LIVRE NEUVIÈME
de ses magasins, obligés d'obéir aveuglément à tous ses ordres, et soumis au plus rigoureux de tous les despotismes , la loi martiale. Même après que l'esprit de liberté des Anglais eut commencé à se relever de cette oppression, et qu'ils eurent extorqué de leurs supérieurs le droit de faire des lois pour le gouvernement de la société dont ils étaient membres , comme aucun acte , quoique appuyé du concours de toutes les parties de la législature dans la colonie, n'avait de force s'il n'était confirmé par l'assemblée générale en Angleterre, la compagnie retenait toujours dans ses mains la suprême autorité ; et ce pouvoir n'était pas moins contraire à la prospérité de la colonie qu'à sa liberté. Un corps nombreux de marchands , aussi long-temps que ses opérations sont purement commerciales, peut les conduire avec discernement et avec succès; mais l'esprit mercantile ne semble pas capable de suivre un plan vaste d'une politique libérale dans la formation d'une société nouvelle ; et rarement en effet , sous l'administration étroite et intéressée des compagnies, des colonies se sont-elles élevées à quelque prospérité et quelque grandeur.
A ces vices inhérents à une pareille administration s'étaient ajoutés ceux qu'apportaient les erreurs causées par l'inexpérience. Les négociants anglais de ce siècle n'avaient pas ces vues grandes qu'un commerce étendu donne à ceux qui le dirigent.
2l6 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
Lorsqu'ils commencèrent, pour la première fois, à s'écarter de la route battue , ils se traînèrent dans la nouvelle avec incertitude et timidité. Ne connaissant ni le climat, ni le sol de l'Amérique, et ignorant quelles productions pouvaient y être cultivées avec le plus d'avantage, ils semblent n'avoir eu aucun plan fixe d'amélioration , et leurs projets variaient sans cesse. Leur système de gouvernement avait la même mobilité. Dans le cours de dix-huit années, la Virginie eut dix gouverneurs. Il ne faut pas s'étonner que, sous une telle administration, tous les efforts pour donner de la vigueur et de la stabilité à la colonie aient avorté, ou n'aient produit que de chétifs effets , quoiqu'on puisse dire que ces efforts, eu égard aux idées communes de ce siècle en commerce et en politique, furent considérables et soutenus avec une persévérance extraordinaire.
Faiblesse On avait dépensé plus de cent cinquante mille de la colonie. }jvres sterling dans les premières tentatives faites pour fonder une colonie anglaise en Amérique ! , et plus de neuf mille personnes avaient émigré de la métropole pour peupler ce nouvel établissement. A la dissolution de la compagnie, la nation, en dédommagement d'une si grande consommation d'argent et d'hommes, ne recevait pas de la Virginie une valeur de plus de vingt mille livres sterling par
(i) Smith's Travels, p. 42, 167.