont pas obligées de vivre avec leurs maris plus long-temps qu'il ne leur convient ( les Indiens ne se mariant pas ainsi que nous pour la vie). D'après cela , on ne peut pas supposer qu'elles se soumettraient à être injustement surchargées d'un travail qui ne serait pas également
partagé Lorsque deux époux sont nouvellement
unis , le mari , sans rien dire de son intention , fait tous ses efforts pour plaire à sa femme et pour la convaincre par des preuves réitérées de son adresse et de son talent, qu'elle sera heureuse avec lui et qu'elle ne manquera de rien tant qu'ils vivront ensemble.... L'ouvrage des femmes n'est ni fatigant, ni difficile ; elles sont bien capables de le faire , et c'est toujours avec gaîté qu'elles l'entreprennent.... La fatigue que-
prouvent les femmes n'est nullement à comparer à celle de leurs maris ; leurs travaux les plus durs et les plus difficiles ne sont que périodiques et de courte durée , tandis que ceux des hommes sont constants et très fatigants. Si un homme joignait à son travail une partie de celui de sa femme , il ne pourrait y résister. . . L'Indien aime à voir sa femme bien habillée. . . Plus un mari a d'attention pour sa femme , plus il est estimé. . . S'il vient à une femme malade ou enceinte la fantaisie de manger telle ou telle chose , le mari , quelque difficile qu'il soit de l'obtenir, partira sur-lechamp pour se la procurer.... En 1763, continue Heckewelder, j'eus occasion de connaître combien les Indiens aiment à satisfaire les désirs de leurs femmes. Il y avait une grande famine , et une Indienne malade témoigna la plus grande envie de manger du maïs. Son mari ayant appris qu'un petit marchand établi à Sanduskyen avait encore un peu, partit à cheval pour se rendre à cet endroit , éloigné de plus de cent milles , et revint avec autant de maïs qu'il en pouvait tenir dans son chapeau. Il avait donné son cheval en échange ; il fut par conséquent obligé de faire la route à pied , rapportant la selle sur le dos. » Le mari aime beaucoup ses enfants, et la femme a toujours quelque anecdote amusante de l'un ou de l'autre à lui raconter, surtout s'il s'est absenté quelque temps...
Robertson s'étend fort longuement sur la triste condition des femmes chez les sauvages de l'Amérique. Les relations d'Heckewelder, du père Charle-
voix et de quelques autres voyageurs nous prouvent qu'il existe de nombreuses exceptions. Quoi qu'il en soit , et en supposant même cette triste condition , celle des femmes chez les sauvages des autres parties du monde, en Afrique, dans les Indes, à Ceylan, etc., est-elle plus heureuse? Et alors pourquoi montrer rant d'étonnement en parlant des Américaines.
Note xxxi, page 72.
M. Godin le jeune, qui pendant quinze ans a résidé parmi les Indiens du Pérou et de Quito , et pendant vingt ans dans la colonie française de Cayenne , où il y a un commerce suivi avec les Galibis et d'autres peuplades de l'Orénoque , observe que la vigueur de la constitution des Américains est exactement en raison de leur habitude au travail. Les Indiens des climats chauds, tels que ceux des cotes de la mer du Sud, de la rivière des Amazones et de celle de l'Orénoque, ne peuvent pas être comparés pour la force à ceux des régions froides ; « cependant, dit-il, il part tous les jours des chaloupes de Para, établissement portugais sur la rivière des Amazones, pour remonler la rivière malgré la rapidité de son cours : ces chaloupes avec les mêmes rameurs se rendent à San- Pablo, qui est à huit cents lieues au-delà. On ne trouvera aucun équipage de blancs, ni même de nègres, en état de résister à une pareille fatigue, comme les Portugais en ont fait l'e\péricnee ; cependant c'esl re qu'on voit faire4 Ions les jours aux Indiens , parer
qu'ils y sont habitués depuis leur enfance.» Manuscrit entre les mains de Fauteur.
Note xxxn, page 79.
La question de savoir d'où provient la couleur noire des nègres a beaucoup occupé les savants : elle n'est pas encore résolue , et ne le sera peut-être jamais. Ce qui paraît néanmoins généralement admis aujourd'hui, c'est que le plus ou moins de force des rayons du soleil ne brunit pas graduellement la peau de l'homme jusqu'au point de la faire devenir tout-àfait noire sous la zone torride ; que par conséquent l'action puissante de la chaleur n'est point la cause unique de cette singulière variété de 1 espèce humaine , ainsi que le croyait Robertson. On peut consulter pour plus de développemens Y Histoire du genre humain , par M. Virey , l'article Homme du même savant, dans le Dictionnaire des Sciences médicales, Y Histoire naturelle des races humaines du nord-est de V Europe, de V Asie boréale et orientale , et de V Afrique australe , parM. Desmoulins, etc. , etc. (D. L. R.)
Note xxxiii, page 79.
Don Antoine Ulloa , qui a parcouru une grande partie du Pérou et du Chili , le royaume de la Nouvelle-Grenade et plusieurs autres provinces qui bordent le golfe .du Mexique, pendant les dix années qu'il a travaillé avec les mathématiciens français , et qui eut ensuite occasion de voir les habitants de l'Amérique septentrionale , dit : « Quand on a vu un « seul Américain , on peut dire qu'on les a tous vus ,
« tant ils se ressemblent par le teint et par la figure. » Notic. Americanas , pag. 308 '. Un observateur plus ancien , Pedro de Cieça de Léon, un des conquérants du Pérou2, qui a traversé aussi plusieurs provinces d'Amérique, assure que ces peuples , hommes et femmes, paraissent être tous enfants d'un même père et dune même mère , malgré le nombre infini de peuplades ou de nations, et la diversité des climats qu'ils habitent. Chronica del Peru, part. I, cap. 19. On ne peut pas douter qu'il n'y ait une certaine combinaison de traits et un certain air particulier qui forment ce qu'on peut appeler une figure européenne ou asiatique. Il doit donc y en avoir une aussi qu'on peut nommer figure américaine et qui doit être propre à la race entière. Ce caractère général peut frapper les voyageurs au premier coup d'œil , tandis que les nuances qui distinguent les peuples de différentes régions échappent à leurs observations. Mais lorsque des personnes qui ont si long-temps résidé parmi les Américains attestent toutes cette ressemblance de figure dans les différents climats, nous pouvons en conclure qu'elle est plus remarquable que celle d'aucune autre race d'hommes. Voyez aussi Garcia, Orig. de los Indios, p . 54 ', 242 1 Torq uemada , Monarch . Ind. ,11,571.
(r) Cette citation est à peu près exacte; cependant I). Ant. de Llloa {JSot. amer, enireten. 17 , § 3.) ne parle pas de la ressemblance de là figure, niais de l'ensemble de la contexture des parties du corps (cantextura), et il ajoute qu'ils diffèrent beaucoup quant à la stature et à la corpulence. (D. L. R.)
(•2) Cieça de Léon termina sa chronique du Pérou en i55o; la première partie a seule été imprimée à Séville en i553. (D. L. K.)
ET ÉCLAHICISSEMENTS. 3 89
Note xxxiv, page 81.
M. Le chevalier Pinto dit qu'on lui a assuré 'que dans les parties intérieures du Brésil on trouve quelques individus qui ressemblent aux Blaffards du Darien, mais que la race ne s'en propage point et que leurs enfants sont semblables aux autres Américains. Cette espèce d'hommes est cependant peu connue. Manuscrit entre les mains de l'auteur.
Note xxxv , page 86.
L'auteur des Recherches philosophiques, etc., tom. I, p. 281, III, 181, etc., a rassemblé et constaté avec beaucoup d'exactitude les témoignages de plusieurs voyageurs touchant les Patagons. Depuis la publication de cet ouvrage , plusieurs navigateurs ont visité les terres magellaniques, et diffèrent beaucoup , ainsi que leurs prédécesseurs , dans les relations qu'ils ont données des habitants de ce pays. Suivant le Commodore Byron et son équipage , qui passèrent le détroit en 1764, la grandeur ordinaire des Patagons est de huit pieds anglais; plusieurs même sont beaucoup plus grands. Phil. transact. vol. LVH, p. 78. Les capitaines Wallis et Carteret , qui les ont réellement mesurés en 1766 , disent qu'ils ont six pieds et jusqu'à six pieds cinq et sept pouces. Phil. transact. vol. LX , p. 22. Ces derniers paraissent cependant avoir été le même peuple dont on a si fort exagéré la grandeur en 1764, puisque plusieurs avaient encore des colliers et de la flanelle rouge de la même espèce que celle qu'on avait mise à bord du vaisseau du cau. i5
pitaine Wallis; d'où il conclut bien naturellement qu'ils avaient reçu ces présents de M. Byron. Voyages rédigés par Hawkesworth , tom. I. M. de Bougainville les mesura de nouveau en 1767, et son rapport s'approche beaucoup de celui du capitaine Wallis. Voyages , tom. I , p. 2A2. Aux témoignages que je viens de citer, j'en ajouterai encore un autre d'un grand poids. En 1762, don Bernardo lbagnez d'Echavarri accompagna le marquis de Valdelirios à Buenos- Ayres , où il résida pendant plusieurs années. C'est un auteur judicieux, et qui parmi ses compatriotes passe pour ne s'être pas écarté de la vérité. En parlant des contrées qui se trouvent à l'extrémité méridionale de l'Amérique , il dit : « Par quels Indiens son*-elles « habitées? Ce n'est certainement pas par les fabu- « leux Patagons , qui , à ce qu'on prétend , occupent « ce district. Plusieurs témoins oculaires qui ont « vécu et commercé avec ces Indiens m'en ont donné « une description exacte. Ils sont de la même taille « que les Espagnols ; je n'en ai jamais vu qui eût plus « de deux v ares et deux ou trois pouces ; » c'est-à-dire environ 80 ou 81, 332 pouces anglais1, si M. Eehavarri a calculé d'après la vare de Madrid ; ce qui s'accorde beaucoup avec la mesure donnée par le capitaine Wallis. fieyno Jesuitico, p. 238. M. Falknei , qui a demeuré pendant quarante ans comme missionnaire dans les parties méridionales de l' Amérique, dit : « Les Patagons ou Pudches sont un peuple d'une « grande taille ; mais je n'ai jamais entendu parler de
(i) Environ <> pieds \ [toutes de France. (D. L. R.)
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 3c)I
« cette race de géants dont quelques voyageurs ont « fait mention , quoique j'aie vu des individus des « différentes peuplades des Indiens méridionaux. » Inlroduct. pag. 26.
Note xxxvi , page 87.
