‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 32 sur 174 · LIVRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. I

guerre de Perse , que l'éloquence de leurs historiens a rendues immortelles, furent exécutées par des flottes composées principalement de vaisseaux sans ponts x , d'où les équipages s'élançaient avec une valeur impétueuse et »ans règle, pour aborder les vaisseaux ennemis. Dans la guerre du Péloponèse, leurs navires n'étaient encore considérables ni par la grandeur ni par la force, et l'étendue de leur commerce était proportionnée à leur marine. Les états maritimes de la Grèce n'envoyaient guère de vaisseaux au-delà de la Méditerranée : leur principale correspondance était avec les colonies que leurs compatriotes avaient formées dans l'Asie mineure , dans l'Italie et dans la Sicile. Ils abordaient quelquefois aux ports de l'Egypte, de la Gaule et de la Thrace ; ou , traversant l'Hellespont , ils trafiquaient avec les peuples établis autour du Pont- Euxin. On trouve des exemples étonnans de leur ignorance sur les pays mêmes situés entre les limites où se renfermait leur navigation. Lorsque les Grecs eurent rassemblé à Egine la flotte combinée contre Xerxès, ils jugèrent impraticable de la porter jusqu'à Samos , parce qu'ils crurent que la distance de cette île à Egine était aussi considérable que celle d'Egine aux colonnes d'Hercule 2. Ils ne connaissaient aucune partie du globe au-delà de la Médi-

(1) Thucyd. lib. I,cap. 14.

(2) Herodot. lié. Vlll,p. i3a.

l8 HISTOIRE DE l' AMERIQUE.

terranée ; du moins ce qu'ils en connaissaient était uniquement fondé sur des conjectures ou sur les relations d'un petit nombre de voyageurs qui , poussés par la curiosité et l'amour des sciences , avaient pénétré par terre dans l'Asie supérieure, ou étaient allés par mer en Egypte , contrées qui ont été le berceau de la philosophie et des arts. Malgré les instructions que les Grecs purent tirer de ces sources 7 ils paraissent avoir ignoré les faits les plus importans sur lesquels doit être fondée une connaissance exacte et méthodique du globe.

L'expédition d'Alexandre dans l'Orient étendit sensiblement chez les Grecs la sphère de la navigation et de la science géographique. Cet homme extraordinaire , malgré les passions violentes qui le portèrent quelquefois à commettre des actions cruelles ? et à former des entreprises extravagantes , était fait par ses talens non-seulement pour conquérir ? mais encore pour gouverner le monde : il était capable de concevoir ces plans hardis de politique qui donnent une nouvelle face aux choses humaines. La révolution qu'il produisit dans le commerce par la force de son génie n'était peut-être pas inférieure à celle qu'il opéra dans l'empire par le succès de ses armes. La résistance et les efforts de la république de Tyr, qui suspendirent si longtemps le cours de ses victoires , lui fournirent probablement une occasion d'observer les grandes res-

Page 1