LIVRE SECOND. l6l
entiers , il fut éprouvé par toutes les sortes de dan- \ W gers auxquels un navigateur peut être exposé , sans faire aucune découverte importante que celle de la Jamaïque. En rangeant la cote sud de Cuba', il se trouva engagé dans un labyrinthe formé par un nombre infini de petites îles qu'il appela le Jardin de la Reine. Dans cette route inconnue, au travers des rochers et des écueils , il fut souvent retardé par des vents contraires, assailli de tempêtes furieuses et de ces orages accompagnés d'éclairs et de tonnerre qui sont si fréquents entre les tropiques. A la fin ses provisions s'épuisèrent. Sa troupe , excédée de fatigue et de faim , murmurait , menaçait , était prête à se porter contre lui aux plus violentes extrémités. Environné de dangers de toute espèce, il était obligé de veiller sans cesse, de voir tout par ses yeux, de donner tous les ordres et de présider à leur exécution. Jamais navigateur n'eut autant d'occasions de mettre à l'épreuve l'étendue de son expérience et de ses lumières : elles furent le salut de sa petite escadre ; mais une si longue fatigue de corps et une application d'esprit si soutenue? l'emportant sur la force naturelle de sa constitution occasionnèrent une fièvre violente, qui se termina par une léthargie dans laquelle il perdit la mémoire et le sentiment, et fut sur le point de perdre la vie J.
(i) Voyez la note 24.
(2) Vie de Colomb, chap. 54. Herrera, Decad. I, lib. II, cap. i3, 14. P. Martyr. Decad. p. 34, etc.