« Les Patagons1, dit M. P. Lesson, ont été regardés par un grand nombre de voyageurs comme formant une race remarquable par sa haute stature , et à laquelle le nom de géants convenait parfaitement bien. D'autres, au contraire, ont traité de chimériques les récits de ceux qui mentionnent cette grande taille , et affirment n'avoir vu sur les bords du détroit de Magellan que des peuples n'ayant point de proportions autres que celles de la plupart des Européens. Dans une telle divergence d'opinions , il serait peut-être difficile de présenter un résultat positif, si les faits ne se trouvaient point aujourd'hui nettement et clairement exprimés par des hommes estimables et judicieux.
« L'intelligence répugne toujours à admettre l'existence d'une race privilégiée , qui serait ainsi en opposition avec l'organisation humaine. Le vulgaire , ami du merveilleux , a , dans tous les temps , aimé à se faire illusion , et créé dans son imagination des géants d'une force prodigieuse , dont la poésie et puis la mythologie se sont emparées. C'est ainsi que la fable nous a conservé le souvenir des Lestrigons , des Cyclopes , de ce Polyphème qui peignait sa
(1) Le mot espagnol Patagon ou Paton signifie pied large, pied plat, grand pied. (D. L. R.)
3<p NOTES
chevelure avec un râteau , des Titans , qui voulurent escalader le ciel , etc. , etc. On conçoit que lorsque des aventuriers hardis, qui les premiers s'élancèrent dans les parages nouveaux des terres magellaniques ou de la mer du Sud, publièrent leurs récits , on dut éprouver une vive surprise des nouveautés qu'ils racontaient , non sans les entremêler de mensonges. Leur peinture des Patagons vivant sur»les bords du détroit fameux ouvert à l'extrémité sud de l'Amérique , dut paraître surtout extraordinaire ; et lorsque de nouveaux voyageurs vinrent , après les précédents , démentir les faits qu'ils avaient avancés , nier la grande taille des Patagons , l'opinion flotta incertaine entre les diverses narrations , et adopta , suivant l'ordinaire, et sans faire de concessions , telle ou telle manière de voir. Combien d'auteurs ont traité de monsonge avéré ce que d'autres regardaient comme une vérité palpable et reconnue ! On ne peut cependant se dispenser d'admettre comme un fait positif, que des peuplades, remarquables par leur grande taille, habitent temporairement les bords du détroit de Magellan , et que parfois des tribus , plus misérables , et de stature moyenne , s'y présentent à leur tour , et viennent ainsi donner aux Européens qui s'y rencontrent dans ces circonstances une idée opposée à la croyance commune sur les Patagons. On ne peut se dissimuler toutefois que beaucoup d'écrits présentent de l'exagération dans la stature de ces peuples, qu'on a portée jusqu'à huit et dix pieds anglais ; aussi est-il plus convenable
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 3q3
de se fier aux rapports des navigateurs modernes , plus amis de la vérité , qui la réduisent à des proportions plus voisines des nôtres,, et qui nous montrent la tribu des Patagons comme une race conservée pure , douée d'un physique imposant , plein de force et de vigueur. Dans l'état actuel de nos connaissances à l'égard de ces peuples , il est sans doute plus simple de classer les diverses opinions émises sur eux.
« Magellan, dont le nom est attaché au fameux détroit qu'il découvrit , est le premier navigateur qui mentionne la haute taille des Patagons. La mesure approximative qu'il indique est à peu près de six pieds et demi \ La Barbinais a emprunté une tradition des Péruviens , consignée dans Y Histoire du Pérou de l'Indien Garcilaso , et dans les œuvres de Torquemada , qui rapporte « que les Péruviens , en descendant des montagnes , après un déluge , trouvèrent les plaines occupées par une race de géants , dont les mœurs étaient féroces. » Turner , enfin(l 6 1 0), dit avoir vu une race de géants sur les bords de la rivière de la Plata , et décrivit même les os qu'il pensait leur avoir appartenu. En 1592 , Cavendish porta à 14 palmes de hauteur deux Patagons qu'il mesura. Le menteur Sarmiento (1579 ), qui voyait partout des châteaux et des colonnades , ne balance pas à dire que le Patagon qu'ils prirent était géant entre les
(i) « Cet homme était si grand, dit Pigafetta en parlant d'un Patagon, que notre tête touchait à peine à sa ceinture. » Venue un uomo de statura de gigantc... Questo era tanto grande chc II davamo alla cintura. (D. L. R.)
3q4 NOTES
autres géants. Hawkins dit de ces peuples que leur haute taille les fait appeler géants par plusieurs voyageurs. Pigafetta (1519) donne à ceux du port Saint- Julien 8 palmes, ou 7 pieds. Knivet (1592 ) donne 15 ou 16 palmes aux géants du fort Désiré ; et enchérissant encore sur ses prédécesseurs, Sebald de Wert (1598) accorde jusqu'à 10 ou 11 pieds de haut à ceux qu'il vit dans la Baie-Verle. 01ivierdeNort(1598) trouva au port Désiré des hommes de grande stature, ayant le regard terrible , nommés Tiremenen , et hauts de 11 ou 12 pieds. Jacques Lemaire et Guillaume Schouten (1615) parlent des ossements de Patagons qu'ils déterrèrent , dont les dimensions leur prouvèrent que ces hommes avaient 10 ou 11 pieds de haut.
« Byron (1764), qui communiqua avec les Patagons, dont le nombre était de plus de cinq cents , les peint comme des hommes dont les plus petits n'avaient pas moins de 8 pieds anglais î , et parmi lesquels il y en avait de beaucoup plus grands. Wallis (1767), dans la baie d'Elisabeth , vit deux troupes de naturels , couyerts de peaux de veau marin, et exhalant une horrible puanteur. Ils étaient d'une taille beaucoup plus petite que ceux qu'on avait vus précédemment et le plus grand d'entre eux n'avait pas plus de 5 pieds 6 pouces a.
(1) Le pied anglais est de 11 ponces 3 lignes de Fiance. (D. L. R.)
{■>.) Wallis dit textuellement que les plus grands Patagons <pi'il vil
avaient C> pieds 7 pouces anglais de liant (environ 6 pieds a pouces de
France), un plus grand nombre 6 pieds 5 pouces et 6 piedi 6 ponces ; mais la
majorité d'entre eux de 5 pieds ro pouces à G pieds anglais. (D. L. R.)
ET ECLAIRCISSEMENTS. 3g5
« Cook , dans son premier voyage ( 1769 ) , décrit ainsi les naturels qu'il trouva à la baie de Bon-Succès : « Ils sont gros et mal faits : leur stature est de 5 pieds 9 ou 10 pouces ». M. de La Giraudais , commandant la flûte V Etoile (1766), dit que le moindre de ceux qu'il aperçut avait 5 pieds 7 pouces ; et M. Duclos-Guyot , capitaine de la frégate l'Aigle , en rencontra de beaucoup plus grands. Forster, en parlant des Patagons, s'exprime ainsi, page 25 : « C'est un étrange phénomène , de voir toute une nation conserver une stature d'une grandeur si remarquable , tandis qu'au sud du détroit de Magellan , sur la terre de Feu , on rencontre une race abâtardie et dégénérée , qui paraîtrait descendre de la tribu des Huilliches , décrite par M. Falkner ( De script, of Patagonia ). »
« L'expédition de Malaspina au détroit de Magellan a donné sur ce sujet des détails positifs qui nous paraissent complètement concluants. On trouva que la taille moyenne des Patagons est de 6 pieds et demi , et que les plus grands avaient 7 pieds 1 pouce \ De telles observations au XIXe siècle sont décisives , et d'ailleurs elles sont confirmées par
(i) « Les naturels , que Magellan a sans aucun motif appelés Patagons, furent mesurés par nous scrupuleusement, dit l'auteur de la Relacion del ulthno mage al Estrecho de Magallanes de la f régala de S. M. Santa Maria de la cabeza en los anos de 1785 y 1786. Madrid 1788. Nous trouvâmes que les plus grands n'avaient pas plus de 7 pieds 1 pouce 1 quart, mesure de Burgos, ou 6 pieds 2 pouces 6 lignes de France ( le pied de Burgos est d'environ 10 pouces 5 lignes 1 tiers de France), et que leur taille moyenne était de 6 pieds et demi à 7 pieds. » (D. L. R.)
celles de M. Gauthier, capitaine d'un navire baleinier français , qui visita dernièrement ces contrées.
« Cependant si on rencontre dans Pernetty, Frezier, le père Feuillée, et dans les auteurs que nous avons cités , des témoignages aussi unanimes , on trouve également des contradicteurs , tels que Wood , Narborough (1670). Les Patagons du havre Saint-Julien sont d'une taille médiocre , mais bien faits , dit ce navigateur. De Gennes ( 1G96) s'exprime ainsi : Ce sont ces Patagons ( Port-Famine ) que quelques auteurs nous disent avoir 8 ou 10 pieds de haut: le plus élevé d'entre eux n'a pas 6 pieds. De nos jours (1825) le marin anglais Wedell tourne en ridicule les rapports des précédents voyageurs qui représentent ce pays comme étant habité par une race de géants. Il dit que, d'après les renseignements qu'il se procura , leur taille ne diffère point de celle des habitants de la terre de Feu , qui est de Ô pieds 5 pouces à 6 pieds au plus.
« Tels sontles renseignements les plus authentiques qu'on ait aujourd'hui pour aborder une question intéressante en elle-même , et qui pendant long-temps a été l'objet de l'avide curiosité des gens instruits. On ne peut nier que véritablement des peuples de grande taille ne vivent à certaines époques dans les vastes pampas du détroit de Magellan. On ne peut se dispenser d'admettre , d'un autre coté , que des peuplades , de taille moyenne, n'y habitent également, et que tour à tour prises l'une pour l'autre , elles n'aient été la source des discordances qu'on trouve
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 3gj
dans les récits dont nous avons rapporté la substance. « On sait, en effet, que la terre de Feu, la terre des États ,• sont peuplées par des hordes misérables , et déjà rabougries par l'inclémence du climat. Tous les navigateurs peignent les Pécherais comme de dégoûtantes créatures. D'une autre part, les Espagnols ont écrit que les tribus nombreuses qui sont éparses dans la partie australe de l'Amérique variaient à l'infini , et que parmi des races de forte taille , on trouve parfois des tribus de stature médiocre et ordinaire , et les naufragés du Wagger, de l'escadre d'Anson , qui traversèrent toute cette étendue de terrain, s'accordent sur ce point. Mais ces tribus , errantes à la manière des Tartares , changeant de place et de lieu avec leurs familles , suivant que les pâturages s'épuisent dans les lieux qu'elles fréquentent, se sont souvent transportées à de grandes distances ; et on ne peut douter que les Patagons eux-mêmes ne soient dans ce cas, et qu'ils ne parcourent ces immenses déserts , suivant les époques et les saisons. Plusieurs auteurs disent que les Houiliches , qui habitent depuis l'Archipel de Chonos jusqu'au golfe de Pennas, étendent leurs courses jusque vers l'entrée du détroit, lien est de même desPuelches ou Montagnards, dont quelques-uns ont jusqu'à 7 pieds de haut , et que Falkner croit être ceux que plusieurs des voyageurs mentionnent dans les havres de Saint-Julien ou de Port-Famine. Les Tchuels , tribu des précédents, et qui habitent entre la Comarca déserte et les Andes, hauts de 6 pieds communément, et sou-
vent de 7 , habitués au cheval , qu'ils manient avec adresse , seraient également les Patagons , montés sur des chevaux des navigateurs modernes. Au dire du même missionnaire , les peuples ne seraient donc pas confinés à ce qu'on appelle habituellement Patagonie , qui comprend le sud de l'Amérique, à partir du 46e degré de latitude ?
