‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 101 sur 174 · LIVRE SECOND. l · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. l

la famine. L'île ne leur fournissait pas de quoi y sup- i W pléer. Ils étaient en même temps menacés d'un danger plus grand encore et plus prochain. Après le départ de Colomb , les soldats qui étaient sous les ordres de Margarita avaient secoué toute discipline et toute subordination. Au lieu de suivre les sages instructions de l'amiral , ils se dispersaient dans toute l'île , vivant à discrétion chez les Indiens , pillant leurs provisions, s'emparant de leurs femmes, et traitant ces hommes doux et paisibles avec toute l'insolence et la tyrannie militaires ' .

Tant que les Indiens avaient pu espérer que leurs souffrances finiraient par le départ volontaire de leurs oppresseurs, ils s'étaient soumis en silence et avaient dissimulé leur désespoir. Mais ils s'apercevaient maintenant que ce joug intolérable allait être permanent. Les Espagnols avaient bâti une ville, et l'avaient environnée de remparts. Ils avaient construit des forts en différents endroits , enclos et ensemencé quelques terrains. Ils paraissaient être venus non plus simplement pour visiter l'île , mais pour s'y établir. Quoique le nombre de ces étrangers ne fût pas considérable, les Indiens avaient une culture si imparfaite et si strictement mesurée sur leur propre consommation, qu'il ne leur était pas possible de fournir à la subsistance de ces nouveaux hôtes. Indolents, et sans activité, d'un tempérament naturellement

(i) V. Martyr, Dccad., p. 47.

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HM faible et énervé encore par la chaleur du climat j ils se contentaient d'une très petite quantité de nourriture. Une poignée de maïs , un petit morceau d'un pain insipide fait avec de la cassave , suffisaient pour nourrir des hommes dont les forces n'étaient épuisées ni par les travaux du corps ni par ceux de l'esprit. Les Espagnols , quoique le peuple le plus sobre de l'Europe, leur semblaient voraces à l'excès. Ces insulaires , voyant qu'un Espagnol consommait la nourriture de plusieurs Indiens , les regardaient comme des hommes insatiables, et supposaient qu'ils avaient abandonné leur patrie , parce qu'elle ne leur fournissait pas de quoi satisfaire leur faim immodérée , et qu'ils étaient venus parmi eux pour y chercher à subsister ' . En même temps que le soin de leur propre conservation faisait désirer aux insulaires le départ de ces hôtes incommodes qui consommaient en si peu de temps le petit fonds de leurs provisions, les injures qu'ils en recevaient tous les jours ajoutaient à leur impatience. Mais, après avoir attendu inutilement le départ des Espagnols, ils conçurent que pour éloigner la destruction dont ils étaient menacés, soit par la famine, soit par les exactions de ces tyrans, il était nécessaire de ranimer leur courage, de les attaquer avec toutes leurs forces réunies, et de les chasser des établissements qu'ils avaient formés par la violence.

(i) If errera, DecacL I, Ub. Il , cap. 17.

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