LIVRE SECOND. I 5o
pays de Cibao vint fort à propos pour relever les es- mm prits abattus des colons, qui se trouvaient pressés par des besoins de différents genres. Le fonds de provisions de bouche qu'ils avaient apporté d'Europe était en grande partie consommé. Ce qui en restait était si corrompu par la chaleur et l'humidité du climat, qu'on n'en pouvait presque faire aucun usage. Les gens du pays cultivaient une si petite quantité de terrain et avec si peu d'industrie, qu'à peine en pouvaient-ils tirer de quoi subvenir à leur propre subsistance. Les Espagnols n'avaient pas encore eu le temps de préparer la terre pour lui faire produire des aliments. Ils se voyaient en danger de mourir de faim , étant déjà réduits à une très petite ration. Ils commençaient en même temps à être attaqués des maladies particulières à la zone torride, et dont les ravages sont toujours plus grands dans les pays sans culture, où les travaux de l'homme n'ont point ouvert les bois, séché les marais et contenu les rivières dans un lit constant. Effrayés de la violence et des symptômes du mal , ils accusaient Colomb et les compagnons de sa première expédition, qui, par leurs descriptions pompeuses de Y Espagnola, les avaient engagés à quitter leur patrie pour un pays barbare et stérile ou ils allaient périr de faim ou de maladie. Plusieurs des officiers et des colons les plus distingués adoptaient et répétaient ces plaintes séditieuses au lieu de les arrêter. Le P. Boyl, vicaire apostolique, était un de
lÔO HISTOIRE DE L* AMERIQUE.
i ^ ceux qui parlaient contre Colomb avec le plus d'insolence. Il fallut toute l'autorité et toute l'adresse de l'amiral pour rétablir la tranquillité et la subordination. Il employa alternativement les menaces et les promesses; mais rien ne contribua plus à calmer les mécontents que l'espoir de trouver dans les mines de Cibao des trésors qui les dédommageraient de leurs souffrances , et qui effaceraient de leur mémoire jusqu'au souvenir de leurs premiers malheurs. Colomb ten- Lorsque Colomb par ses soins et sa prudence te de nouvel- eut ramen€; l'ordre et la paix , il crut pouvoir quitter
les découver- < L L x
tes. l'île et poursuivre ses découvertes. 11 voulait surtout
s'assurer si ces nouvelles contrées tenaient a quelques régions de la terre déjà connues , ou si elles en étaient une portion absolument séparée. 11 confia en son absence le gouvernement de l'île à son frère D. Diego, aidé, d'un conseil d'officiers1. Il donna le commandement d'un corps de troupes à D. Pedro Margarita , qu'il chargea de visiter les différentes parties de l'île et d'y établir l'autorité des Espagnols; après avoir laissé à l'un et à l'autre des instructions très détaillées sur la conduite qu'ils devaient tenir i il leva l'ancre le i L\ avril , avec un vaisseau et deux petites barques. Pendant un ennuyeux voyage de cinq mois
(i) Suivant Muîïoz, Colomb confia l'autorité pendant son absence, à une junte dont son frère don Diego était président et dont le père Boyl, le colonel Pierre Fernandez , Alonso Sancliez de Carvajal et Jean de Lujan , étaient membres. (D. L. R.)