« Sans adopter aveuglément la haute stature accordée aux Patagons par les vieux écrivains , on ne peut aujourd'hui, sans un scepticisme trop exclusif, ne pas croire à l'existence d'une race d'hommes robustes , de grande stature , qui sans être des géants n'en sont pas moins très supérieurs aux Européens par la taille. Ces tribus , placées sous un ciel tempéré ou même froid , ne sont point comme les habitants du pôle nord, rabougries par un climat rigoureux; onamême remarqué que les 40 à 50 parallèles étaient les plus propices pour conserver aux hommes le développement de leur stature , que compriment et rapetissent les latitudes plus élevées , etc. , etc. , etc. »
M. Lesson termine sa notice par des considérations et des rapprochements qu'il serait trop long de rapporter ici. (D.L. R.)
Note xxxvii, page 91.
Antoine S anches Ilibeiro, savant et ingénieux médecin, a publié en 17 05 une dissertation par laquelle il cherche a prouver que cette maladie n'a pas été apportée de l'Amérique , mais qu'elle a pris naissance en Europe , où elle a été la suite d'une maladie épi-
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 3c)9
démique et maligne. Si je voulais entrer ici dans une discussion sur ce sujet, dont je n'aurais pas parlé s'il n'avait pas été intimement lié avec mes recherches , il ne serait pas difficile de faire voir quelques méprises dans les faits sur lesquels ce médecin se fonde , et quelques erreurs dans les conséquences qu'il en tire. La communication rapide de ce mal, de l'Espagne sur toute l'Europe , paraît ressembler plutôt au progrès d'une épidémie qu'à une maladie transmise par contagion. On en a parlé pour la première fois en 1493, et avantl'année 1497 ce mal s'était déclaré dans presque toutes les contrées de l'Europe avec des symptômes si alarmants , qu'on jugea nécessaire d'interposer l'autorité civile pour en arrêter le progrès. Depuis la publication de cet ouvrage , on m'a communiqué une seconde édition de la dissertation duDr. Sanchez. Elle renferme plusieurs faits nouveaux à l'appui de son opinion , qu'il défend par des arguments si plausibles , qu'elle me semble mériter de fixer l'attention et les recherches des plus habiles médecins1.
Note xxxvni, page g5.
Le peuple d'Otahiti n'a point de terme pour signifier un plus grand nombre que celui de deux cents ,
(i) La question de savoir si la syphilis était endémique dans le Nouveau-Monde, et si elle a été apportée d'Amérique, a été traitée avec beaucoup de développement , par l'abbé Clavigcro , dans la neuvième dissertation qui se trouve à la suite de sa Storia antlca del Messico. Ce savant ecclésiastique rapporte dans la première section l'opinion des principaux médecins sur l'origine de la syphilis. Il établit, dans la seconde et dans la troisième , que cette maladie a pu être introduite en
qui suffît pour ses calculs. Relation des voyages , etc., par Hawkcsworth , traduct. franc. m-4o. Paris , 1774 , tom. II , p. 502.
Note xxxix, page io3.
Comme la peinture que j'ai faite des nations sauvages diffère beaucoup de celle que nous en ont don- Europe par des communications avec d'autres parties de l'ancien continent , et qu'elle a même pu se développer en Europe sans contagion. Il termine sa dissertation en disant qu'il est impossible d'affirmer si la syphilis est née en Europe ou en Amérique ; mais que dans cet état d'incertitude, il se range à l'opinion de Sydenham, qui la fait venir de la Guinée ou de quelque autre contrée de l'Afrique équinoxialc.
MM. les docteurs Cullerier et Bard ont discuté la même question dans l'article syphilis du Dictionnaire des sciences médicales. Ces savants médecins ne se prononcent pas entre les différentes opinions émises avpnt eux, et ils terminent leur article en disant :
« Nous rapportons ces opinions sans les discuter, sans les adopter , mais seulement pour présenter tous les motifs d'incertitude qui ont lieu sur ce point. »
Les mêmes docteurs avaient déjà discuté dans le même article deux autres questions qui se rattachent à la première , celle de savoir si la syphilis existait avant la fin du seizième siècle, et si elle avait paru spontanément à cette époque, et ils concluent que l'une et l'autre de ces suppositions peut être également admise et rejetée , parce qu'il y a de fortes raisons pour et d'aussi fortes raisons contre.
Nous croyons devoir ajouter que Jean de Carbondala , chirurgien célèbre, né à Santhia, en Piémont, a composé, vers la fin du treizième siècle, un traité intitulé : De operatione manuali, conservé par Mare de Vergasco, son élève et son compatriote, traité qui est resté manuscrit, et que l'auteur parle de la maladie vénérienne dans le chapitre XLII, et surtout dans le chapitre XLVIII du premier livre, DepustuHs a/bis ut milinm et rubeis et fissuris et corruptionibus qtue Jtunt in inrgd et cirea prcpucîwn propûer coytum cum fe.da vel m ère trier. Dans ce chapitre, il ne fait point mention (lu mercure et de ses préparations; cependant il les connaissait , puisqu'il s'en servait pour le traitement de la gale.
JET ÉCLAIRCISSEMENTS. 4or
née des auteurs très estimables , il est peut-être nécessaire de produire ici quelques-unes des autorités sur lesquelles j'ai fondé ma description. Jamais les mœurs des sauvages n'ont été décrites par des personnes plus en état de les observer avec discernement que par les philosophes employés en 1735 par la France et l'Espagne pour déterminer la figure de a terre. M. Bouguer , don Antonio Ulloa et don George Juan , ont vécu long-temps parmi les nations les moins civilisées du Pérou. M. de La Condamine a eu non-seulement aussi cette occasion de les observer, mais en descendant le Maragnon, il a été à portée de voir les différentes peuplades qui habitent sur les bords de cette rivière dans son long cours au travers du continent de l'Amérique méridionale.
Il y a un rapport frappant entre les descriptions qu'ils nous ont données du caractère des Américains. « Ils sont tous d'une paresse extrême , dit Bouguer; ils passeront des journées entières dans la même place , assis sur leurs talons sans remuer ni sans rien dire.... On ne peut assez dire combien ils montrent d'indifférence pour les richesses et même pour toutes leurs commodités... On ne sait souvent quelle espèce de motif leur proposer lorsqu'on veut en exiger quelque service On leur offre inutilement quelques
pièces d'argent; ils répondent qu'ils n'ont pas faim. » Voyages au Pérou , in-\°. Paris, 1749,^?. 102.
Si on les regarde comme des hommes , les bornes de leur intelligence semblent incompatibles avec l'excellence de l'ame, etleur imbécillité estsi visible»
qu'à peine en certains cas peut-on se faire d'eux une autre idée que celle qu'on a des bêtes. Rien n'altère la tranquillité de leur ame , également insensible aux revers et aux prospérités. Quoiqu'à demi nus, ils sont aussi contents que le roi le plus somptueux dans ses habillements. Les richesses n'ont pas le moindre attrait pour eux , et l'autorité et les dignités où ils peuvent prétendre leur paraissent si peu des objets d'ambition , qu'un Indien recevra avec la même indifférence l'emploi d'alcade et celui de bourreau , si on lui ôte l'un pour lui donner l'autre. Rien ne peut les émouvoir ni les faire changer ; l'intérêt n'a aucun pouvoir sur eux , et souvent ils refusent de rendre un petit service , quoique sûrs de recevoir une grosse récompense. La crainte ne fait aucun effet sur eux; le respect n'en produit pas davantage ; disposition d'autant plus singulière qu'on ne peut la changer par aucun moyen : on ne peut ni les tirer de cette indifférence qui est à l'épreuve des efforts des hommes les plus habiles , ni leur faire renoncer à cette grossière ignorance ni à cette négligence insouciante qui déconcertent la prudence de ceux qui s'occupent de leur bien-être. Voyage de Ulloa, tom. \,p. 335, 356, licite des traits extraordinaires de ces dispositions singulières, p. 330 , 347. « L'insensibilité , dit M. de « La Condamine , fait la base du caractère des Amé- « ricains. Je laisse à décider si on la doit honorer « du nom & apathie , ou l'avilir par celui de stupidité. « Elle naît sans doute du petit nombre de leurs idées, « qui ne s'étend pas au-delà de leurs besoins. Glou-
« tons jusqu'à la voracité quand ils ont de quoi la sa- « tisfaire; sobres quand la nécessité les y oblige, jus- « qu'à se passer de tout sans paraître rien désirer ; « pusillanimes et poltrons à l'excès , si l'ivresse ne les « transporte pas ; ennemis du travail ; indifférents à « tous motifs de gloire , d'honneur et de reconnaisse sance ; uniquement occupés de l'objet présent, et « toujours déterminés par lui, sans inquiétude pour « l'avenir ; incapables de prévoyance et de réflexion ; « se livrant , quand rien ne les gêne, à une joie pué- « rile, qu'ils manifestent par des sauts et des éclats « de rire immodérés , sans objet et sans dessein ; ils « passent leur vie sans penser, et ils vieillissent sans « sortir de l'enfance, dont ils conservent tous lesdé- « fauts. Si ces reproches ne regardaient que les In- « diens de quelques provinces du Pérou , auxquels « il ne manque que le nom d'esclaves, on pourrait « croire que cette espèce d'abrutissement naît de la « servile dépendance où ils vivent, l'exemple des a Grecs modernes prouvant assez combien l'escla- « vage est propre à dégrader les hommes ; mais les « Indiens des missions et les sauvages qui jouissent « de leur liberté , étant pour le moins aussi bornés, « pour ne pas dire aussi stupides que les autres , on « ne peut voir sans humiliation combien l'homme « abandonné à la simple nature , privé d'éducation « et de société, diffère peu de la bête. » Relation abrégée d un voyage, etc., pag. 52, 53. M. de Chanvalon , observateur intelligent et philosophe , qui se rendit à la Martinique en 1751, et qui y résida pen-
4o4 NOTJ.S
