LIVRE NEUVIÈME. l5l
terre au seizième siècle, idées bien contraires aux notions que nous avons aujourd'hui des droits d'hommes libres qui se réunissent volontairement pour former une colonie , Gilbert commença à rassembler ses associés, et à préparer son embarcation. L'idée qu'on avait de son caractère, et le zèle actif de son frère utérin Walter Ralegh , qui , dès sa première jeunesse, avait déjà montré et les talents et le courage qui attirent la confiance et l'admiration, lui procurèrent bientôt un nombre suffisant de compagnons de son entreprise; mais le succès ne répondit pas aux espérances flatteuses qu'en avaient conçues ses compatriotes, ni à la dépense qu'il avait faite en préparatifs. Deux expéditions conduites par lui-même en personne eurent une issue malheureuse. Il périt dans la dernière, sans 4 580 avoir effectué son établissement sur le continent, et sans avoir rien fait de plus remarquable que la vaine cérémonie de prendre possession de l'île de Terre-Neuve au nom de son souverain. La dissention parmi ses officiers, la licence et l'insubordination de quelques hommes de sa troupe ; son défaut absolu de connaissances relativement aux pays qu'il se proposait d'occuper; le malheur qu'il eut d'aborder le continent dans une partie située trop avant dans le nord, où la côte difficile et dangereuse du cap Breton ne lui permettait pas de s'établir; le naufrage de son plus grand vaisseau, et par-dessus tout
la petite quantité de provisions que les fonds d'un simple particulier lui avaient permis de rassembler pour l'établissement d'une nouvelle colonie, furent les vraies causes du mauvais succès de son entreprise , qu'on ne peut imputer , ni au défaut de talents, ni au défaut de courage du chef1. Le projet Mais l'issue malheureuse d'une entreprise dans est repns par jaej]e Qilbert avait consumé toute sa fortune ne
Ralegh. l
4 584 découragea pas Ralegh. Il adopta toutes les idées Mars 26. je son frère utérin ; et, ayant recours à la reine dans les bonnes grâces de laquelle il était alors fort avant, il en obtint une patente qui lui donnait une juridiction et des prérogatives aussi amples que celles qui avaient été accordées à Gilbert2. Ralegh, non moins ardent à exécuter qu'à entreprendre, expé- Avril. 27. dia sur-le-champ deux petits navires, sous le commandement de deux officiers dignes de sa confiance, Amadas et Barlow, chargés de visiter la contrée où il se proposait de s'établir, et d'acquérir quelque connaissance préalable des cotes, du sol, et Découverte des productions du pays. Pour éviter le malheur gl~ que Gilbert avait eu de se porter trop au nord , ils prirent leur route par les Canaries et les îles des Indes occidentales , et abordèrent au continent du nord de l'Amérique par le golfe de la Floride; malheureusement leurs recherches principales furent
(x) Hackluyt, III , t/j 1 , etc.
\i)Ibid., III, 243.
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