LIVRE SECOND. Io
Colomb et à ses héritiers, à perpétuité , le dixième 4492 de tous les profits provenant des productions et du commerce des pays qu'il découvrirait; 4° Si quelque querelle ou procès s'élevait sur des matières de commerce dans les pays nouvellement découverts, l'affaire serait terminée par la seule autorité de Colomb , ou des juges désignés par lui ; 5° Il était permis à Colomb d'avancer un huitième des frais de l'expédition et des fonds du commerce qui s'établirait, et, à raison de cette avance, il retirerait un huitième du profit \
Quoique le nom de Ferdinand soit joint dans ce traité à celui d'Isabelle, la défiance de ce prince était encore si forte , qu'il refusa de prendre aucune part à l'entreprise en sa qualité de roi d'Aragon ; et , comme toute la dépense devait être fournie par la couronne de Castille, Isabelle réserva à ses sujets un droit exclusif sur tous les profits que pouvait procurer dans la suite un heureux succès.
Dès que le traité fut signé , Isabelle sembla vou- préparatifs
loir, non-seulement faire oublier à Colomb les dé- Pour son
a vi / • voyage-
goûts qu il avait essuyés , mais encore réparer le
temps qu'on lui avait fait perdre , en pressant ellemême avec la plus grande activité les préparatifs de l'expédition 2. Le 12 mai, tout ce qui dépendait
(1) Vie de Colomb, chap. i5. Herrera, Decad. I, lib. Jy cap. 9.
(a) Suivant Munoz Christophe Colomb reçut le 3o avril le titre de don, qui ne se donnait à cette époque qu'aux personnes distinguées par leur naissance ou leurs emplois. (D. L. R.)
JOG HISTOIRE DE i/ AMÉRIQUE.
\'ii)-z de ses ordres se trouva prêt, et Colomb se rendit chez le roi et la reine pour recevoir leurs dernières instructions. Ils s'en remirent à sa sagesse pour les détails de l'exécution; mais, afin d'éviter de donner le moindre ombrage aux Portugais , ils lui défendirent absolument d'approcher d'aucun des établissements portugais sur la côte de Guinée, ni d'aucun des pays sur lesquels la nation portugaise réclamait quelque droit pour les avoir découverts. Isabelle avait fait armer les vaisseaux dont Colomb devait prendre le commandement dans le port de Palos , petite ville maritime de la province d'Andalousie. Comme le prieur Jean Pérès, à qui Colomb avait déjà tant d'obligations, résidait dans le voisinage, ce bon ecclésiastique le servit encore utilement de son crédit auprès des habitants , non-seulement en obtenant d'eux ce qui lui manquait des fonds qu'il s'était engagé à fournir, mais en déterminant plusieurs d'entre eux à faire le voyage. Les principaux de ces associés de Colomb furent trois frères du nom de Pinson , riches et bons marins , qui voulurent bien risquer leur vie et leur fortune avec lui.
Cependant, malgré tous les efforts d'Isabelle et de Colomb, l'armement ne répondit guère, ni à la dignité de la nation , ni à l'importance de l'objet. Il consistait en trois vaisseaux , dont le plus grand était d'un port très peu considérable. Colomb en eut le commandement comme amiral, et lui donna le