dant six ans, a fait des Caraïbes le portrait suivant. « Ce n'est pas la couleur rougeàtre de leur teint , ce « ne sont pas leurs traits différents des nôtres, qui « mettent une si grande différence entre eux et nous : « c'est leur excessive simplicité ; ce sont les bornes « de leur conception. Leur raison n'est pas plus éclaic< rée ni plus prévoyante que l'instinct des bêtes. « Celle des gens de la campagne les plus grossiers, » celle même des nègres élevés dans les parties de « l'Afrique les plus éloignées du commerce, laisse en- « trevoir quelquefois une intelligence encore enve- « loppée, mais capable d'accroissement. Celle desCa- « raïbes ne paraît presque pas en être susceptible. Si « la saine philosophie et la religion ne nous prêtaient « pas leurs lumières; si l'on se décidait par les pre- « mières impulsions de l'esprit, on serait porté d'ace bord à croire que ces peuples n'appartiennent pas v( à la même espèce humaine que nous. Leurs yeux « stupides sont le vrai miroir de leur ame ; elle parait « sans fonctions; leur indolence est extrême. Ja- « mais de soucis pour le moment qui doit succéder « au moment présent. » I^oyage à la Martinique , page 44, 45, 51. MM. de La Borde, Dutertre etRochefort, confirment cette description. « Les mar- « ques caractéristiques des Californiens, dit le P. Vé- « négas,de même que celles de tous les autres Indiens, « sont la stupidité et 1 insensibilité ; le défaut de con- « naissance et de réflexion; linconstance, l'impétuoi site et un appétit aveugle; une paresse excessive « qui leur fait abhorrer la fatigue v\ le travail; l'a
«ffiour du plaisir et des amusements, quelque insi- « pides et grossiers qu'ils soient; la pusillanimité et « le découragement; en un mot, le défaut total et « absolu de tout ce qui constitue l'homme et le rend « raisonnable , inventif, traitable , utile à lui-même et « à la société. Il n'est pas aisé aux Européens qui ne « sont pas sortis de leur pays de se former une juste « idée des peuples dont je parle. On aurait de la peine « à trouver dans le recoin le moins fréquenté du « globe une nation aussi stupide , aussi bornée , aussi « faible d'esprit et de corps que les malheureux Ca-^- « liforniens. Leur intelligence ne va pas au-delà de « ce qu'ils voient: les idées abstraites, les raison- « nements les moins compliqués sont hors de leur « portée , de manière qu'ils ne perfectionnent preste que jamais leurs premières idées ; encore sont-elles « fausses et imparfaites. On a beau leur faire sentir « les avantages qu'ils peuvent se procurer de telle ou « telle façon , ou en s' abstenant de ce qui les flatte , « on ne gagne rien sur eux ; ils ne peuvent com- « prendre le rapport qu'il y a entre les moyens et les « fins ; ils ne savent ce que c'est que de s'occuper à se « procurer un bien , ou à se garantir d'un mal dont ils « sont menacés. Leur volonté est proportionnée à « leurs facultés, et toutes leurs passions n'agissent « que dans une sphère très bornée. Ils n'ont absolu- « ment point d'ambition, et ils sont infiniment plus « jaloux de passer pour robustes que pour vaillants, « Ils ne connaissent ni l'honneur, ni la réputation, ni y les titres , ni les postes , ni les distinctions de su
4o6 NOTES
« périorité ; de manière que l'ambition , ce puissant « ressortdesactionshumaines , qui cause tant de biens « apparents et tant de maux réels dans le monde , n'a « aucun pouvoir sur eux. Cette disposition d'esprit « les rend non-seulement paresseux , indolents , inac- « tifs et ennemis du travail, mais leur fait encore saisir « avec empressementle premier objet qui se présente « devant eux pour peu qu'il leur plaise. Ils regar- « dent avec indifférence les services qu'on leur rend « et n'en conservent pas le moindre souvenir. En un « mot, on peut les comparer à des enfants en qui la rai - « son n'est pas encore développée. C'est proprement « une nation chez laquelle aucun individu ne parvient « à l'âge viril. » Hist. nat. et civile de la Califormie , 1. 1 , pag. 85 , 90. M. Ellis parle de même de l'indolence et du caractère inconséquent du peuple qu'on trouve près de la baie d'Hudson. Voyage , pag. 194, 195.
Les Américains sont si stupides que tous les nègres en général ont une aptitude beaucoup plus grande qu'eux à apprendre les différentes choses qu'on veut leur enseigner, et dont il leur est impossible de saisir l'idée ; c'est pourquoi les nègres , quoique esclaves , se croient des êtres d'une nature supérieure aux Américains, qu'ils ne regardent qu'avec mépris, comme incapables de discernement et de raison. Ulloa, Notic. Americ.,^^. 322, 323.
Note xl, page î 10.
J'ai remarqué précédemmentquec'estpour la même raison qu'ils ne cherchent jamais à élever les enfants
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. [^on
faibles ou mal faits. Ces idées sont si profondément imprimées dans l'esprit des Américains, que les Péruviens , qui sont très civilisés si on les compare avec les peuples sauvages dont je dépeins les mœurs, les ont retenues , malgré leur commerce journalier avec les Espagnols. Ce peuple regarde encore la naissance des jumeaux comme un événement de mauvais augure , et les parents ont recours à des actes de la plus rigoureuse mortification pour écarter les malheurs dont ils sont menacés. Lorsqu'un enfant est né avec quelque difformité , ils cherchent à éviter de le faire baptiser, et ce n'est pas sans peine qu'on les engage à le nourrir. Arriaga , Extirpac. de laldolat. delPeru, pag. 32 , 33.
Note xli , page 1 15.
La quantité de poisson qu'on trouve dans les rivières de l'Amérique méridionale est si considérable qu'elle mérite une attention particulière. Le P. Acugna dit « qu'il y a une si grande quantité de poisson dans « le Maragnon . qu'on peut le prendre avec la main « sans employer aucun artifice ; » pag. 138. « L'Oré- « noque , dit le P. Gumilla, produit une si grande « quantité de tortues, outre une variété infinie d'au- « très poissons , que je ne saurais trouver des termes « pour l'exprimer. Je ne doute même pas que ceux « qui liront ce que je vais dire ne m'accusent d'exa- « gération ; mais je puis les assurer qu'il est aussi diffi- « cile de les compter que de compter les grains de « sable des bords de cette rivière. On peut juger de
4o8 NOTES
« leur quantité par la consommation extraordinaire « qu'il s'en fait; car toutes les nations voisines de l'O « rénoquc , et plusieurs même qui en sont éloignées , « s'y rendent avecleurs familles pour en faire la pêche, « et non-seulement elles s'en nourrissent tout le temps « qu'elle dure, mais elles en font même sécher pour « les emporter chez elles, y joignant une multitude « de corbeilles pleines d'œufs qu'elles ont fait cuire au « feu, etc. » Hist. de V Orénoque , tom. II , chap. 22 , pag. 56 , 60. M. de La Condamine confirme ces récits , pag. 159.
Note xlii, page n5.
Piso a décrit deux de ces plantes , la cururuape et la guajana-timbo. Il est singulier que , quoiqu'elles opèrent ce fatal effet sur les poissons , bien loin d'être nuisibles à l'homme , on s'en sert avec succès dans la médecine. Piso, lib. IV, cap. 88. Bancroft parle d'une autre plante, nommée hiarrée , dont une petite quantité suffit pour enivrer les poissons à une distance considérable ; de sorte qu'en peu de minutes ils flottent sans mouvement sur la surface de l'eau , où il est facile de les prendre. Nat. Hist. o/Gaiana, pag. 106.
Note xliii, page îig.
Nous avons des exemples remarquables des malheurs auxquels des nations sauvages ont été exposées parla famine. Àlvar-Nugnès Cabeça de Vaca , l'un des plus vertueux aventuriers espagnols , est demeuré près de neuf ans parmi les sauvages de la Floride, qui ignoraient toute espèce d'agriculture1, et dontlanour-
riture était aussi mauvaise que précaire. « Ils vivent «principalement, dit-il, des racines des plantes, « qu'ils ne se procurent qu'avec beaucoup de peine t « en errant de tous cotés pour les chercher. Ils tuent « quelquefois un peu de gibier ou prennent du pois- « son, mais en si petite quantité que la faim les oblige « à manger des araignées, des œufs de fourmi, des « vers, des lézards, des serpents, et une espèce de « terre onctueuse ; je suis même persuadé que s'il se « trouvait dans ce pays quelques pierres , ils les ava- « leraient. Ils gardent les arêtes de poisson et de ser- « pent , qu'ils réduisent en poudre pour les manger. « La seule saison pendant laquelle ils ne souffrent « point de la famine est celle où mûrit un certain fruit , « qu'ils nomment tunas , et une espèce de ipoireprickly « appelée par eux opuntia, d'une couleur jaune, ayant « un goût insipide. Ils sont quelquefois obligés de « voyager fort loin du lieu de leur résidence habituelle pour s'en procurer. » Naufragias , cap. 18, pag. 20, 21, 22. G. de Vaca remarque dans un autre endroit qu'ils sont souvent réduits à passer deux ou trois jours sans manger. Cap. 24, pag. 27. Note xliv, page 121.
M. Fermin a donné une description exacte des deux espèces de manioc , avec des détails sur la manière de les cultiver, et il y a joint quelques expériences qu'il a faites pour se convaincre des qualités vénéneuses du suc extrait de l'espèce qu'il appelle cassave amsre, connue parmi les Espagnols sous le nom de yuca-brava Dtscript. de Surinam,, tom. l,pag. 66.
4iO NOTES
Note xlv, page 122.
On trouve le bananier en Asie et en Afrique aussi bien qu'en Amérique. Oviedo prétend que ce n'est point une plante indigène du Nouveau-Monde , mais qu'elle a été portée à l'Espagnole en 1516 par le P. Thomas de Berlanga, qui l'avait prise aux îles Canaries, où les boutures originaires en avaient été apportées des Indes-Orientales. Oviedo , lib. VIII , cap. 1. Cependant l'opinion d'Acosta et d'autres naturalistes, qui le regardent comme une plante de l'Amérique , paraît mieux fondée. Acosta, Hist. nat. I. IV,/>. 21. Elle était cultivée par des tribus sauvages de l'Amérique qui avaient peu de communication avec les Espagnols, et qui étaient privées de cette intelligence qui porte l'homme à imiter des nations étrangères ce qui peut lui être utile. Gumil., III, pag. 186. Wafer s Voyage, pag. 87.
INote xlvi, page 124.
