‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 102 sur 174 · LIVRE SECOND. I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. I

Telles étaient les dispositions générales des In- indiens, lorsque Colomb revint à Isabelle. Désespérés j i diéns des injustices et des outrages qu'ils éprouvaient de la part des Espagnols sans aucune provocation, et enflammés d'une rage dont leur caractère doux et patient ne semblait pas susceptible 7 ils n'attendaient qu'un signal de leur chef pour tomber tous à la fois sur la colonie. Quelques-uns des caciques avaient déjà surpris et mis à mort plusieurs Espagnols qui s'étaient hasardés seuls dans l'île. La crainte du danger réunit enfin les esprits et rétablit l'autorité de Colomb. On ne vit de salut que dans une entière confiance en sa sagesse. Il devenait urgent de recourir aux armes contre les Indiens , ce que Colomb avait évité jusqu'alors avec le plus grand soin : quelque inégal, que pût paraître le combat entre les habitants du Nouveau-Monde , nus, armés seulement de massues, de bâtons durcis au feu , de sabres de bois , de frondes, de flèches dont la pointe était d'os de poisson, et des Européens accoutumés à la discipline et pourvus de tous les instruments de destruction connus alors en Europe, la situation des Espagnols n'était pourtant pas sans danger. La prodigieuse supériorité du nombre des Indiens compensait beaucoup d'avantages. Une poignée d'hommes avait à se défendre contre toute une nation. Un événement malheureux, ou un simple délai, si le sort des armes ne décidait pas la guerre sur - le - champ , pouvait

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âh9U devenir également funeste. Colomb, convaincu que tout dépendait de la vigueur et de la rapidité de ses ■],4d'6 opérations, assembla tout de suite ses troupes. Elles étaient réduites à un très petit nombre \ les maladies causées par la chaleur et l'humidité du pays y avaient fait de grands ravages. L'expérience n'avait pas encore montré aux Européens les remèdes du mal, et les précautions nécessaires pour s'en garantir. Les deux tiers des premiers aventuriers étaient morts , et plusieurs de ceux qui restaient étaient incapables ■i\ mais. (Je service '. Le corps de troupes qui entra en campagne consistait seulement en deux cents hommes de pied, vingt chevaux, avec vingt grands chiens : on peut sans doute trouver étrange qu'on cite des chiens comme faisant partie d'une armée ; mais ces animaux n'étaient pas les ennemis les moins redoutables pour des Indiens nus et timides. Tous les caciques de l'île , si l'on en excepte Guacanahari , qui demeura toujours attaché aux Espagnols, avaient rassemblé leurs forces, qui , si nous en croyons les historiens espagnols, montaient a cent mille hommes. /Vu lieu de tenter d'attirer leurs ennemis dans l'épaisseur de leurs bois et dans les défilés de leurs montagnes , ils eurent l'imprudence de prendre leur poste à Vega-Réal, la plus grande plaine du pays. Colomb ne leur donna pas le temps de s'apercevoir de leur erreur et de changer de position. Il les attaqua

(i) Vie de Colomb , chap. 61.

pendant la nuit, temps où les troupes indisciplinées 4H95 sont le moins capables d'agir avec quelque concert. La victoire lui fut aisée et ne coûta point de sang espagnol. Le bruit des armes à feu et la charge impétueuse de la cavalerie remplirent les Indiens de terreur , et les chiens, lâchés à propos, ajoutèrent tellement à leur trouble et à leur consternation , qu'ils jetèrent bas leurs armes, et laissèrent le champ de bataille sans faire la moindre résistance. On en tua plusieurs. On en fit prisonniers un plus grand nombre , qu'on réduisit en esclavage ï . Le reste fut tellement intimidé qu'il perdit dès ce moment tout espoir et toute pensée de résister désormais à des hommes qu'ils regardaient comme invincibles.

Colomb employa plusieurs mois à parcourir toute On impose l'île, et la soumit sans rencontrer aucune résistance. une taxe SUI

les Indiens.

Il imposa un tribut sur chaque Indien âgé de plus de quatorze ans. Tous ceux qui habitaient dans les parties de l'île ou l'on trouvait de l'or étaient obligés de fournir , tous les trois mois , autant de poudre d'or qu'en contient un grelot de faucon. Les autres devaient fournir vingt -cinq livres de coton. C'est là la première taxe régulière qui ait été imposée sur les Indiens, et elle a servi de base et d'exemple à des exactions encore plus onéreuses. Colomb s'écartait en cela des maximes de douceur qu'il avait jusqu'alors suivies et recommandées; mais à cette

(1) Voyez la note 2 5.

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^95 époque on intriguait puissamment contre lui à la cour? pour ruiner son crédit et décrier ses opérations. On rendait des comptes très désavantageux de sa personne, ainsi que des pays qu'il avait découverts. Margarita et le P. Boyl étaient retournés en Espagne ; et, pour justifier leur conduite et satisfaire leur ressentiment , ils n'épargnaient aucun moyen de lui nuire. Beaucoup de courtisans voyaient avec envie sa réputation et son crédit croître de jour en jour. Fonseca , archidiacre de Séville 7 chargé de la direction principale des affaires de l'Inde, avait conçu une telle prévention contre Colomb , pour des raisons que les écrivains du temps ne font pas connaître , qu'il écoutait avec la plus grande partialité toutes les plaintes qu'on faisait de l'amiral. Il était difficile à un étranger sans amis , sans expérience dans les intrigues de cour, de résister à une cabale si forte. Colomb vit qu'il n'y avait qu'un moyen de soutenir son crédit et de réduire ses adversaires au silence , c'était de fournir une assez grande quantité d'or , non-seulement pour justifier ce qu'il avait annoncé des richesses du pays, mais pour engager Ferdinand et Isabelle à poursuivre l'exécution de ses plans. Tel fut le motif qui le détermina à imposer cette pesante taxe sur les Indiens, et à en exiger le paiement avec une extrême rigueur. C'est tout ce qu'on peut dire pour l'excuser , autant qu'il est possible , de s'être écarté en cette occasion du système de douceur et

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