‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 31 sur 174 · LIVRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. I

s'écoula un long espace de temps avant que cet art y fût porté à un certain degré de perfection. Les premiers voyages des Grecs, dont l'objet était la piraterie plutôt que le commerce, furent si peu considérables que l'expédition des Argonautes, des cotes de Thessalie au Pont-Euxin, fut regardée comme un prodige d'habileté et de courage, qui en fit mettre les chefs au nombre des demi-dieux , et donna à leur vaisseau un rang parmi les constellations. En descendant à un période moins reculé, lorsque les Grecs entreprirent le fameux siège de Troie, il ne paraît pas qu'ils eussent fait encore de grands progrès dans la navigation. Selon le récit d'Homère, le seul poète dont l'histoire ose invoquer l'autorité, et qui, par son exactitude scrupuleuse à décrire les mœurs et les arts des premiers temps, a mérité cette singulière distinction, la science de la navigation était encore dans son enfance. Les Grecs ignoraient alors l'usage du fer * , ce métal le plus utile de tous , et sans lequel on ne peut faire que très peu de progrès dans les arts mécaniques. Leurs vaisseaux petits, et la plupart sans ponts, n'avaient qu'un seul mât, qu'on élevait ou qu'on abaissait à volonté : ils ne se servaient point d'ancre, et les manœuvres des voiles étaient

(i) Nous pensons que Robertson se trompe. Le fer était rare, il est vrai, dans les temps héroïques de la Grèce ; mais on s'en servait cependant pour le labourage, les arts, la guerre , etc. C'est à tort qu'il cite Homère dont les vers prouvent précisément le contraire de ce qu'il lui fait dire. ffom. Iliad. I. XXIII et Odps, ( D. L. R. )

îG histoire de l'Amérique.

simples et grossières. Ils n'avaient, pour régler leur route? que l'observation des étoiles, et leur manière de les observer était fautive et trompeuse. Lorsqu'ils avaient achevé un voyage, ils retiraient leurs misérables barques sur le rivage, comme les sauvages font aujourd'hui de leurs canots, et les y laissaient jusqu'à la saison de se remettre en mer. Ce n'est donc pas dans les temps héroïques de la Grèce que nous devons nous attendre à voir la science de la navigation et l'esprit de découverte faire des progrès sensibles; dans ce période d'ignorance et de barbarie , mille causes concouraient à resserrer dans des bornes étroites la curiosité et l'activité de l'homme. Mais les Grecs passèrent rapidement à un état de civilisation et de lumières. Les formes les plus parfaites d'un gouvernement libre s'établirent dans les villes de la Grèce : de bonnes lois et une police régulière s'y introduisirent par degrés ; les sciences et les arts qui servent à l'utilité ou à l'agrément de la vie y furent portés à une grande perfection , et plusieurs des républiques grecques s'adonnèrent au commerce avec tant d'ardeur et de succès qu'elles furent regardées par les anciens comme des puissances maritimes du premier ordre ; cependant les victoires navales des Grecs doivent être attribuées plutôt à l'activité naturelle de ce peuple et au courage qu'inspire la liberté , qu'à son habileté dans l'art de la navigation. Les grandes actions de la

Page 1