Il est surprenant qu'Acosta, l'un des écrivains les plus exacts et les plus instruits sur les affaires d'Amérique, affirme que le maïs, quoique cultivé sur le continent , n'était pas connu dans les îles , où l'on ne mangeait que du pain de cassave. Hist. nat. lib. IV, cap. 16. Mais P. Martyr, dans le premier livre de' sa première Décade, qu'il écrivit en 1493, après que Colomb fut revenu de son premier voyage, cite expressément le maïs comme une plante cultivée par les insulaires, et dont ils faisaient du pain, page 7. Gomara assure aussi qu'ils connaissaient la culture du maïs. Hist. gêner., chap. 28. Oviedo décrit le mais
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 4 l r
sans dire que ce fût une plante qui n'était pas naturelle à l'Espagnole. Lib. Vil, cap. 1.
Note xlvii, page 129.
« Avant l'arrivée des Espagnols, les Chiliens con- « naissaient l'art d'extraire l'or et l'argent du minerai, « en le faisant fondre dans des pots, à l'aide d'un cou- « rant d'air.
« Leurs instruments tranchants étaient faits d'une « espèce de bronze natif qu'on rencontre dans le « pays. C'est un mélange naturel de cuivre , de zinc a et d'antimoine , appelé campanil par les Espagnols.
« On croit qu'ils ignoraient l'art de fondre le fer. « Ils se servaient néanmoins de ce métal pour armer « leurs flèches; mais on présume qu'ils employaient « à cet effet du fer natif ou météorique , dont on a « découvert une masse considérable dans la province « de Santiago-del-Estero , au nord de celle de Cor- « dova. » (D. L. R.)
NotexLviii, page i32.
La Nouvelle-Hollande , pays qu'on ne connaissait autrefois que de nom , mais qui depuis peu a été visitée par des observateurs intelligents , est située dans une région du globe où l'on doit jouir d'un climat très heureux, puisqu'elle s'étend depuis le dixième jusqu'au trente-huitième degré de latitude méridionale. Sa surface carrée est plus grande que celle de toute l'Europe1. Le peuple qui en habite les différentes parties paraît ne former qu'une seule race. Il est évi-
(1) L'étendue de la Nouvelle-Hollande est moins considérable que
4 Iti AOTES
demment moins civilisé que la plupart des Américains, et a fait moins de progrès dans les arts de la vie. On n'aperçoit pas la moindre trace de culture dans toute cette vaste étendue de terre. Les habitants sont en si petit nombre que le pays paraît presque désert. Leurs tribus sont beaucoup moins considérables que celles de l'Amérique. Ils ne vivent pour ainsi dire que de poisson; ils n'ont point de demeure fixe, mais ils errent de côté et d'autre pour chercher leur nourriture. Les deux sexes vont entièrement nus. Leurs habitations, leurs ustensiles, etc., sont plus simples et plus grossiers que ceux des Américains. Voyage, etc., par Hawkesworthy tom. III, pag. 104, etc., in-A°. La Nouvelle- Hollande est peut-être le pays où l'on trouve l'homme dans l'état de la plus grande ignorance , et où il nous offre le plus triste exemple de sa condition et de ses moyens dans cet état de nature brute. Si, dans la suite, de nouveaux voyageurs y font des recherches plus exactes , la comparaison des mœurs de ses habitants avec celles des Américains ne pourra manquer de formelle de l'Europe, malgré l'assertion contraire de Robertson. Suivant M. de Freycinet Voyage aux Terres Australes.
Lieues carrées de 2 5 au degré.
l'Europe a une superficie de 501,875
la Nouvelle-Hollande de 384,37:)
Milles carrés <.]<■ Go au degré.
À. Balhi donne à l'Europe (bornée au Don) unesup. de 0,787,000
et à la Nouvelle-Hollande 2,205,200
M. tirué évalue lu superi'ieie de à celte dernière partie- du monde à 383, .'><>.> lieues carrées de a5 au degré, qui équivalent à 2,208,960 milles carrés de 60 au degré. La surface de la Nouvelle Hollande h celle de l'Europe SOÉt donc à peu près dans le rapport de '5 à ï, ou plutôt de 3 a > >/ ,.(l).l..R />
mer un article intéressant et instructif pour l'histoire de l'espèce humaine.
Note xlix, page i52.
Le P. Gabriel Marest, que les affaires de sa mission obligèrent de se rendre de Cascaskias , village des Illinois, à Michillimakinac , c'est-à-dire à plus de trois cents lieues de là , nous donne de ce pays la description suivante : « Nous avons marché pendant douze «jours sans rencontrer une seule ame. Tantôt nous « nous trouvions dans des prairies à perte de vue , « coupées de ruisseaux et de rivières , sans trouver « aucun sentier qui nous guidât; tantôt il fallait nous « ouvrir un passage à travers des forets épaisses , au « milieu de broussailles remplies de ronces et d'é- « pines ; d'autres fois nous avions à passer des marais « pleins de fange , où nous enfoncions quelquefois « jusqu'à la ceinture. Après avoir bien fatigué pendant « le jour, il nous fallait prendre le repos de la nuit sur « l'herbe ou sur quelques feuillages , exposés au vent , « àla pluie et aux injures de l'air. » Lett. édif., p. 360, 361. Le Dr. Brickell, dans une course qu'il fît en 1730, de la Caroline septentrionale vers les montagnes , marcha quinze jours sans rencontrer une seule créature humaine. Nat. Hist. o/North Carolina,pag. 389. Diego de Ordas, qui voulut former un établissement dans l'Amérique méridionale en 1532, parcourut de même ce pays pendant quinze jours sans y trouver un seul habitant. Herrera, Decad, V, lib. I , cap. 1 1 . Note l, pages i33 et i34«
Je suis fort porté à croire que la communauté de
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biens et la jouissance commune des vivres ne sont connues que des peuples chasseurs les plus sauvages , et que l'idée du droit exclusif de propriété sur les fruits de la terre naît chez une nation au moment où elle connaît quelque espèce d' agriculture ou d'industrie réglée. Les détails que j'ai reçus sur l'état de la propriété chez les Indiens de différentes parties de l'Amérique me confirment dans cette opinion. « L'i- « dée des naturels du Brésil touchant la propriété , est « que si quelqu'un a cultivé un champ , lui seul doit «jouir de son produit, sans qu'un autre y puisse préce tendre. Tout ce qu'un individu ou une famille prend « à la chasse ou à la pêche appartient de droit a cet « individu ou à cette famille , sans qu'on soit obligé « d'en faire part à qui que ce soit, excepté aux caci- « ques ou à quelque parent malade. Si quelqu'un du « village entre dans leurs cabanes , il peut s'y asseoir « et manger sans en demander la permission ; mais ce « n'est qu'une conséquence de leur principe général « d'hospitalité ; car je ne me suis jamais aperçu qu'ils « partageassent la récolte de leurs champs ou le pro- « duit de leur chasse , ce qu'on aurait pu regarder « comme le résultat de quelque idée de communauté « de biens. Ils sont au contraire si attachés à ce qu'ils « regardent comme leur bien propre, qu'il serait très « dangereux de vouloir les en priver. Je n'ai jamais « vu ni entendu parler d'aucune nation indienne de « l'Amérique méridionale, parmi laquelle cette com- « munaulé de biens qu'on vante tant soit connue. Ce « qui coûta le plus aux Jésuites à faire goûter aux lu-
« diens du Paraguay, fut la jouissance commune des a biens, qu'ils introduisirent dans leurs missions, et « qui était contraire aux idées antérieures des Indiens . « Ils connaissaient les droits d'une propriété privée et « exclusive , et ne se soumirent qu'avec répugnance « à des lois qui y étaient opposées. » Manuscrit de M. le chevalier de Pinto , entre les mains de V auteur. « La « possession actuelle » , dit un missionnaire qui pendant plusieurs années a résidé parmi les Indiens des cinq nations , « donne un droit sur un terrain ; mais « lorsque le possesseur le quitte , un autre a le même « droit de s'en rendre maître qu'avait eu celui qui « vient de le quitter. Cette loi ou cette coutume ne « regarde pas seulement le terrain sur lequel est bâtie « une maison, mais encore un champ cultivé. Si quel- « qu'un a préparé une pièce de terre pour y bâtir ou « planter, personne n'a le droit de le troubler, et « moins encore de lui enlever le fruit de ses travaux , « à moins qu'il ne renonce lui-même à sa possession ; « mais je n'ai jamais entendu parler d'un acte formel « de cession d'un Indien à un autre dans leur état na- « turel. Les limites de chaque canton sont marquées ; « c'est-à-dire qu'il leur est permis de chasser jusqu'à « telle rivière d'un côté et telle montagne de l'autre. « Cet espace est occupé et cultivé par des individus « et parleurs familles , qui jouissent en particulier du « fruit de leur travail et du produit de leur chasse, sans « qu'il soit permis à la communauté d'y prétendre. » Manuscrit de M. Gideon Hawley , entre les mains de l'auteur.
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Note li, page i36.
Cette différence entre le caractère des Américains et celui des nègres est si frappante , qu'il est passé en proverbe dans les îles françaises , « que regarder un « sauvage de travers , c'est le battre ; le battre , c'est « le tuer ; battre un nègre , c'est le nourrir. » Dutertre , loin. W^pag. 490.
Note lu, page 137.
La description de l'état politique du peuple de Cinaloa ressemble parfaitement à celui des habitants de l'Amérique septentrionale. « Ils n'ont ni lois ni sou- « verains pour punir les crimes, » dit un missionnaire qui a vécu long-temps parmi eux : « Ils n'ont aussi au- 0 cime espèce d'autorité ou de gouvernement politi- « que qui les contienne dans de certaines bornes. Ils « reconnaissent à la vérité des caciques qui sont les « chefs des familles ou des villages ; mais leur autorité « se borne à les commander pendant la guerre ou « lorsqu'ils font quelques expéditions contre leurs « ennemis. Cette autorité des caciques n'est pas héré- « ditaire, et ils ne la doivent qu'à leur valeur pendant « la guerre , ou au pouvoir et au nombre de leurs pa- « rents et de leurs amis. Quelquefois même ils ob- « tiennent cette prééminence par leur éloquence à « faire valoir leurs propres exploits. » Ri bas , Hist. tic los triumf.9ctc.,p. 1 1. L'état des Chiquitos dans l'Amérique méridionale est à peu près le même. « Ils non» « aucune forme régulière de gouvernement ou de société civile; mais sur les objets d'intérêt publie rl^
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« écoutent les conseils de leurs vieillards , qu'ils sui- « vent ordinairement. La dignité de cacique n'est pas « héréditaire , et n'est accordée qu'au mérite comme « une récompense de la valeur qu'on a montrée à la « guerre. Il ne règne parmi eux qu'une espèce d'union « imparfaite. Leur société ressemble à une république « sans chef, où chacun est le maitre de sa personne , « et peut, sur le moindre dégoût, se séparer de ceux « avec qui il paraissait le plus lié. » Belac. historical de los Ckiquitos, por P. Juan Patr. Fernandez, pag. 32 , 33. Ainsi il paraît que les nations qui sont dans un même état de société , quoiqu' habitant des climats fort différents , ont les mêmes institutions civiles et la même forme de gouvernement.
