LIVRE SECOND, 1 o
privée de la gloire et des avantages qui lui étaient 4^92 offerts.
Ces puissantes raisons, présentées par des personnes d'un si grand poids et dans un moment si bien choisi , produisirent tout leur effet. L'incertitude et les craintes d'Isabelle se dissipèrent. Elle ordonna sur-le-champ qu'on fît revenir Colomb, annonça la résolution d'accepter toutes les conditions qu'il avait mises lui-même à son traité , et , regrettant que le mauvais état de ses finances ne lui permît pas d'y puiser, elle offrit généreusement ses diamants en gage pour se procurer l'argent nécessaire aux préparatifs de l'expédition. Santangel f dans le transport de sa reconnaissance , baisa la main de la reine, et, pour la dispenser d'avoir recours à l'expédient désagréable qu'elle proposait, il s'engagea à avancer sur-le-champ la somme dont on aurait besoin l.
Colomb avait déjà fait plusieurs lieues dans la Conditions route qui allait l'éloigner pour toujours de l'Espa- de ,.1fc.cord
. , qu il fait avec
gne , lorsque le courrier d'Isabelle l'atteignit. A la l'Espagne. nouvelle de cette révolution inespérée en sa faveur, il retourna sur-le-champ à Santa-Fé , conservant cependant quelque reste de défiance mêlée avec la satisfaction que lui donnait son rappel. Mais l'accueil obligeant que lui fit la reine, joint à l'espérance prochaine d'exécuter enfin ce voyage qui était
(i) Herrera, Decad. /, lib, I, cap. 8.
^92 depuis si long-temps l'objet de ses pensées et de ses désirs, effacèrent bientôt le souvenir de tout ce qu'il avait souffert pendant huit années d'incertitudes et de sollicitations \ La négociation fut dès lors suivie avec autant de promptitude que de facilité , et l'on signa, le 17 avril 1492? un traité dont voici les principaux articles:
1 ° Ferdinand et Isabelle , comme souverains de l'Océan , créaient Colomb grand-amiral dans toutes les mers , îles et continents qui seraient découverts par lui , office dont il jouirait, lui et ses héritiers , avec les mêmes droits et prérogatives qui appartenaient à celui du grand-amiral de Castille dans les limites de sa nouvelle juridiction; i° Colomb était nommé viceroi et gouverneur général de toutes les îles et continents qu'il découvrirait; mais, si pour le bien des affaires il était nécessaire d'établir par la suite des gouverneurs particuliers dans chacune de ces contrées, Colomb était autorisé à nommer trois personnes, dont l'une serait choisie par Ferdinand et Isabelle. L'office de vice-roi avec toutes ses prérogatives devait aussi être héréditaire dans la famille de Colomb; 3° Ferdinand et Isabelle accordaient à
(x) M. Martin Fernandez de Navarrete, dans son introduction à la Collection des voyages des Espagnols déjà citée , a démontré d'une manière incontestable que Christophe Colomb n'avait pas été aussi maltraité en Espagne qu'on s'est plu à le dire jusqu'à ce moment; il a appuyé sa démonstration de pièces officielles qu'il serait trop long de relater ici. ( D. L. R. )