Note lui, page i54-
« J'ai connu des Indiens , dit un auteur for-t in- « struit de leurs mœurs, qui, pour se venger, ont fait « mille milles à travers des forêts impénétrables , des « montagnes et des marais de roseaux, exposés à tou- « tes les intempéries de l'air, à la faim et à la soif. « Leur désir de vengeance est si violent qu'il fait mé- « priser tous ces dangers , pourvu qu'ils aient le bon- « heur d'enlever la chevelure du meurtrier ou d'un « ennemi, afin d'apaiser les ombrr s irritées de leurs « parents massacrés. » Adair, Hist. oj Amer. Indians, p. 150.
Note liv, page i54«
Les exploits que Piskaret , chef des Algonquins , a exécutés pour la plupart seul ou avec un ou deux de
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ses compagnons , tiennent une place distinguée dans l'histoire de la fameuse guerre entre les Algonquins et les Iroquois. De la Polherie , tom. I , pag. 297, etc. Colden, Hlst. ofjive nations , pag. 125.
Note lv, page 167.
La vie d'un chef qui échoue dans une expédition est souvent en danger, et il est toujours dégradé du rang qu'il avait obtenu par ses exploits antérieurs. Adair^pag. 388.
Note lvi, page 157.
Comme les idées des peuples de l'Amérique septentrionale, sur la manière de faire la guerre, sont généralement connues, j'ai fondé principalement mes observations sur les témoignages des auteurs qui en ont parlé. Mais on retrouve les mêmes maximes chez d'autres nations du Nouveau-Monde. Un missionnaire judicieux a donné une description des opérations guerrières du peuple du grand Chaco dans l'Amérique méridionale , et ces opérations ressemblent parfaitement à celles des Iroquois. « Presque tous ces a Indiens sont anthropophages, et n'ont d'autre oc- « cupation que la guerre et le pillage. Ils se sontren- « dus formidables aux Espagnols par leur acharne- « ment dans le combat , et plus encore par les strata- « gèmes qu'ils emploient pour les surprendre. S'ils « ont entrepris de piller une habitation , il n'y a rien « qu'ils ne tentent pour tenir dans une fausse sécurité « ou pour écarter ceux qui peuvent la défendre. Ils « cherchent pendant une année entière le moment de
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« fondre sur eux sans s'exposer ; ils ont sans cesse des « espions en campagne , qui ne marchent que la nuit , « se traînant, s'il le faut, sur les coudes, qu'ils ont « toujours couverts de calus. C'est ce qui a fait croire « à quelques Espagnols que, par des secrets magiques, « ils prenaient la forme de quelque animal pour ob- « server ce qui se passait chez leurs ennemis. Lors- « qu'eux-mêmes ils sont surpris , le désespoir les rend « si furieux qu'il n'y a point d'Espagnol qui voulût les « combattre à armes égales. On a vu des femmes « vendre leur vie bien cher aux soldats les mieux ar- « mes. » Relacion chorographica del Gran Chaco de P. Lozano , pag. 79. Hist. génér. des voyages , lom. XIV, pag. 15.
Note lvii, page i5g.
Lery, qui a été le témoin oculaire d'une bataille entre les Topinambous , tribu du Brésil , et une autre nation puissante avec laquelle ils étaient en guerre , nous a donné un tableau frappant du courage et de la férocité de ces peuples. « Ego cum Gallo altero , « dit-il , paulô curiosius , magno nostro periculo ( si « enim ab hostibus capti aut lesi fuissemus , devora- « tioni fuissemus devoti), barbarosnostrosinmilitiam « euntes comitari volui. Hi, numéro 4000 capita, cum a hostibus ad littus decertârunt, tanta ferocitate, ut « vel rabidos et furiosos quosque superarent. Cum « primumhostes conspexêre, in magnos atque editos « ululatus perruperunt. Hœc gens adeô fera est et tru- « culenta, ut tantisper dum virium vel tantillùm reste tat, continué dimicent, fugamque nunquam capes-
« sant. Quod à naturâ illis inditum esse reor. Testor « interea me , qui non semel, tum peditum tum equi- « tum copias ingentes in aciem instructas lue con- « spexi , tantâ nunquam voluptate videndis peditum « legionibus armis fulgentibus, quanta tum pugnanti- « bus istis percussum fuisse. » Lery, Hist. navigat. in Brasil, ap. de Bry, tom. l\\,pag. 207, 208, 209. Note lviii, page 160.
Les Américains, ainsi que d'autres peuples barbares , coupaient autrefois la tête aux ennemis qu'ils tuaient à la guerre , pour la rapporter en trophée ; mais comme ces têtes les incommodaient beaucoup dans leur retraite , qu'ils font toujours avec précipitation , et quelquefois jusqu'à une grande distance , ils se sont contentés ensuite d'enlever la chevelure avec la peau du crâne. Quoique cette coutume soit plus en usage dans l'Amérique septentrionale, elle ne laisse pas d'être connue des peuples méridionaux. P. Loiano ,pag. 79.
Note lix, page 166.
Les paroles de la chanson de guerre semblent dictées par ce même esprit féroce de vengeance. « Je vais en a guerre venger la mort de mes frères : je tuerai, j'ex- « terminerai , je saccagerai , je brûlerai mes ennemis ; « j'emmènerai des esclaves, je mangerai leur cœur, je « ferai sécher leur chair, je boirai leur sang , j'apporte terai leur chevelure, etje me servirai de leurs crânes « pour en ("aire des tasses. » Nouv. Voyage aux Inde* Occidentales , par M. Bossa , in- 1 2 , tom. I , pag. I 1 ô , note,
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. /p *
Des personnes dignes de confiance m'ont assuré que depuis que le nombre des Indiens a considérablement diminué , ils ne mettent presque plus aucun de leurs prisonniers à mort, parce qu'ils regardent comme une politique plus sage de leur accorder la vie et de les adopter. Ces scènes terribles dont j'ai parlé arrivent aujourd'hui si.rarement que des missionnaires et des négociants qui ont demeuré long-temps parmi les Indiens n'en ont jamais vu.
Note lx? page 167.
Tous les voyageurs qui ont visité les peuples les moins civilisés de l'Amérique s'accordent sur ce fait, qui se trouve confirmé par deux exemples remarquables. Lors de l'expédition de Narvaez dans la Floride , en 1528, les Espagnols furent réduits, pour conserver leur propre vie , à manger ceux de leurs compagnons qui mouraient; ce qui parut si révoltant aux Indiens , accoutumés à ne manger que leurs prisonniers , qu'ils ne regardèrent plus les Espagnols qu'avec horreur et indignation. Torquemada, Monarch. ind. tom. Il, pag. 584. Naufragios de Alv. Nugnès Cabeça de Vaca, cap, 14, pag. 15. Quoique les Mexicains dévorassent avec avidité pendant le siège de Mexico les Espagnols et les Tlascalans qu'ils faisaient prisonniers , la famine la plus cruelle ne put les engager à manger les corps morts de leurs compatriotes. Bern. Diaz del Castillo , Conq. de la Nuev. Espagna, pag. 156.
Note lxi, page 169.
On trouve plusieurs exemples singuliers de la mail. *7
L\1r± NOTES
nière dont les peuples du Brésil traitent les prisonniers , dans une relation de Stadius , officier allemand au service des Portugais, publiée en 1556. 11 fut fait prisonnier par les Topinambous, qui le tinrent pendant neuf ans en captivité. Il fut souvent le témoin de ces fêtes horribles qu'il décrit, et il était lui-même destiné à subir le sort cruel des autres prisonniers ; mais il sauva sa vie par des efforts extraordinaires de courage et d'adresse. De Bry , tom. III , pag. 44 , etc. De Lery , qui accompagna Yillegagnon dans son expédition au Brésil , en 1556 , et qui demeura longtemps dans ce pays, se trouve d'accord avec Stadius sur toutes les circonstances importantes. 11 fut souvent le témoin oculaire de la manière dont les peuples du Brésil traitaient leurs prisonniers. De Bry , tom. III, pag. 210. Un auteur portugais en rapporte plusieurs particularités remarquables, que Stadius et de Lery ont passées sous silence. Pure h. Pilgr. tom. \Sypag. 12M,etc.
!Note lxii, page 175.
Quoique j'aie suivi , touchant cette apathie des Américains, l'opinion qui paraît être la plus raisonnable et qui se trouve appuyée par l'autorité des auteurs les plus respectables, il y a cependant des écrivains d'un mérite reconnu qui ont donné des théories fort différentes sur ce sujet. Don Antonio de Ulloa, dans un voyage qui a paru depuis peu, prétend que la contexture de ia peau et la constitution physique des Américains les rendent moins sensibles à la douleur
ET ÉCLAIRCISSEMENTS. l\'?3
que le reste des hommes. Il en fournit plusieurs preuves dans la tranquillité avec laquelle ils supportent les plus cruelles opérations de chirurgie, etc. Noticias Americanas , pag : 313, 314. Des chirurgiens ont fait les mêmes observations dans le Brésil. « Un Indien , « disent-ils , ne se plaintjamais de la douleur, et souffre « l'amputation d'un bras ou d'une jambe sans pousser « le moindre soupir. » Manuscrit entre les mains de l'auteur.
Note lxiii, page 175.
Cette idée est naturelle à tout peuple grossier. Dans les premiers temps de la république, c'était une maxime parmi les Romains qu'un prisonnier, « tum « decessisse videtur cùm captus est. »'Digest.lib.XLlX, lit. 15 y cap. 18. Dans la suite, lorsque le progrès du luxe les eut rendus plus indulgents sur cet article , ils furent obligés d'employer deux fictions de jurisprudence pour assurer la propriété, et pour permettre le retour d'un prisonnier, l'une par la loi C 'orne lia , et l'autre par le Jusposlliminu. Hcineccii, Elem. Juris civ. sec. ord. Pand. tom. II ,pag. 294. Les mêmes idées se trouvent chez les nègres. Jamais on n'y a reçu la rançon d'un prisonnier. Dès qu'un individu est pris à la guerre , il est regardé comme un homme mort , et il l'est en effet pour sa patrie et pour sa famille. Voyage du chevalier de Marchais , tom. I , pag. 369.
Note lxiv, page 177.
Les naturels du Chili , les pins braves et les plus fiers de tous les peuples américains, sont les seuls ex-
ceptés de cette observation. Ils combattent leurs ennemis en pleine campagne ; leurs troupes s'avancent et attaquent non-seulement avec courage , mais en conservant un ordre régulier. Quoique plusieurs des tribus de l'Amérique septentrionale aient changé leurs arcs et leurs flèches pour des armes à feu d'Europe, ils suivent toujours leur ancienne manière de faire la guerre et ne s'écartent point de leur système particulier; mais les opérations militaires des peuples du Chili ressemblent beaucoup à celles des nations guerrières de l'Europe et de l'Asie. Ovalles Relacion of Chili. Churchill' s Coll. lom. III, pag. 71. Lozano > Hist. delParag. tom. \,pag. 144, 145.
Note lxv , page 181.
Herrera nous en a donné un exemple singulier Dans le Yucatan les hommes sont si soigneux de leur parure, qu'ils portent partout des miroirs, qui sans doute sont faits de pierre, comme ceux des Mexicains, Dccad. IV, lié, III , cap. 8 , et dans lesquels ils aiment beaucoup à se regarder; mais les femmes n'en font jamais usage. Dccad. IV, lih. X, cap. 3. Il remarque que parmi les P anches , peuple féroce du nouveau royaume de Grenade , il n'y avait que les guerriers distingués à qui il fût permis de percer leurs lèvres et d'y porter des pierres vertes ou d'orner leur tête déplumes. Decad. VII, lih. IX, cap. 4. Quoique le royaume du Pérou fût très civilisé , il y avait des provinces où la condition des femmes était peu améliorée. Elles étaient chargées du soin de la culture et des
travaux domestiques. Il ne leur était pas permis de porter des bracelets ou d'autres ornements, dont les hommes se paraient avec complaisance. Zarate , Hist. de Peru , tom. I , pag. 15, 16.
Note lxvi , page 181.
J'ai hasardé d'appeler cette méthode d'oindre et de peindre leurs corps Y habillement des Américains ; ce qui s'accorde même avec leur propre idiome. Ils ne sortent jamais de leurs maisons s'ils ne sont oints depuis les pieds jusqu'à la tête , et ils s'excusent de sortir en disant qu'ils ne peuvent point paraître parce qu'ils sont nus. Gumilla, Hist. deV Orénoque , tom. I, pag. 191.
Note lxvii, page i83.
On trouve dans la province de Ginaloa, sur le golfe de Californie , des peuples qui paraissent vivre dans un état de société, quoiqu'on puisse les compter parmi les nations les plus grossières de l'Amérique. Ils ne cultivent ni ne sèment jamais ; ils n'ont même aucune habitation. Ceux de l'intérieur du pays ne vivent que de la chasse , et ceux des cotes que de la pêche ; les uns et les autres suppléent au reste par les productions spontanées de la terre , telles que des fruits , des plantes, des racines de différentes espèces. Comme ils n'ont aucun abri pendant les temps pluvieux , ils rassemblent des roseaux ou des herbes fortes, qu'ils lient par un bout et qu'ils ouvrent de l'autre pour leur servir d'espèce de capuchon , qui , semblable à un auvent , reçoit la pluie et les en garantit pendant plu-
sieurs heures. Dans les temps chauds, ils se forment avec des branches d'arbres un abri contre les rayons brûlants du soleil. Pour se préserver du froid, ils font de grands feux autour desquels ils dorment en plein air. Historia de los triamfos de Nuestra Santa- Fé , entre g entes las mas barbaras,etc. ,por P. And. Perez de Ribas, pag. 7 , etc.
Note lxviii, page 184.
Ces maisons ressemblent à des granges. « Nous en « avons mesuré qui avaient 150 pas de long sur 20 pas « de large , et où plus de cent personnes habitent en- « semble. » W ils on s Account oJGuiana. Pure h. Pilgr . vol. YVfpag. 1263, ibid., 1291. « Les maisons des In- « diens, dit M. Barrère , ont l'air d'une extrême pau- « vreté , et sont une image parfaite des premiers
« temps Toutes ces cases ou huttes, qui sont or-
« dinairement bâties sur une hauteur ou au bord de «quelque rivière, pêle-mêle et sans aucun ordre, « forment un aspect des plus tristes et des plus désa- « gréables. On n'y voit rien que de hideux et de saute vage. Le paysage n'a rien de riant. Le silence même « qui règne dans tous ces endroits, et qui n'est inter- « rompu quelquefois que par le bruit désagréable des « oiseaux ou des bêtes fauves , n'est capable d'inspirer « que de la frayeur. » Nouv. Relat. de la France cquin. pag. 146, 147.
Note lxix, page 186.
On trouve dans l'Amérique méridionale des peuples qui ont l'art de lancer des flèches à une grande
ET ECLAIRCISSEMENTS. l±1J
distance et avec une force extraordinaire, sans se ser vir d'arcs. «Ils font usage d'une sarbacane, par le moyen « de laquelle ils soufflent une flèche à plus de cent vingt « pas. Cet instrument est fait d'un roseau naturel et « creux , long de neuf à dix pieds , de la grosseur d'un « pouce ; et pour que la flèche puisse atteindre à un « si grand éloignement , à cause de sa grande légèreté , « ils en enveloppent le gros bout de coton non filé , « qui la fait entrer avec un peu de difficulté dans la « sarbacane y ce qui, comprimantrair, la fait sortir avec « une rapidité surprenante , sans quoi il ne serait pas « possible de la faire traverser un si grand espace. « Ces petites flèches sont toujours empoisonnées. » Fermin , Descript. de Surinam , tom. I , pag. 55. Bancroft's Hist. ofGuiana, pag. 281, etc. Les peuples des Indes orientales font un grand usage de cette sarbacane.
Note lxx, page 187.
Je pourrais en produire plusieurs exemples , mais je me bornerai à en citer un seul pris chez les Esquimaux. « Leurs arcs sont d'une construction fort ingé- « nieuse,ditM. Ellis; ils sont ordinairement composés « de trois morceaux de bois , qu'ils savent joindre « très proprement et avec beaucoup d'exactitude. « C'est du sapin ou du mélèse , que les Anglais nom- « ment en ce pays genévrier, qu'ils emploient com- « munément pour cet usage ; et comme ces bois ne « sont ni forts ni élastiques , ils suppléent à l'un et à « l'autre en renforçant leur arc par derrière , avec « une espèce de bande faite de nerfs ou tendons de
« leurs bètes fauves. Ils ont soin de mettre souvent « leurs arcs dans l'eau ; ce qui faisant rétrécir les cor- « des leur donne par là plus d'élasticité et les fait por- « ter plus loin qu'ils ne feraient autrement. Gomme « ils sont habitués à cet exercice depuis leur jeunesse , « ils tirent avec une dextérité inconcevable. ». Voyage to Hudson s Bay, p. 138.
Note lxxi, page 188.
Le besoin est le grand mobile qui excite et guide l'homme dans les inventions nouvelles. Il y a cependant une inégalité si grande dans les progrès des découvertes , et quelques nations ont si fort devancé les autres , quoique dans des circonstances presque semblables , qu'il faut attribuer cette différence à quelque événement de leur histoire ou à quelque cause particulière de leur situation physique que nous ignorons. Les habitants de l'île d'Otaïti, découverte depuis peu dans la mer du Sud , surpassent de beaucoup la plupart des Américains dans la connaissance des arts d'industrie : cependant ils ignoraient la méthode de faire bouillir l'eau, et n'avaient aucun vase dans lequel ils pussent la contenir et la soumettre à l'action du feu : ils ne concevaient pas plus qu'on pût l'échauffer que la rendre solide. Voyages autour du monde , rédigés par Hawkesworth , tom. II , pag. 132, 155, in-4°.
Note lxxii, page 188.
Une de ces chaloupes , qui pouvait contenir neuf hommes, ne pesait que soixante livres. Gosnol ', Relat.
des Voyages de la Virginie, Rec. de Voy. au, nord, tom. V, pag. 403.
Note lxxiii, page 191.
Ulloa nous en donne une preuve remarquable. « Dans leurs fabriques de tapis , de rideaux et de cou- « vertures de lit, et autres semblables étoffes, toute « leur industrie consiste àprendre chaque fil l'un après « l'autre, aies compter chaque fois, et à y faire ensuite « passer la trame ; de sorte que pour fabriquer une «pièce de quelqu'une de ces étoffes, its emploient « jusqu'à deux ans ou même davantage. » Voyage au Pérou , tom. I, pag. 336. Bancroft donne la même description des naturels de la Guiane, pag. 255. Suivant Adair, les Indiens de l'Amérique septentrionale n'ont pas plus d'esprit ni de dextérité , pag. 422. L'une des planches qu'on trouve dans Purchas , tom. III , pag. 1106 , des peintures des Mexicains, me fait croire que ce peuple ne possédait pas une méthode plus parfaite ni plus prompte de tisser. L'invention d'un métier était au-dessus de la portée de l'esprit des Américains les plus civilisés. Ils sont si lents dans tous leurs ouvrages , qu'un de leurs ouvriers demeure plus de deux mois à faire avec son couteau une pipe à fumer. Ibid.pag. 423.
• Note lxxiv, page 193.
Le P. Lafitau, dans ses Moeurs des Sauvages, emploie 347 fastidieuses pages inA° pour le seul article de la religion.
43o NOTES
Note lxxv, page 196.
J'ai renvoyé le lecteur à différents auteurs qui ont parlé des peuples les moins civilisés de l'Amérique. Leur témoignage est uniforme. Celui du P. Ribas touchant le peuple de Cinaloa, s'accorde avec tous les autres. « Pendant plusieurs années, dit-il, que je ré- « sidai parmi ces peuples , je fus très attentif à obser- « ver si l'on devait les regarder comme idolâtres , et «je puis assurer avec vérité que, quoiqu'on trouve « chez quelques-uns des traces d'idolâtrie , les autres « n'ont pas la moindre connaissance de Dieu, ni même « de quelque fausse divinité , et qu'ils ne rendent au- « cun hommage formel à l'Être suprême qui gouverne « le monde. Ils ne peuvent se former aucune idée de « la providence d'un Créateur de qui ils doivent at- « tendre dans la vie future la récompense de leurs « vertus et la punition de leurs crimes. Ils ne s'assem- « blent jamais en public pour exercer aucun acte de « religion, a Ribas , Triumphos , etc., pag. 16.
Note lxxvi, page 197.
Le peuple du Brésil était si effrayé du tonnerre, qui est fréquent et terrible dans ce pays , ainsi que dans d'autres parties de la zone torride, que c'était nonseulement pour eux un objet de culte religieux. , mais que le mot le plus expressif de leur langue pour désigner la divinité était celui de toupan , dont ils se servent aussi pour désigner le tonnerre. Piso de Medec. Brasll. pag. 8. Nicuhoff, Church. collect. loin. II , pag. 132.
Note lxxvii, page 206.
Suivant le rapport de M. Dumont, témoin oeulaire des funérailles du grand chef des Natchez , il paraît que les sentiments de ceux qui se sacrifiaient à cette occasion étaient fort différents. Il y en avait qui briguaient cethonneur avec ardeur ; d'autres cherchaient à éviter leur sort, et plusieurs même conservaient la vie en se sauvant dans les bois. Les bramines donnent aux femmes qu'on doit brûler avec les corps de leurs maris une liqueur enivrante qui les rend insensibles au sort qui les attend ; les Natchez obligent de même leurs victimes d'avaler plusieurs morceaux de tabac; ce qui produit un semblable effet. Mém. de la Louisiane, 'tom. \,pag. 227.
Note lxxviii, page 214.
Ils sont très licencieux en plusieurs occasions, surtout dans les danses instituées pour le rétablissement de la santé de quelque personne malade. De La Potherie , Hist. etc. tom. II , pag. 42. Charlevoix, Hist. de la Nouvelle-France , tom. III , pag. 319. Mais leurs danses sont ordinairement telles que je les ai décrites.
Note lxxix, page 217.
Les Othomaques j qui habitent les bords de TOrénoque , emploient pour ce même effet une poudre faite de grains à'yuapa et de coquilles de certains gros colimaçons calcinées au feu et pulvérisées. Les effets en sont si violents , quand on la prend par le
nez, qu'elle inspire plutôtla fureur que l'ivresse. Hisl.
de lJ Orénoque , par Gamilla , tom. \, pag. 286.
Note lxxx, page 220.
Quoique cette observation soit vraie à l'égard de la plupart des nations méridionales , il y en a cependant quelques-unes où l'intempérance des femmes n'est pas moins excessive que celle des hommes. Bancroft's Nat. Hist. of Guiana , pag . 215.
Note xci, page 226.
On trouve de ces circonstances contradictoires et inexplicables dans les. auteurs les plus judicieux qui ont parlé des mœurs des Américains. Le P. Charlevoix , que la controverse qui existait entre son ordre et celui des Franciscains sur l'esprit et les connaissances des peuples de l'Amérique septentrionale , intéressait à exposer leurs qualités morales et intellectuelles dans le jour le plus favorable, assure qu'ils sont continuellement occupés à négocier avec leurs voisins , et qu'ils font paraître dans leurs négociations autant d'habileté que de noblesse de sentiments. Il ajoute cependant « qu'il y va de tout pour un pléni- « potentiaire d'employer tout ce qu'il a d'esprit et « d'éloquence ; car si les propositions ne sont pas « agréées , il faut qu'il se tienne bien sur ses gardes. « 11 n'est pas rare qu'un coup de hache soit l'unique « réponse qu'on lui fasse. Il n'est pas même hors de « danger quand il a évité la première surprise ; il doit « s'attendre à être poursuivi , et à être brûlé s'il est « pris. » Hisl . de la Nouv. -France , tom. 111 , pag. ;):> I
Ce que nous rapportons {livre Y ', pag an 1519)
relativement à la manière dont les Tlascalans traitèrent les ambassadeurs de Zempoalla, vient à l'appui du fait cité par Charlevoix. Des hommes capables de pareils actes de violence paraissent ignorer les premiers principes sur lesquels est fondé le commerce réciproque entre les nations, et au lieu des négociations perpétuelles dontparle Charlevoix, il paraît impossible qu'il y ait même la moindre communication entre ces peuples.
Note xen, page 228.
C'est une remarque que fait Tacite en parlant des Germains : « Gaudent muneribus , sed nec data im- « putant , nec acceptis obligantur. » De mor. Ger?n. c. 21 . Un auteur qui s'est trouvé à portée d'observer le principe qui porte les Sauvages à ne montrer aucune reconnaissance des dons qu'ils ont reçus , et à n'attendre aucun retour de ceux qu'ils ont laits , explique ainsi leur idée à ce sujet: « Si vous m'avez donné « ceci, disent-ils , c'est que vous n'en aviez pas besoin « vous-même ; quant à moi , je ne donne jamais ce que « je crois pouvoir m'être nécessaire. » Mcm. sur les Galibis. Hist. des plantes de la Guiane française , par M. Aublet , tom. II ,pag. 110.
Note xciu, page 244*
And. Bernaldès, contemporain et ami de Colomb, a cité quelques exemples du courage des Caraïbes , qui ne sont mentionnés ni par Ferdinand Colomb ni par les autres historiens de ce temps, dont les ou-
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Tirages ont été publiés. Un canot caraïbe où il y avait quatre hommes, deux. femmes et un enfant, se trouva un jour, sans qu'ils le sussent, au milieu de la flotte de Colomb, lorsqu'à son voyage il passait entre leurs îles. Ils restèrent d'abord dans un étonnement stupide à la vue d'un pareil spectacle, et ne sortirent presque pas de la même place pendant plus d'une heure. Une barque espagnole , armée de vingt-cinq hommes , s'avança vers eux et la flotte même les entoura peu à peu jusqu'à leur couper toute communication avec la cote. « Lorsqu'ils s'aperçurent , dit « l'historien, qu'il leur était impossible de s'échapper, « ils saisirent leurs armes avec un courage intrépide, « et commencèrent l'attaque. Je dis avec un courage « intrépide, parce qu'ils n'étaient qu'en petit nombre, « et qu'ils voyaient une grande multitude prête à les « assaillir. Ils blessèrent plusieurs Espagnols, quoique « ceux-ci eussent des boucliers et d'autres armes dé- « fensives. Lors même que le canot eut chaviré , ce « ne fut qu'avec beaucoup de peine et de danger qu'on « en prit quelques-uns, parce qu'ils ne cessaient de se « défendre et de faire usage de leurs arcs avec beau- « coup d'adresse , quoique nageant en pleine mer. » Hist. de D. Fern. y Ysab. manusc. cap. 119.
Note xciv , page 245.
On peut former une conjecture fort probable sur la cause qui distingue le caractère des Caraïbes d'avec celui des habitants des plus grandes îles. Il parait clairement que les premiers sont d'une race particulière.
Leur langue est totalement différente de celle de leurs voisins habitant des grandes îles. Il y a même parmi eux une tradition qui porte que leurs ancêtres sont originairement venus de quelque partie du grand continent , et qu'après avoir conquis et exterminé les anciens habitants des îles, ils ont pris possession de leurs terres et de leurs femmes. Rochefort, pag. 384. Du Tertre, pag. 360. C'est pour cela qu'ils s'appellent eux-mêmes Banarée, qui signifie un homme venu d'audelà de la mer. Labat, tom. VI ,p. 131. Les Caraïbes ont même encore deux langues différentes, dont l'une est particulière aux hommes et l'autre aux femmes. Du Tertre , pag. 36 1. La langue des hommes n'a rien de commun avec celle qu'on parle dans les grandes îles , mais l'idiome des femmes y ressemble beaucoup. Labat y pag. 129 ; ce qui confirme fortement la tradition dont j'ai parlé. Les Caraïbes eux-mêmes pensent qu'ils sont une colonie de Galibis , nation puissante de la Guiane dans l'Amérique méridionale. Du Tertre, pag. 361. Rochefort, pag. 348. Mais comme leurs mœurs féroces ont plus de rapport avec celles des nations qui habitent le nord du continent qu'avec celles des peuples de l'Amérique méridionale , que d'ailleurs leur langue a quelque analogie avec celle qu'on parle dans la Floride , il est à croire qu'ils descendent plutôt des premiers que des autres. Labat, pag. 128, etc. H errer a, Decad. I, lib. IX, cap. 4. Dans leurs guerres, ils conservent encore l'ancien usage de détruire tous les mâles et de ne laisser la vie qu'aux personnes de l'autre sexe pour leur servir d'esclaves ou de femmes.
Note xcv , page 248.
La connaissance de tout ce qui s'est passé à la conquête de la Nouvelle-Espagne nous vient de sources plus authentiques et plus originales que celles qui nous ont transmis les autres événements de l'histoire de l'Amérique ; et parmi ces monuments , il n'y en a pas de plus précieux et de plus anciens que les lettres adressées par Gortez à l'empereur Charles-Quint. Comme Cortez se rendit bientôt indépendant de Velasquez , il était obligé d'envoyer à la cour de Madrid un détail de ses opérations qui pût lui mériter l'approbation de son souverain.
Sa première dépêche n'a jamais été rendue publique1. Elle* fut écrite à la Yera-Cruz le 16 juillet 1519 : comme je pensais qu'elle n'avait pu parvenir à l'empereur qu'après son arrivée en Allemagne , et qu'il partit pour aller y recevoir la couronne impériale au commencement de l'année 1520, je fis toutes les recherches possibles pour trouver une copie de cette lettre en Espagne et en Allemagne , mais inutilement. Cette perte ne peut cependant pas être d'une grande conséquence , parce que la lettre , écrite immédiatement après l'arrivée de Cortez dans la nouvelle Espagne , ne devait contenir rien de très important. En cherchant cette première lettre de Cortez, on découvrit dans la Bibliothèque impériale de Vienne la co-
(1) M. M. F. de Navarctte a découvert celte première lettre de Cortez et plusieurs autres fort curieuses du même conquérant; elles seront imprimées dans la Collection des Voyages et Découvertes des Espagnols, depuis la fin du xi>* s/èele, etc., dont ce savant a déjà publié deux volumes. (D. !.. R.)
pie d'une autre dépêche, que Cortez avait écrite de la Vera-Cruz à l'empereur. J'en ai donné quelques extraits à la fin des notes de ce volume. La seconde dépêche, datée du 30 octobre 1520, fut publiée à Séville en 1522 ; la troisième et la quatrième parurent peu de temps après qu'on les eut reçues. En 1532 on en imprima en Allemagne une traduction latine. Ramusio leur donna ensuite une plus grande publicité en les insérant dans son précieux recueil. Ces lettres contiennent une histoire exacte et précise de l'expédition de Cortez , avec plusieurs particularités intéressantes touchant les mœurs et les coutumes des Mexicains ; elles font honneur à Cortez. Le style en est simple et clair ; mais , comme il avait le plus grand intérêt à présenter ses opérations sous le jour le plus favorable , il est à croire qu'il a exagéré ses victoires , diminué ses pertes et pallié les actes de rigueur et de violence auxquels il a pu se porter.
L'ouvrage qui suit celui de Cortez est la Cronica de la Nueva-Espagna , por Francisco Lopez de Gomara , imprimé en 1552. Le mérite historique de Gomara est très distingué ; sa manière de narrer est claire , facile, toujours agréable et souvent même élégante ; mais il est quelquefois inexact et crédule. Comme il était chapelain particulier de Cortez, après son retour de la Nouvelle-Espagne, et qu'il composa sans doute cet ouvrage par l'ordre de ce capitaine, il est positif qu'il a cherché à exagérer le mérite de son héros , et à cacher ou du moins à voiler les actions qui auraient pu nuire à sa gloire. Herrera l'accuse de ce défaut